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Publié par isabelle kévorkian

Les côtes de Beaune

Le portrait d’un gros répugnant qui nous met pourtant un coup à l’estomac.

 

Alexandre Petit est un type cruel et cynique. Il n’aime rien ni personne. Un être glauque et terrifiant auquel on espère échapper toute notre vie. Il s’exprime ainsi, qualifiant les bénévoles qu’il encadre aux Restos du Coeur : « Ce sont pour la plupart des gens de gauche voire d’extrême gauche à la retraite, qui considèrent l’absence de réflexion, la gentillesse et l’amour du prochain comme solutions à tout problème. » A propos d’un groupe de junkies qu’il côtoie : « Une des femelles parle d’ouvrir une boutique de tatouages, une boutique « légale » : rêves minuscules, pathétiques. Pourquoi pas une boutique de souvenirs punks du temps où ils étaient zombies, pourquoi pas une épicerie de croquettes pour chiens bio ? Ils ont envie de sauver le monde : alors qu’ils disparaissent, qu’ils prennent leurs responsabilités ! ». Ou encore : « En France il se vend en moyenne plus de Kebabs que de pizzas ! Les Turcs attirent les affamés tels les étrons les mouches. D’ailleurs ces gros blocs de chair n’en ont-ils pas la forme ? Le peuple turc nous doit des excuses publiques. Y a-t-il plus bête que cette cuisine omnivore ? Plus inconvenant que ces déchets de viande réinsérés dans la chaîne de la vie ? (...) Pour tout cela, le peuple turc entier et les Grecs avec eux (que reste-t-il de Platon, de Sophocle, d’Aristote ?!) devraient être reconduits à la frontière. »

Tout commence par un article paru dans Le Progrès de Lyon, un fait-divers sur le décès d’Elsa. Noyade dans sa baignoire ? Meurtre ? D’emblée un doute s’instille : Alexandre Petit est-il le meurtrier ? Il a passé avec Elsa sa dernière soirée et depuis, demeure introuvable ? Pourtant, cet Alexandre Petit, trentenaire qui habite chez sa mère est un modèle de vertu, un vieux garçon sans histoire qui s’accommode d’une existence médiocre. Est-il trop délicat pour être honnête ? Inspire-t-il une forme de pitié ? « Non je ne suis pas né juif, arménien, ou je ne sais quoi : je suis né vieux, vieux français » Il se terre comme un rat, s’encanaille et se mêle aux punks misérables qui hantent les rues de Lyon avec leurs gros chiens. Il erre et commence un journal. Le journal de l’Ange noir. Son langage se fait cru et désordonné. Le malaise grossit et l’on quitte ce roman avec un goût âcre, une vieille odeur de Kro dans les cheveux collés par la crasse et le vomi. Cet ange noir nous a entraîné dans son cauchemar.  

 

Un ange noir, François Beaune, Verticales, 17,90€, 277 pages

 

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