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Publié par Isabelle Kévorkian

Ce mois de juin, qu’ont en commun les éditions Ateliers Henry Dougier, la pianiste Christelle Abinasr, l’auteur Alice Pouyat, les Concerts Festifs du Café de la Danse, l’exposition « La Bibliothèque, la nuit » à la BnF ou encore l’interprète Simon Ghraichy ? L’Argentine.

 

Les ArgentinsAstor Piazzolla, le tango, le couple Péron, Mauricio Macri, la politique la société civile et les ONG, le Kirchnérisme, l’immigration et l’improvisation, le sens de la réinvention et le goût du changement, « être aventurier, Juif errant », les mythes et les icônes, le foot, Maradona et Messi, le meilleur et le pire, la démocratie et la dictature, Victoria Ocampo et Jorge Luis Borgès, lecture et cinéma, la psychanalyse comme philosophie de vie, le gaz schiste et les OGM, les bidonvilles et les barrios cerrados, les Africains les Italiens les Espagnols les Indiens les Arméniens, des entreprises sans patron et des coopératives, une certaine idée de la liberté de la dignité de la conquête, Buenos Aires la Patagonie la Pampa, les gauchos, les Antigones et les curés, catholicisme et cultes païens. Une histoire de rythmes et d’héritages. Partir en Argentine, c’est faire « le pari du Nouveau Monde », inclusif et désinhibé. Terre de défis à la signature déterminée : « Occuper, résister, produire ». L’Argentine, c’est bleu-céruléen-aérien comme l’horizon infini de possibilités, blanc comme les neiges éternelles et le reflet des nuages qui saupoudrent de douceur les aléas crises  tourments, avec au centre le soleil jaune fertile, décliné ailleurs avec le bonnet phrygien, symbole d’affranchissement. C’est l’alliance de l’amertume de la douceur et de la combativité.

 

Christelle AbinasrLe tango et Christelle Abinasr

Pierre angulaire argentine : la musique et le tango en particulier. « Quand tu vas à New-York, tu sens que c’est la ville du jazz. A Buenos Aires, on sent que le tango est d’ici, c’est assez inexplicable » explique Marco Bellini, musicien de 40 ans qui se revendique tout autant fan de David Bowie ou The Cure que de Carlos Gardel ou Astor Piazzolla. Une musique dont Jorge Luis Borgès disait « qu’il est utile de l’étudier pour comprendre les vicissitudes de l’âme argentine ». Elle reflète le métissage des cultures et des peuples qui ont apporté de leur culture et de leur identité en émigrant en Argentine. Musique de bordels et de marins, dont les pulsations rappellent ceux du candombe (anciens esclaves africains), des habaneras cubaines, des valses d'Europe de l’Est. « Le tango a quelque chose de sacré et de sensuel, il est profond et festif, viril et sentimental, populaire et très élaboré ; peu de styles sont si riches d’un point de vie musical et poétique » poursuit Marco Bellini.

 

C’est précisément ce que reflète le nouveau CD de Christelle Abinasr consacré à Astor Piazzolla « La musique de Buenos Aires », dans lequel elle fait référence à Borgès « Tango que j’ai pu voir danser devant un soleil couchant d’or (…) Tando de ce Maldonado (…) Tango qui était le bonheur (…) A ma mort tu persisteras / A accompagner notre vie / Buenos Aires ne t’oublie pas / Tango qui fus et qui seras ». En l’occurrence le tango de la jeune pianiste bordelaise projette cette musique dans un futur indéterminé et rassurant, à travers des morceaux créées pour le piano par le compositeur argentin ou transcrites par Kyoto Yamamoto, dans le respect de l’esthétique de Piazzolla. C’est généreux, vivifiant, ondulant et mélodieux. La musique s’imprègne peu à peu en nous, semblable à un feu brûlant, incandescent, une ascension, une renaissance. D’ailleurs l’une des pièces est écrite à partir d’une légende selon laquelle un ange aurait guéri les âmes des habitants de la région de Buenos Aires. C’est mystérieux, mystique et suspensif « comme un désir qui attend perpétuellement d’être comblé ». Une musique chorégraphique portée par une narration féérique et dramaturgique. On y retrouve aussi la passion enfiévrée qui fait écho à ce vague à l’âme diffus, la saudade. L’album reprend une série de préludes, autant d’ambiances et d’émotions entre lesquels notre cœur et notre corps balancent, sec et fruité, ferveur et douceur, tempéré et flamboyant, suave et piquant. Le tango c’est le paradoxe argentin dans toute sa magnificence et Christelle Abinasr entretient et renouvelle à sa manière cette extravagance, cette étrangeté de l’âme argentine.

 

Christelle Abinasr : « La musique de Buenos Aires, Astor Piazzolla », chez www.solstice-music.com

 

 

Les Concerts FestifsLe tango au Café de la Danse

L’association « Les Concerts Festifs » poursuit cette réinvention du tango en créant des passerelles avec l’Italie. Depuis la découverte, au XVIe siècle, de l’Argentine par le vénitien Sébastien Cabot, les musiciens mêlent opéra, bel canto et tango. Grâce à l’initiative commune d’Arièle Butaux, directrice artistique et de Béatrice de Reyniès, présidente de l’association musiques et musiciens de l’Ancien et du Nouveau Monde, ce métissage musical de Venise à Buenos Aires offre un programme chamarré. En souvenir de l’immigration italienne en Argentine entre 1857 et 1940, les 5 artistes mêleront leur talent, leur voix et leur instrument (mezzo-soprano, ténor, guitare, piano, accordéon) et reprendront des extraits de Gioachino Rossini, Alberto Ginestera, Giuseppe Verdi, Gaetano Donizetti, Carlos Gardel et, bien sûr Astor Piazzolla.

 

Jeudi 1er juin à 20h, au Café de la Danse : www.cafedeladanse.com et www.lesconcertsfestifs.com

 

 

A lire absolument pour poursuivre sa découverte de l’Argentine : « Les Argentins », par Alice Pouyat dans la collection « Lignes de vie d’un peuple » aux éditions Ateliers Henry Dougier : www.ateliershenrydougier.com