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Publié par Isabelle Kévorkian

J’ai découvert l’artiste lyrique Melody Louledjian dans le rôle de Ciboulette (Hahn), sur la scène de l’Opéra-Comique. L’espiègle et fraîche Ciboulette, en robe vichy, y apparaît maraîchère à Pantin (la campagne). À vingt ans, elle a déjà huit prétendants qu’elle néglige avec superbe ! Elle doit bientôt se marier : lequel choisir ? Et s’il en existait un neuvième, caché sous un chou, l’as de cœur, celui d’une vie jamais ennuyeuse, toujours fantaisiste ? En attendant qu’il se manifeste, la peu farouche, voire amorale Ciboulette, chantonne le refrain du Muguet : « Muguet, plaisir d’une heure, plaisir d’amour, plaisir d’un jour » tout en charmant un autre personnage, qui va devenir son mentor : « Dans la vie il n’y a que deux carrières possibles : être fonctionnaire ou amoureux ». Melody, au nom prédestiné, a aménagé à sa manière cette drôle de maxime.

 

Pour cette artiste complète, il n’existe qu’une vie possible : être musicienne et amoureuse.

 

Musicienne, elle l’est assurément. Le piano qu’elle démarre à l’âge de quatre ans (aujourd’hui interprète et compositrice) en commençant par lire les partitions « Je savais lire la musique avant le français ! » ; l’accordéon que son père, lui aussi musicien, lui apprend au berceau ; le chant auquel elle s’initie à l’âge de 16 ans « par curiosité, pour développer ma voix ; le chant était une récréation ! » Un hasard (plutôt un rendez-vous : voix, voie) qui lui ouvre les portes du conservatoire supérieur, pendant qu’elle étudie par correspondance. Elle deviendra la soprano Melody Louledjian. Ses cours de danse feront le reste s’agissant de la dimension scénique, la rendant capable de monter une chorégraphie ou de s’y adapter avec aisance.

 

Soprano, ça fait immédiatement écho à La Callas. Cependant, les deux personnalités semblent si distinctes. La Callas, tragédienne excessive et tempétueuse qui mélangeait ses rôles et la vie, jusqu’à l’engorgement. Melody Louledjian, non moins ardente, réconcilie et pondère son art et sa vie, pour atteindre une forme de légèreté, sinon de liberté. Amoureuse, elle l’est aussi. Mariée au bassiste Philippe Jardin, l’un des quatre musiciens qui composent le groupe qu’elle a formé autour de sa seconde identité, Melody Lou : « pour mieux cloisonner », précise-t-elle.

 

 

L’équilibre

 

Melody Louledjian au lyrique, Melody Lou à la variété française. Deux patrimoines complémentaires, deux cultures qu’elle associe avec malice, deux gènes éloquents : arménien (le père), espagnol (la mère). Étonnant qu’elle ait démarré sa carrière dans Carmen ? Non. Puis Ciboulette offre une ambiance que ne renierait pas Henry Murger, qui inspirera « la Bohême » : si cet argument n’est pas suffisant !

 

Aujourd’hui, je découvre Melody Lou, qui reprend les chansons des années 30 d’une manière pure et flûtée. Une voix à ce point cristalline qu’elle donne l’impression d’écouter ces textes pour la première fois. Comme les mélodies, qui favorisent une irrépressible envie de virevolter, dans une époque trouble et pas franchement sexy.

 

 

Follement 30’

C’est follement charmeur et charmant

 

Cependant, lorsque l’on est soprano, est-il si facile de choisir un répertoire moins dramaturgique, moins théâtral, à l’accordéon ? « Oui, c’était logique, affirme spontanément Mélody Lou-(ledjian) ! J’ai pris du plaisir à écouter les chansons des années 20’, 30’, 40’, 50’. J’ai été sensible aux mélodies de l’époque, à la richesse harmonique, aux textes qui tous, racontaient de petites histoires ; c’est ce que je voulais, comme dans un opéra : raconter des histoires avec mon corps et ma voix. Et puis dans les années 20’, j’ai été saisie en écoutant Jean Sablon pour la première fois chantant au microphone. C’est l’héritage direct de l’0pérette. Ce que j’ai cherché avant tout ? Essayer de me détacher de l’Opéra et du répertoire lyrique en travaillant le bas médium de la voix, pour insuffler quelque chose de naturel et de joyeux. Et puis surtout, dans la vie, on fait avec ce qu’on a, ce qu’on est. Ma voix a une couleur lumineuse, ce serait artificiel de l’assombrir, cela sonnerait faux. Mon timbre de voix reflète mon tempérament et je voulais demeurer fidèle à qui je suis, respecter le texte en imposant ma sincérité (…) ; je voulais aussi explorer un répertoire français, ma langue maternelle, même si je peux chanter en italien, russe ou allemand pour l’Opéra. C’est mon patrimoine. »

 

Que rajouter après tant de fraîcheur et de détermination ? Peut-être que l’idée de Follement 30’ émerge du guitariste et arrangeur, Marco Campo et de sa volonté de « faire de la musique entre amis ». Car Melody évolue dans un univers de musiciens jazz, tous potes, qui se conseillent, jouent ensemble, se produisent. C’est la « bande du sud-est », où Melody vit quand elle n’est pas en tournée, elle qui affirme qu’entre son pays et Paris, le choix se résume bien plus simplement : « Mon ancre, c’est au bord de la mer Méditerranée ». C’est donc au gré des flots que se produit Melody Lou, avec son groupe et ses amis, notamment le musicien Pierre Sibille qui vient de sortir un album génial et original, Peace, Love & Bob Dylan, label Blues’up (www.pierresibille.com). Il adapte la poésie de Dylan et le résultat est soul, languide et aromatique, à consonance arménienne, en filigrane. Le sud-est de cet été 2017 forme un cru musical exceptionnel, sans conteste.

 

Les projets de Melody Louledjian ? L’artiste lyrique répète à Genève en ce moment, aux côtés de l’ensemble de solistes de l’Opéra. Elle y interprètera trois rôles, dont celui de la princesse Elsbeth dans la version créée par Thomas Jolly de Fantasio (Offenbach). Elle fêtera également, avec l’Orchestre national d’Ile-de-France le centenaire de Debussy et, à Tenerife, elle interprètera Violetta, rôle phare des sopranos s’il en est. Quant à Melody Lou ? Elle projette une tournée dans le sud de la France l’été prochain autour de son album Follement 30».

 

 

Album Follement 30», Melody Lou (chant, accordéon), Marco Campo (guitare, arrangements), Philippe Jardin (batterie), Lionel Dandine (piano, trompette), Philippe Guiraud (contrebasse) Label Blues’up.

L’album est disponible en commande sur le site www.paniermusique.fr et téléchargeable sur iTunes et www.lafnac.com

Sites internets www.melodylou.fr  et www.melodylouledjian.com

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