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Publié par Isabelle Kévorkian

Dernière minute :

Le téléfilm #Borderline d'Olivier Marchal, primé au festival fiction TV de La Rochelle

Trois récompenses : meilleure musique, meilleur acteur Patrick Catalifo, et meilleur téléfilm...

Vendredi 4 septembre : présentation à la presse du téléfilm d’Olivier Marchal : Borderline, qui sera diffusé cet automne sur France 2. Thierry Sorel, directeur de la fiction et France Camus, Nathalie Darrigrand en charge de l’unité magazines, Dominique Antoine, productrice ont accueilli Olivier Marchal et les acteurs Bruno Wolkowitch, Catherine Marchal et Laure Marsac. Ne manquaient que Patrick Catalifo et Jacques Perrin à l’appel pour raconter cette réalisation d’excellente facture. « Un polar romantique et élégant » précise Olivier Marchal, poétique sous ses airs bourrus, qui aborde, par-delà l’histoire inspirée du récit de Christophe Gavat, un sujet sociétal. Le métier de flic, et son évolution vers davantage de bureaucratie et de technocratie. Un métier devenu institutionnel, au détriment de son fondement, opérationnel. Qui s’y frotte s’y pique. Le bureau, les process, les reportings et les chiffres ont remplacé les missions qu’un flic doit assurer : la sécurité, la tranquillité et la protection, au cœur de la cité, au service des citoyens, la garantie des libertés individuelles et collectives. Le RAID semble encore se démarquer, qui touche à la sécurité de l'Etat.

La projection du film sera d’ailleurs suivie d’un débat, animé par le journaliste Julian Bugier, avec des intervenants de la PJ et du ministère de l’intérieur, notamment. Peut-être l’occasion de revenir sur l’exposition qui célébrait les 100 ans de la Police Judiciaire, et son proche déménagement.

Christophe Gavat ? Ce flic qui a écrit sa propre histoire : « 96 heures. Un commissaire en garde à vue » (ed. Michalon). Gavat, c’est Blain dans #Borderline, incarné par Bruno Wolkowitch. Le Chef de la #BRB, Brigade de Répression du Banditisme, après une carrière de 25 ans. C’est le matin. Le soleil dort encore. 5 :30 : le réveil résonne. Bientôt il sera 5 :55 comme dans la chanson de Charlotte Gainsbourg

Le temps nécessaire à la police des polices pour encercler la maison du commissaire. Une cavalerie armée jusqu’aux dents, gilets pare-balles, casques et protections, venue arrêter un de leur collègue pour association de malfaiteurs, trafic de stupéfiants, vol en réunion et détournement de scellés. Ils sont nombreux. Ils sont venus, ils sont tous là. A leur tête, une femme. Résignée, le front plissé, à la frontière d’un métier aux méthodes devenues insensées, aux valeurs et repères qui s’effacent. Elle exécute, mécanique, comme ce pantin de conte Coppelia. Son boss des boss, méprisant méprisable, celui au cigare, qui attend le dénouement dans son fauteuil en cuir au son du vin classé qui s’écoule dans on verre, pourra se targuer de beaux résultats auprès de son ministre de tutelle, et ainsi conserver sa moquette épaisse. Elle n’en demeure pas moins fidèle à ce métier qu’elle a épousé il y a un siècle, il y a une éternité. Elle est longue, virile et féminine, blanche, froide, glaçante et rigide, avec sa queue de cheval, ses yeux délavés sans une lueur d’affect. Ou lointaine et furtive, derrière l’iris. Madame l’inspectrice, celle par qui l’onde de choc de 5 :55 se propage.

Le temps nécessaire à la petite fille de Blain pour venir lui réciter sa poésie, dans la cuisine endormie. Le petit cheval blanc de Paul Fort. Le trot résonne, avant la mort. Tous derrière, tous derrière, et lui devant. Seul. Ça cogne à la porte-vitrée. Tous derrière tous derrière. La petite fille n’a pas le temps d’atteindre la mort du petit cheval blanc : son père est menotté. Retardée, cette mort n’en sera que plus violente. Tous derrière tous derrière. Mais avant, 96 heures seront accordées à Blain, entre interrogatoires, procédures administratives, vouvoiement de rigueur, et flash-backs jusqu’à la genèse, il y a 25 ans.

Une confrontation Catherine Marchal-Bruno Wolkowitch tendue, addictive et anxiogène. On étouffe. Elle a déjà toutes les réponses, il est au supplice. Tous derrière tous derrière. Lui devant. Seul. Et nous ? de quel côté pencher ? il n’existe aucune réponse. Lui devant, seul. Tous derrière tous derrière. Eux derrière et nous devant. Pas moins seuls.

Olivier Marchal évoque son écriture automatique. Trois semaines pour achever le scénario. Un jet venu du ciel comme un cadeau : « un état de grâce ». Wolkowitch confirme : « il écrivait jour et nuit, et en une nuit, était capable d’avoir une révélation pour adapter le récit autobiographie et trouver la distance qui s’impose pour créer une fiction». Il n’est pas question que de Christophe Gavat, mais aussi de Michel Neyret (démoniaque Patrick Catalifo qui s’enfonce), et d’un épisode qui concerne Martine Monteil, première patronne des flics, de père en fille, aux côtés de son époux. L’on pense à d’autres figures mythiques, comme Ange Mancini. Des prénoms doux, pour des personnalités loyales, de poigne. Marchal a convoqué ce qu’il a connu pendant douze ans, et quitté en 1992 ; Et après « 36 », « Les Lyonnais » ou « MR73 », voilà ce qu’il a écrit et réalisé de mieux. C’est resserré, efficace, propre et sans bavure. On s’en prend plein la gueule, et tout le monde est à égalité dans ce chaos éprouvant. Les méthodes de la police, les corruptions, les accommodements, les arrangements, l’exercice borderline d’un métier, c’est-à-dire nécessairement « hors du cadre légal des procédures », souligne l’ex-flic, la vie entre policiers au point que la famille n’existe pas.

La petite fille et le petit cheval blanc, qui attend son papa chaque soir ? Jamais elle ne le reverra. Jamais nous ne la reverrons. Pas davantage sa mère, la femme de Blain. Exclue de cette adrénaline qui a possédé son mari comme une drogue : les enquêtes, les bars la nuit entre flics, les indics, et sa pute. Son époux avait une maîtresse ? Régulière ? Prostituée ? Les deux femmes se croisent. Sordide et âpre. Laure Marsac, femme bafouée, si lumineuse dans la réalité, est blessée dans Borderline. Digne toutefois. Elle a remisé toute forme de concession et d’empathie. Elle a fait le deuil de son mari depuis tant d’années. Le petit cheval blanc continue de trotter, il progresse. Mais jamais il ne juge. Aucun parti pris dans ce film, qui ne donnera lieu à aucune polémique.

Comme Olivier Marchal. Sur le tournage, il avance, recule, annote mentalement et ses mille pas l’aident à orchestrer l’intrigue et l’intensité dramatique, comme le jeu d’acteurs. En même temps, toutes les heures, il décide de dix minutes de pause. Ce qui fait de ce tournage une aventure singulière : concentration à la limite de l’implosion, et fous-rires incontrôlables. Il y a ce jour. Moteur, ça tourne. Wolkowitch donne la réplique, ça coince. Il reprend. Ça foire. Marchal arrête : ¾ d’heures de gâchés, c’est l’équivalent d’une matinée entière. Autant traduire ce moment en un espace de détente. Il fait livrer des huîtres et du Muscadet. Un tournage, c’est aussi la vie. Olivier Marchal fait référence aux tournages de Lautner, et à une approche plus animale qu’intellectuelle. Ça vient des tripes avec lui.

Laure Marsac apparaît de manière sibylline, et cependant sa présence résonne longtemps, comme le trot du petit cheval blanc. Elle devant, seule. Elle se montre réjouie de ce tournage et du film : « j’ai tourné avec Quelqu’un. Olivier Marchal c’est une identité, on tourne dans le film de Quelqu’un. C’est intense, il propose une vraie vision d’un tournage, c’est un patron, il fédère ».

France 2 souligne « une collaboration exemplaire » avec Olivier Marchal, également coproducteur. Dominique Antoine et France Camus lisaient l’histoire au fur et à mesure et s’étonnaient parfois d’un propos si juste, jamais borderline pour un téléfilm qui aborde ce sujet-là. Celui des frontières, dans un monde qui n’en a plus. Faut-il les dépasser ? Quand et comment ? D’un point de vue scénaristique, force est de constater qu’Olivier Marchal n’a franchi aucune ligne rouge. France 2 lui aurait même demandé de réécrire certaines séquences, sous-dramatisées. Même si Borderline « s’invite dans les cuisines, les chambres, les salons des français, il était important que ce soit le reflet de la réalité, et nous avons laissé une liberté de création totale à Olivier Marchal, nous lui avons accordé notre confiance entière ». Marchal et l’équipe confirment d’un seul écho. Exaltés d’avoir pu coopérer sur un projet artistique avec autant d’enthousiasme et d’accord. Jamais auparavant Olivier Marchal n’avait pu puiser dans son potentiel sans retenue. Il en résulte précisément ce téléfilm tout en retenue, dont la distance avec les faits dont il s’inspire est étudiée, sans excès de violence, jamais borderline.

Dans ce film il y a un supplément d’âme, peut-être celles disparues trop tôt. Ces fantômes qu’Olivier Marchal, l’ex-flic, pourrait peut-être enfin laisser reposer. Et si ce téléfilm était celui de la rupture pour le cinéaste ? Borderline pour mieux renaître, et passer à autre chose ? Un répertoire moins noir. Dominique Antoine confirme : « A présent, nous attendons d’Olivier une comédie romantique ». D'ailleurs, il serait temps également, de proposer d'autres rôles à Catherine Marchal. Flic, elle maîtrise, en boots et pantalon droit. Elle sait jouer davantage, à mon avis. Par exemple ce genre de femmes douces, souriantes et amoureuses, entières et passionnées. A certains égards, elle rappelle Kristin Scott Thomas, une mimique lorsqu'elle parle, une lueur dans les yeux. Elle aussi pourrait bien avoir franchi la limite de la fiction blanche et froide, sans maquillage, avec son 7,65 sous la veste.

Avec Borderline on avance tous devant, seuls. Le passé est derrière, tous derrière tous derrière. C’est fini. Marchal s’est découvert, homme d’humour quand il qualifie Wolkowitch « le Gérard Philippe d’Angoulème ; Ta mère t’aimera davantage depuis que je t’ai fait jouer ! », homme de fidélité, homme sensible qui pleurait parfois sur le tournage, fragilisé par ce métier. Un type sage, et à la fois une autorité. Il croit en ce qu’il fait, il transmet sa passion, il ose et ça fonctionne.

France 2 se targue d’un nombre de téléspectateurs frôlant les 200 millions pour la fiction, précisément parce qu’ils ont décidé de travailler en équipe avec ce genre de personnalités, aux tourments maîtrisés, à l’humanité exacerbée, ni autocentrées ni égocentrées : des auteurs, capables d’aborder des causes sociales et sociétales à travers une histoire, sans la galvauder, librement inspirée de faits divers, dont la puissance narrative n’est pas discutable, et créée en symbiose avec toutes les parties prenantes. C’est cela qui va droit au cœur du grand public, c’est cela le rôle d’un écran de service public.

Borderline, film réalisé par Olivier Marchal à partir d’un scénario d’Olivier Marchal, Christophe Gavat et Laurent Guillaume. Coproduction Alchimic, Bad Company, Dominique Antoine et Olivier Marchal. Avec la participation de France télévisions. Avec Bruno Wolkowitch, Catherine Marchal, Patrick Catalifo, Laure Marsac, Jacques Perrin…

En bonus : retrouvez bientôt sur mon blog l’interview de Bruno Wolkowitch et des comédiens Florence Thomassin, Claire Nebout, Léna Breban, Lola Naymark, Lou de Laâge, Philippe Nahon et Alexandre Zambeaux, sur scène au théâtre de l’Atelier dans la pièce de Didier Long : « Danser à la Lughnasa » (adapté de Brian Friel)

Avant-première presse #Borderline @France2tv #oliviermarchal
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La complainte du petit cheval blanc

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