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Publié par isabelle kévorkian

Paul Verlaine a été encagé toute sa vie. Et à présent, le voilà exposé au Musée des Lettres et des Manuscrits. Comme un corps à la morgue. Le parcours de l’exposition ressemble au labyrinthe d’une géhenne, et les partis pris de mise en scène nous aident à dépecer, à la manière d’un médecin légiste, l’emmurement du poète maudit. Que ce soit au sein de sa famille devant les bocaux des fœtus que sa mère exhibera toute sa vie jusqu’à ce Verlaine les brise avec violence, comme si ces enfants qu’elle avait perdus devaient symboliser un trophée, celui de la laideur. Verlaine étouffé. Que ce soit au sein de ses amours, entre une femme épousée sans conviction, après s’être perdu dans les bras de trop de prostituées, et un amour impossible avec Arthur Rimbaud. L’homosexualité, seule issue à ces femmes qui l’ignoraient. Verlaine écartelé. Que ce soit dans l’alcool, comme si l’Absinthe pouvait devenir remède. Verlaine endiablé. Ce sont ces détails que l’on découvre, jusqu’au révolver 7mm avec lequel il tirera sur son amant. Verlaine emprisonné. C’est l’affaire de Bruxelles. Son salut, il le trouve dans l’écriture et la poésie. Alternative au suicide. Pour la première fois, le manuscrit Cellulairement est révélé au public (d’autres documents authentiques, véritables scoops, ponctuent cette exposition). Verlaine l’écrit pendant les 555 jours de sa captivité, entre 1873 et 1875 : une somme de rêves, pensées, doutes, essais, poèmes. Autant de tentatives d’évasion. Jamais édité de son vivant, l’ouvrage classé trésor national par l’Etat Français est une pièce à conviction. Les feuillets sont assemblés dans la reliure. Les désimbriquer est impossible. Ce livre autographe illustre le chemin de croix d’un homme.

 

« Verlaine emprisonné », Musée des Lettres et des Manuscrits, 222 bd Saint Germain, Paris 7ème. Jusqu’au 5 mai 2013.

 

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