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Publié par isabelle kévorkian

Guéno, passeur de mémoire

 

Les lettres les plus émouvantes et les plus poétiques de gens célèbres et de particuliers.

 

Jean-Pierre Guéno dans son livre « La vie en toutes lettres » fait de nous des spectateurs de conflits, d’amour, d’histoire. Il nous offre à travers les 105 missives ventilées en 26 mots clés comme les 26 lettres de l’alphabet (de A comme Amitié à T comme Transmission, en passant par Handicap, Ostracisme, Révolte, Politique ou Famille), toute la force et la singularité de Français anonymes ou historiques. Le trait d’union est de nous restituer nos racines, de raviver notre mémoire. Dans un monde de plus en plus virtuel et mondialisé, ces ancrages sont nécessaires et Jean-Pierre Guéno s’avère un formidable passeur de mémoire. Quoi de plus normal pour un postier ? Car Jean-Pierre Guéno est postier, et La Poste est avant tout un passeur d’histoire, d’émotion et de culture depuis les relais de poste de Louis XI jusqu’au courriel, en passant par le télégraphe ou les bottes de sept lieux. D’ailleurs son logo est le reflet de cette transmission, fondement de l’institution : oiseau messager bleu comme le ciel sur fond jaune et rond comme le soleil.

Le livre de Jean-Pierre Guéno se lit comme on écoute un Lied de Schubert. Les murmures délicats font place à la ferveur la plus intense, la délicatesse à la puissance. Il transcende la vie et nous fait passer du recueillement au tumulte. Peut-être parce que les lettres sont d’une authenticité féroce. Qu’elles datent du XVIème siècle ou qu’elles soient contemporaines, manuscrites (70%) ou tapuscrites (30% reçues par courriel), elles reflètent la diversité qui caractérise la vie. Leurs auteurs ont sans doute écrit un peu à eux-mêmes avant de les poster ou de cliquer sur le bouton « envoi » de leur ordinateur, avant que le destinataire les reçoive. Ou pas. Comme celle de ce facteur à sa mère. Mère célibataire dans les années 30, Françoise dépose son fils à l’assistance publique. Enfant abandonné, René cherche sa mère pendant près de trente ans. Il devient facteur : parmi les clients de sa tournée figure sa mère. Il lui écrit une lettre bouleversante. Parvenu devant sa mère pourtant, il ne lui remettra pas « Je venais de retrouver ma mère. Je venais de vous retrouver. Mais je ne vous ai rien dit, et je viens de vous écrire cette lettre que je ne vous enverrai jamais ». Trésor que René partage avec nous. Une générosité rare, distillée au cœur de ce livre émouvant, à travers une iconographie surprenante : lettres de Diderot à son fils, de Simone Weil à Xavier Vallat, de l’abbé Pierre à ses électeurs, de Jean-Jacques Rousseau à Pierre Séguier de Saint-Brisson ou encore de René à sa mère biologique. Ces amoureux de la correspondance nous témoignent ainsi une confiance absolue.

 

La vie en toutes lettres, Jean-Pierre Guéno, (éditions Plon, 240 p.) 29,90e

  

Gilles Deleuze disait qu’écrire, c’est devenir quelque chose, quelque chose de la vie qui passe en nous : Ecrire, c’est témoigner pour la vie. Ce livre est l’expression la plus intime de la sensibilité et le cœur battant de la vie.

 Plus d’informations: www.emotionducourrier.fr ; www.fondationlaposte.org

 

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