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Publié par Isabelle Kévorkian

La nouvelle exposition installée au musée de la gendarmerie, à MelunSeine et Marne, fait voyager à travers le monde et l’histoire. Elle présente 46 gendarmeries et, pour 14 d’entre elles, il est question de carabiniers, maréchausée ou garde nationale. Des appellations romanesques parfois, pour des institutions au rôle circonscrit autour de 3 axes : protéger le citoyen, la nation et assurer la sécurité nationale. L’exposition commence par définir la gendarmerie. Une définition qui peut sembler inutile. A priori tout le monde connaît les gendarmes, popularisés ! Ce rappel fait sens et le général Georges Philippot a conçu le parcours de manière à éclairer, par l’action et l’exemple, les missions des gendarmeries.

 

Le planisphère présente une forte concentration de gendarmeries autour de la France (Europe, Afrique), premier pays à avoir consolidé cette présence au XVIIIe siècle, au service d’une population « à l’émotion si violente », pour laquelle il était nécessaire d’envisager « des forces de sécurité très solides » ! Après la Révolution Française, une deuxième vague a émergé, notamment en Turquie puis une troisième, à l’issue de la seconde guerre mondiale. Le dernier pays à s’être doté de cette force militarisée est le Mexique. Même le Vatican dispose de sa propre gendarmerie !

 

Deux systèmes cohabitent : franco-méditerranéen qui regroupe les pays du Sud, et anglo-saxon qui fédère les pays du Nord, plus enclins à la discipline. Si les valeurs sont appréhendées avec nuances, tenant compte des limites culturelles, religieuses, comportementales des pays, il n’en demeure pas moins que les gendarmeries représentent un label de démocratie des États. Or, pour construire une nation, l’ordre est bel et bien le pré requis, quelle que soit l’orientation définie : force d’intervention ou de pacification et les moyens dévolus, sur terre, en mer (même le jet-ski en Tunisie), dans les airs y compris les technologies les plus performantes comme les drones. La gendarmerie est l’institution française la plus répandue dans le monde et aujourd’hui 30% des pays de langue arabe en sont dotés.

 

L’exposition ne se conçoit pas de manière institutionnelle mais opérationnelle, à travers une iconographie riche, des cartes à vocation pédagogique, des tenues, des insignes, autant de caractéristiques, autant de pratiques différentes comme en Chine ou en Russie. C’est le plus souvent en situation de crise, en posture de défense, que le rôle des gendarmeries se démarque et exacerbe les passions. En temps de paix, l’exposition rappelle que les gendarmeries maîtrisent les espaces, les flux, les migrations grâce à leur extraordinaire maillage territorial et un contact quotidien avec la population, comme au Cameroun où la gendarmerie est au centre de la cohésion des 250 ethnies. En France, les gendarmeries sont désormais exclues des banlieues au profit de la police (civil) ; Davantage structurées en zones rurales permettant l’intégration des populations exilées, au détriment parfois de leur rôle fondamental d’intervention. Cette configuration est, notamment, à l’origine de l’antagonisme police (qui privilégie l’action avant les moyens) -gendarmerie (qui se dote de moyens pour agir). Le « label » gendarmerie n’en demeure pas moins au service du fonctionnement de l’État. Cela se vérifie en particulier lorsque l’État s’écarte de la représentation démocratique de la nation. Les gendarmeries constituent un gage de reconnaissance des États : la relève de la garde à Monaco s’effectue en grandes pompes à 11h55 précises chaque jour ; en Italie les Corazzieri ne mesurent pas moins de 1,90 mètres ; les distinctions sont tout aussi éloquentes mêlant les inscriptions en arabe et en français (Jordanie) ou les allures, comme le Cavalier Garde rouge (Sénégal).

 

Les gendarmeries assurent aussi le secours aux populations et, si l’on ne devait retenir qu’un pays, ce serait la Chine, âprement touchée par les catastrophes naturelles qui a su se doter de moyens à cet égard avec sa Police Armée Populaire. L’Italie, peu épargnée par les tremblements de terre, privilégie la sauvegarde du patrimoine à travers des unités spécialisées. Pour autant, aucune des gendarmeries n’en oublie le citoyen, pierre angulaire de l’exposition, notamment en matière de coopérations internationales. Que ce soit en matière de crimes (police judiciaire -IRCGN), de trafics, de terrorisme, de cybercriminalité, de protection de la nature, de défense des animaux ou les polices de la route. Le FIEP (France-Italie-Espagne-Portugal), à l’initiative de la France en est l’exemple concret. La première intervention commune remonte à 1948, en Palestine, sous mandat de l’ONU. Parmi les missions méconnues en OPEX (Opérations Extérieures), la défense des éléphants avec la gendarmerie du Gabon.

 

 

L’animal n’est pas en reste dans cette exposition. Si les gendarmeries sont engagées pour la protection animale, l’animal est aussi un formidable auxiliaire. Le cheval en est le plus emblématique. Il disparaît en France dès 1938 au profit du vélo (sauf pour la garde républicaine) et figure la noblesse d’autres États (Angleterre, Belgique). Dans les casernes, les chats sont bienvenus, chasseurs de souris et autres nuisibles. Ailleurs, les chameaux jouent un rôle significatif, ou les chiens de traineaux. La place des femmes n’est pas exempte non plus, comme le montre cette vidéo –quasi outil de propagande, de la gendarmerie Turque, clairement interventionniste, ou au sein de la gendarmerie marocaine.

 

Et demain ? Les gendarmeries devront répondre de manière encore plus éprouvée, diversifiée et transversale, aux nouvelles menaces de masse, sans frontière, en se dotant notamment d’outils prédictifs. Car, rappelons-le, elles garantissent la souveraineté des États.

 

Les gendarmeries du monde, Musée de la gendarmerie, Melun, jusqu’au 15 juillet 2018. Un parcours ludique est destiné aux enfants.

 

www.melun-tourisme.fr ; www.visit.pariswhatelse.com (Seine et Marne)

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