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Publié par Isabelle Kévorkian

 

Persécutions religieuses en Birmanie : peut-on parler de génocide ?

La Birmanie est peuplée à 96% de Birmans de confession bouddhiste. Très violents envers les 4% de musulmans Rohingyas et véritables censeurs des médias, ils ont composé les deux-tiers de l’électorat d’Aung San Suu Kyi en 2015. Or le bouddhisme, une religion pacifiste, peut-elle être identifiée comme génocidaire ou doit-elle être appréhendée, comme toutes les religions, avec philosophie ?

En 1982, le général birman Ne Win met en place une loi sur la nationalité. Dès lors les minorités musulmanes birmanes, les Rohingyas, qui représentent 4% de la population, sont apatrides. Plus récemment « Le vénérable moine bouddhiste » Wirathu, ultranationaliste, issu de la mouvance MaBaTha, se radicalise et devient un prédicateur antimusulman aux idées xénophobes. Privés de leurs doits fondamentaux, les Rohingyas sont victimes d’une épuration ethnique par de jeunes moines Bouddhistes populistes. Aung San Suu Kyi, qui dirige le pays depuis 2015, demeure silencieuse, refusant de parler à l’ONU, fermant ses portes aux demandes d’interviews internationales et allant jusqu’à qualifier de fausses informations les exactions de l’armée, fondée par son père. Aung San Suu Kyi compose depuis plus de 30 ans avec l’armée et les minorités musulmanes silencieuses. Un dilemme tel, que 26 membres du comité du prix Nobel ont demandé à la dirigeante birmane honorée, de prendre position. Cette ambassadrice de la paix dans le monde, qui a survécu à plus de 30 ans de lutte contre les généraux dont 20 en prison, à une tentative d’assassinat, icône de la résistante, peut-elle fermer les yeux et laisser le pouvoir aux mains de moines religieux extrémistes, au nom de Bouddha ? Aung San Suu Kyi portait l’espoir de la démocratie en Birmanie et celui de fédérer militaires, moines et populations défavorisées. Femme de consensus : a-t-elle failli ?

Dans la lignée du général Ne Win, Wirathu, moine bouddhiste nationaliste, fédère 96% de la population birmane. Il attise la haine et le mal et le pays se trouve aujourd’hui ciblé pour génocide. Le HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) interpelle : « Le statut d’apatride est considéré par l’ONU comme l’un des pires car il prive des droits élémentaires. Dix millions de personnes –dont un tiers d’enfants- seraient actuellement apatrides, principalement en Asie et Afrique ». Nous trouvons-nous face à un peuple en voie d’extermination au nom d’une religion ? Les exterminations ethniques se répètent : Comment endiguer cette montée des extrémismes religieux ? Quel est le rôle des médias ? Comment peuvent agir les Nations-Unies ? Comment pouvons-nous agir ?

A minima, en découvrant le film-documentaire époustouflant réalisé par Barbet Schroeder (1h40), avec les voix du réalisateur et de Bulle Ogier : Le Vénérable W.

Les sermons et les actes de répression du Vénérable W., qui n'a pas cinquante ans, glacent le sang.