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Publié par Isabelle Kévorkian

Didier Long, directeur du Théâtre de l'Atelier

Didier Long devient, l’année de ses 50 ans, directeur du théâtre de l’Atelier. Existe-t-il plus bel anniversaire, pour un homme de théâtre ? Lui qui est metteur en scène, comédien, qui fut directeur artistique du Festival Pierres de Gorze et du Festival de la correspondance de Grignan, nommé chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, prend possession de cet atelier avec une ambition nette : replacer le théâtre dans son rôle originel, celui de mettre en scène la vie de la cité. Pour cadrer les choses, il propose un cycle de lectures. Trois comédiens au parcours exigeant et prestigieux, devenus des figures de référence du monde artistique, iconiques : Dominique Blanc, Jean-François Balmer et Sami Frey. Connus pour leur filmographie, leurs choix théâtraux, leur présence même lorsqu’ils se font rares, leur verticalité, leur voix. Chacun d’eux a choisi un texte à lire, moment de partage avec le public. Les frontières s’effondrent. Il n’y a aucune mise en scène ou en espace : ils lisent, feuillets en main, assis derrière une table austère, avec une faible lumière et une carafe d’eau. Comme pour nous aider à nous recentrer, à reconsidérer l’essentiel. Il y a eux, les mots et nous. Derrière eux se cache l’intimité d’un auteur qu’ils ont décidé de réciter. Respectivement, Annie Ernaux, Régis Debray et les correspondances de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Eloquent. Inutile de leur demander pourquoi ces choix : il suffit de les écouter. Leurs intonations, leurs soupirs, leurs accents, leurs silences expriment la pensée des auteurs, et la leur et cela vient nous pénétrer. Passeurs d’intériorité, ils nous délivrent un secret, dissimulé trop longtemps.

Pourquoi ces trois comédiens-là ? Didier Long explique que reprendre ce théâtre donne tout son sens à ce métier sans lequel il ne vit pas. « Un métier privilégié, qui traduit l’amour des mots, le désir de rencontres, comme un rêve de gosse » (…) « j’ai choisi des artistes que j’avais envie d’entendre à travers leur livre préféré, c’était le cahier des charges, leur donner l’occasion de porter une œuvre qui les a façonnés, et de la restituer avec leur passion, leur émotion ». Oui, mais pourquoi eux ? « D’abord parce que je les respecte, que je les connais et c’est aussi me faire plaisir pour pouvoir être en communion avec un public, ensuite par curiosité. Pour être surpris. Donner la parole à un interprète, un conteur qui exposera sa vision globale de la scène, qui ne passe pas que par les mots. Il y a une part de leur âme, dans le texte qu’ils vont creuser. Ce projet pose la question de ce que l’on juxtapose de sa propre vie, par-delà un texte. » Est-ce la vocation du théâtre que de lire ? « Il n’y a aucune limite au théâtre. Ces lectures développent une forme d’universalité : chaque comédien offrira sa propre interprétation d’un texte, il a choisi une œuvre qui entre en résonance avec sa personnalité, sa sphère privée. C’est un engagement personnel, à la fois pudique et affirmé. Sans mise en scène, les comédiens deviennent passagers de mots, avec une réelle liberté de choix. Il s’agit d’une rencontre avec un texte, un auteur et un public. Cela renforce le contact, ça s’imbrique et forme un nuage comme celui de Tchernobyl. » Tchernobyl ? « Comme une métaphore de la dimension sociétale, pour rassembler une mémoire collective à travers l’oralité et la précision des mots, assurer sa transmission, sa pérennité » (…) « Ce théâtre, je le conçois comme un espace d’expérimentation et à la fois comme l’endroit où la continuité d’une pensée majeure peut s’ancrer ». Le partage : le socle ? « Oui, la programmation répondra à cette nécessité, à un désir artistique vital. Cet aspect l’emportera sur le volet économique, même si l’on ne peut s’y soustraire. Il y a une forme d’irrationalité à diriger un théâtre, car tout est vie et rien ne l’est ; cette nécessité artistique représente ce qu’est le théâtre aujourd’hui. Porter des idées, les réhabiliter, s’engager. Pour autant la fonction du théâtre n’est pas d’apporter des réponses, mais de souffler des interrogations, d’appeler à réfléchir aux enjeux sociétaux et sociaux ». Acte politique ? « Démarche militante sous-tendue par une éthique, une exemplarité. Les formes théâtrales évoluent, le théâtre demeure un lieu de passage unique, peinture de la société. Notre rôle est de provoquer ces rencontres, d’assurer l’émergence d’auteurs, d’instruire et de divertir, de révéler un état démocratique. Proposer des lectures, un théâtre populaire, accessible à tous et politique, sociologique ». A l’Atelier en particulier ? « L’Atelier est un lieu de recherche et d’expériences, comme un laboratoire de création, mais aussi un lieu d’échanges, avec une ligne de conduite fondée sur l’exemplarité. Antique et avant-gardiste. J’aimerais revenir à l’essence du théâtre privé, cet esprit qui associait les théâtres du Cartel dans les années 50, c’est-à-dire destiné au plus grand nombre avec une haute exigence artistique. Programmer des œuvres du répertoire et des virgules moins académiques. Par exemple nous allons recevoir Guesh Patti, avec un spectacle complet alliant, mots, corps, chant. »

Didier Long veut être émerveillé, et nous transmettre cette soif-là. Ses yeux brillent comme ceux des mômes qui découvrent le cadeau qu’ils attendaient tant. Il se présente aussi comme un observateur soucieux de son époque. Comme Annie Ernaux écrivant « Les Années », texte choisi par Dominique Blanc, qui rappelle ce que l’on a vécu, ce qui s’en va et qui revient, ces sommes d’influences qui nous façonnent, et nous ramènent aux origines.

Didier Long s’inscrit dans la lignée de ce théâtre « combatif », qui « commente la société », comme l’a écrit Jean-Loup Rivière. Lui, Didier Long, aurait pu choisir de lire Roland Barthes : « J’ai toujours beaucoup aimé le théâtre… ». Personne ne me l’a demandé, mais si cela avait été le cas, c’est Barthes que j’aurais choisi. Ses « Fragments d’un discours amoureux », source d'inspiration. pour ce cycle de lectures au théâtre de l’Atelier. « Qu’il était bleu le ciel … Sur la plage … ». Chacun sa mythologie, à confronter au théâtre de l’Atelier.

www.theatre-atelier.com

Dominique Blanc jusqu'au 15 février,

Jean-François Balmer jusqu'au 1er mars,

Sami Frey jusqu'au 15 mars.

Didier Long et Laetitia Heurteau, communicante pour le théâtre @EspritPaillette @EspritPlume

Didier Long et Laetitia Heurteau, communicante pour le théâtre @EspritPaillette @EspritPlume

Une scène épurée pour un cycle de lectures au théâtre de l'Atelier @Th_Atelier

Une scène épurée pour un cycle de lectures au théâtre de l'Atelier @Th_Atelier

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