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Publié par isabelle kévorkian

Présumé Coupable

 

Mon Dieu, faites que je ne sois jamais « Présumé coupable » ! Faites que jamais, jamais, je ne croise sur ma route un juge d’instruction trop jeune, dilettante, agressif, hautain, partial et peu scrupuleux. Merci mon Dieu. Amen.

Je n’ai pas prié depuis ... mes cours de « caté » ! Suis-je croyante ? Depuis hier oui.

En sortant du cinéma, où je venais de visionner ce film magistral : « Présumé coupable », je me suis mise à réciter un « Notre Père », un « Je vous salue Marie ».... à croire avec ferveur. Je me suis mise à flipper surtout.

Peut-être que cette nuit, j’ai pensé, tandis que je serai plongée dans un sommeil profond après avoir ordonné mes dossiers pour demain, fermé mon ordinateur, préparé mes affaires, dîné puis lavé la vaisselle (enfin : rangé le lave-vaisselle)..., des flics s’imposeront chez moi, comme chez Alain Marécaux, sans préambule ni manière mais avec violence, me tutoyant, me passant les menottes, et me mettant en garde à vue pour viol sur enfants mineurs de quinze ans ?

Ils saccageront ma maison à la recherche de preuves. Aussitôt ils repèreront ce catalogue d’exposition avec en couverture « L’origine du monde » et Courbet leur fournira leur premier indice. Ils trouveront ensuite un magazine à la mode, par exemple Wad, avec ces femmes et ces hommes nus aux poses conceptuelles et cela ne fera pas de doute dans leur esprit : je serai cette personne-là qu’ils recherchent, voyeuse, violeuse, exhibitionniste. Ils chercheront dans mon ordinateur des sites pornos et pédophiles, en vain. En revanche, ils découvriront que j’ai surfé sur un forum quelconque un soir d’ennui, où les internautes s’échangent des adresses branchées, peut-être que les noms seront assez osés pour me mettre en examen et rendre tangible leur quête. De plus en plus agités, ils trouveront sur ma table de nuit ce polar de Dominique Sylvain : « Passage du désir » dont le titre sera éloquent et raccord avec leur fouille. Qu’importe le fond.

Pour tous ces détails infimes d’un quotidien banal, je serai emprisonnée des années. Présumée et jugée Coupable. Ces détails débiles feront basculer ma vie. Puis l’escalade ou la descente aux enfers, ce cycle vicieux interminable. Des témoignages de voisins, de proches : Je me balade à poil chez moi, je suis exhibitionniste et sans doute perverse ; je demande à mes neveux et nièces s’ils ont mis leur pyjama le soir quand ils dorment à la maison, et la voisine entendant ces mots-là les trouve louche maintenant que je suis présumée coupable. En prison, lors des séances au parloir, j’apprendrai que je serai virée, bien que mon patron croie en mon innocence et s’avoue solidaire, que j’en sois convaincue. Je devrai vendre mon appartement, le syndic me fera savoir que je suis une voisine gênante. Je braderai tout pour payer mon avocat. Mes parents mourront de détresse comme la mère d’Alain Marécaux, mais tout le monde s’en foutra bien, le juge continuera de me questionner, à charge, en dépit de mes défaillances. Car mon corps ne me soutiendra plus, et cela aussi constituera une preuve.

Je serai enfermée sur la base du témoignage d’un gosse manipulé par ses parents, ils m’auront dénoncé par hasard, moi ce jour-là, voilà, c’est tout, aussi bête ; et sur la base de ces petits riens qui constituent ma vie, sans bruit. Aucune preuve. Ni Kafka, ni Zola n’auraient jamais imaginé telle situation. Trop surréaliste, trop incohérente. Alors depuis hier, oui, je crois en Dieu et je prie.

 

Philippe Torreton : la douleur.

Le juge Burgaud : La honte, la lâcheté.

L’avocat Delarue : le respect.

Vincent Garencq, le réalisateur : le courage.

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