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Publié par isabelle kévorkian

De nos jours, qui habite dans une cabane en plein cœur de Paris ? Un couple qui s’aime éperdument depuis leur première rencontre voilà deux décennies, un couple si fusionnel que seul l’un pour l’autre compte et inversement. La narratrice le justifie : « Bien décidés à n’avoir jamais d’enfants puisque vous en êtes. (…) les parents qui s’aiment n’engendrent que des orphelins ». Ils se complètent. Elle : essayiste, romancière et journaliste. Lui, Blaise : dessinateur, peintre, photographe et reporter. Ils écrivent à quatre mains parfois. Artistes  recelés et amoureux incandescents. Aussi lorsque le diagnostic tombe, c’est l’hébétude : Blaise, cinquante ans, est atteint de cellulite cervicale. La cabane s’écroule. Elle, la quarantaine, n’a jamais mis les pieds dans un hôpital. Elle s’est toujours trouvée soustraite à la maladie, à la souffrance, aux maux. Qu’est-ce qu’une cellulite cervicale ? comment y faire face ? comment vivre entourée de vanités accumulées ?

Blaise est opéré et plongé dans un coma artificiel aussi longtemps que les soins le nécessiteront. « Tu comprends alors que si tu n’as jamais « possédé » Blaise, il appartient désormais au corps médical, corps et âme ». La narratrice est seule et c’est la première fois. Elle n’y est pas préparée. Le couple est désimbriqué : deux enfants abandonnés. Lui à l’APHP, elle à une vie bancale. Alors elle se raccroche à ses figures tutélaires, Warhol en premier lieu. Aux contes et aux fables. Aux symboles. Elle revisite à l’aune de ses journées à l’hôpital les mythes d’Orphée et d’Eurydice, d’Osiris et d’Isis, d’Hypnos et Thanatos, les légendes d’Euripide ou de Séléné, les histoires de Blanche-neige et de la Belle au bois dormant. Elle relit Homère et Eschyle. Elle voit leurs amis et sort. « C’est alors que mes journées deviennent très simples ». Blaise demeure en salle de réanimation et elle se relève. « Je rappelais doctement que le mot venu du verbe latin resurgere signifiait « se relever », « retourner de la mort à la vie », et se traduisait en anglais par « resuscitation », l’équivalent du mot français « réanimation » ». Ce recul est un rempart, il inocule à Blaise des forces vitales. « Combien l’angoisse resserre et l’amour élargit ».

Aujourd’hui Blaise va bien. La lecture de ces heures douloureuses et si lentes nous a vrillé le ventre. C’est terminé. On reprend le cours de nos vies, soulagés. On a envie d’aimer.

 

Cécile Guilbert, « Réanimation » aux éditions Grasset, 270 pages, 17€

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