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Publié par isabelle kévorkian

Au-dessus du niveau de la mère

Portrait bouleversant et texte émouvant de Delphine de Vigan

 

La photographie de couverture en noir et blanc est le reflet des années 1960. Une jeune femme blonde, gaie et insouciante. En apparence. Les traits de son visage (d’une pureté exquise) n’expriment rien d’autre qu’une profonde lassitude. Cette femme soucieuse et lumineuse est Lucile, la mère de Delphine de Vigan. Le roman compte 437 pages et pas une fois, dans ce portrait bouleversant, l’auteur ne dit « maman ». Elle évoque la vie douloureuse de « Lucile », comme si ce prénom lui permettait de ne pas sombrer à son tour. Un prénom qui fait barrage, qui lui permet de s’affranchir des souffrances de sa mère et d’affronter avec recul la folie, les internements de Lucile, jusqu’à son suicide. Puisque telle est l’histoire de ce roman : la vie de Lucile, folle et suicidaire, qui aurait subi l’inceste. Une vie qui oscille entre des périodes de fracas et de chaos, et des moments d’accalmie, presque radieux. En dépit de sa maladie, Lucile a apporté un équilibre et une force inouïs à ses enfants. Delphine de Vigan l’exprime ainsi : « Aujourd’hui, je suis capable d’admirer son courage ». Et nous aussi, parce que cette histoire est une leçon de bravoure, d’acharnement, de vie.

« Rien ne s’oppose à la nuit » rappelle étrangement « Le Chagrin » de Lionel Duroy, tant sur le fond (une famille de huit enfants, des épreuves, des personnalités ambivalentes, une éducation baroque, une vie de drames et de bonheurs mêlés) que sur la forme. L’auteur ponctue en effet l’histoire de Lucile pour nous faire partager ses atermoiements d’écrivain en quête d’un passé blessant. Entre nous, les états d’âmes de Delphine de Vigan et ses impacts sur sa vie et celle de « l’homme qu’elle aime» ne présentent aucun intérêt. Puis, au fur et à mesure, elle abandonne cette forme narrative et met de côté son égo pour laisser jaillir Lucile seule, dans toute sa splendeur et ses ravages. Et là, il s’agit bel et bien d’un roman émouvant. Lionel Duroy expliquait qu’il écrivait pour « tuer sa mère », Delphine de Vigan a écrit, quant à elle, une véritable ode à la mère.

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, 437 pages, JC Lattès, 19€

 

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