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Publié par isabelle kévorkian

Dernier article paru dans le magazine "Service Littéraire", mensuel de l'actualité romanesque.

Le Journal Des Ecrivains Fait Par Des Ecrivains.

 

 

Terre sainte pas vraiment promise

 

 

Le dernier roman d’Amanda Sthers n’est pas raté mais il n’est pas réussi.

 

« Quand il y a deux juifs dans une pièce, il y a trois avis ». Au-delà des aspects politiques ou religieux, en Israël, parti pris géographique qui présente peu d’intérêt dans ce roman, Amanda Sthers raconte une histoire de famille avec ses doutes, ses joies, ses non-dits, ses espoirs déçus, les frontières qu’on n’ose pas dépasser, ou trop tard. Il y est question de confusion. Il y est question d’amour. Peu à peu l’émotion enveloppe, comme l’empathie pour ce père divorcé, ex-cardiologue parisien, désormais éleveur de porcs en Terre sainte pour conjurer le terrorisme. Ce fils homo –pourquoi lui et est-ce irréversible ? ; cette fille trop ingénue –qu’est-ce qu’elle attend pour mûrir et mener une vie normale d’épouse et de mère ? Enfin cette mère goy, dont on va découvrir qu’elle est atteinte d’un cancer incurable. Ce rabbin aussi, Moshe, philosophe et conscience, balise pour ce père paumé dont la vie n’a pas pris la tournure escomptée.

Dommage que Madame Sthers n’ait pas travaillé plus en profondeur la psychologie de ses personnages, car on s’y attache même s’ils sont parfois caricaturaux. Quitte à évoluer avec cette famille en Terre sainte, on aurait apprécié quelques repères historiques. Madame Sthers reste en surface et ne réussit pas à faire de cette Terre sainte une terre promise. Alors voilà : je n’irai pas en pèlerinage cet été en Terre sainte et je le regrette, moi l’Arménienne en proie à tant de questions sur mes racines. C’est comme si Amanda Sthers ne me proposait pas de partager ce lieu saint, pourtant partie intégrante de mon identité !

Jalousie ? Sait-elle que deux juifs valent un arménien et cette force-là l’effraie-t-elle donc ?

On reproche aux romans d’Amanda Sthers une écriture facile, excessivement orale, une construction bâclée et des personnages vite oubliés. Pourtant dans « Les Terres saintes », on est surpris. Il s’agit d’un roman épistolaire et c’est une forme d’audace. Il y est question de transmission. Au sens littéral à travers ces lettres échangées et ce média complémentaire qu’est l’e-mail, mais aussi transmission de valeurs, d’un héritage.

Le fils, s’il déçoit les attentes du père d’un certain côté, les comble par ailleurs : en tant qu’artiste, il préserve le nom de famille, en assure sa pérennité. Quelle plus noble succession ? A l’heure du numérique, Amanda Sthers véhicule des émotions universelles et intemporelles, à travers le Courrier papier et virtuel. Elle dépasse les querelles corporatistes et technologiques actuelles au profit de la culture et de la littérature, victorieuses.

Il y a un autre gagnant dans cette histoire : La Poste, dont le rôle de messager et de passeur d’émotions, est plus que jamais et définitivement ancré en chacun de nous. En tant que postière, cela me réjouit.

 

Les terres saintes, d’Amanda Sthers, (éditions Stock, 206 p.) 16,50€

 

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