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Publié par isabelle kévorkian

La rare élégance de Joyce Carol Oates

Un récit cruel et courageux où JCO se dévoile veuve et femme démunie.

JCO a beau être un mythe, elle n’en est pas moins une femme banale : l’épouse de Raymond J. Smith, fondateur de l’Ontario Review, une revue littéraire de référence. « Il est vrai que Ray a été le premier homme de ma vie, le dernier homme, le seul… ». Joyce Smith, la femme d’un seul homme. Au décès brutal de son époux, avec lequel elle a partagé près de cinquante ans de son existence et une passion commune pour la littérature, elle perd l’homme de sa vie. Et bien davantage : des valeurs d’honneur, de fidélité, de loyauté, une estime réciproque, une pudeur et une délicieuse intimité mêlées. Tout ceci s’effondre sans qu’elle y soit préparée. Son défi, alors, sera de donner un sens nouveau à son existence. Elle met son courage et sa force de caractère au service de cet engagement envers la vie, pour survivre avec honneur à son époux, demeurer Joyce Carole Oates et ne pas trahir ses lecteurs.

Avec « J’ai réussi à rester en vie », elle livre un récit touchant et intime, assez éloigné de ses romans et de son style, un récit cruel et courageux, sincère et rude, dans lequel elle se dévoile veuve, femme et auteur démunie : « Peut-être un symptôme du chagrin. Peut-être une sorte de fissure neurologique dans le cerveau. A cela s’entremêlent des bouts de chansons, des bribes de poèmes, de musique, des voix à demi entendues… Jamais je ne me suis sentie aussi « inspirée » -et en même temps aussi déprimée, épuisée ; je n’ai même pas l’énergie de noter ces idées, sans parler de réfléchir aux manières de leur donner forme. »  On la suit pas à pas reconstruire sa vie, aménager de nouvelles habitudes, développer des « stratagèmes de survie ». Seule, ou accompagnée d’amitiés vaillantes. Jusqu’au moment où, tel un enfant qui fait ses premiers pas, s’élançant vers l’avenir, elle parvient à dormir sans somnifère, se posant néanmoins cette question redoutable : « Suis-je en train d’abandonner Ray ? –que m’arrive-t-il … ». La grande force de ce récit tient au fait que plus on progresse dans sa lecture, plus on croit lire une œuvre de fiction. Avec cette conclusion culminante, propre au thriller. Aucun doute : Joyce Carole Oates est une délicate amoureuse.

J’ai réussi à rester en vie, Joyce Carole Oates, éditions Philippe Rey, 24€, 475p.

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