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Publié par isabelle kévorkian

Tuer le talent...

 

Amélie Nothomb ne créé plus l’illusion même si elle investit cette fois-ci l’univers de la magie. Certes, elle conserve cette écriture incisive et ciselée qui n’appartient qu’à elle, cette économie de mots pour traduire sans pénurie trois années d’une existence en une phrase, ce sens du raccourci incomparable, et ce pouvoir d’installer ses histoires dans des lieux et des situations improbables, source d’appétit pour un lecteur. Malgré tout, on a l’impression que son travail est bâclé et elle nous laisse sur notre faim avec ses fins de romans un peu raides. Pour le coup, son art de l’ellipse et du verbe dessert ses chutes. C’est le cas pour « Tuer le père ». Un gosse, chassé par sa mère, se choisit une famille et surtout un père. Pourquoi celui-ci en particulier ? C’est comme si elle nous envoûtait par un tour de passe-passe d’emblée et nous laissait tomber à la fin. Dommage. Même ses subterfuges ne nous convainquent plus (glisser sa silhouette parmi les personnages). Hélas, Madame Nothomb n’est pas Alfred Hitchcock, ce maître absolu du suspense et du détail ! Finalement à trop vouloir se créer un personnage extravagant et mystérieux (chapeau, coupe de champagne et look ténébreux), Amélie Nothomb en oublierait-elle son talent ?

 

« Tuer le père » d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 151 pages, 16 €

 

 

Cinéma : « Tu seras mon fils »

 

« Tuer le père » est décidément dans l’air du temps. Se choisir un fils, un père, devient donc possible, facile et terrifiant. Dans le film de Gilles Legrand, c’en est si oppressant que dans la salle noire, il n’y a plus d’air. On crève. C’est irrespirable. Le vignoble Bordelais et son cadre enchanteur n'y peuvent rien. Niels Arestrup, démoniaque, comprime nos poumons et notre esprit. Il incarne la peste. Lorant Deutsch, accablé impressionnant nous fout la nausée. Reste Patrick Chesnais, la justice.  Malgré le cancer, il nous réanime et rend son honneur au Père.

 

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