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Publié par Isabelle Kévorkian

Les BretonsLes clichés ont la tête dure, ce qui pourrait constituer un embarras, faire obstruction. Pas pour Les Bretons qui en ont fait une force, l’une de leurs exceptions fondamentales et derrière chaque banalité, chaque lieu commun, se dévoile un mythe indissociable de la culture, de l’identité et de l’histoire bretonnes, une figure singulière, une légende fantastique et romanesque qui provient des plus ancestrales et mythiques terres boisées de l’Argoat ou des profondeurs insondables des mers glaciales de l’Armor, une spiritualité, une inventivité, une vérité. Rien d’éculé donc : des ancrages, une mythologie et des racines mêlées si résistantes qu’elles permettent un rayonnement toujours renouvelé et inattendu, qui ne cesse de s’étendre. Les Bretons disposent d’une longueur d’avance : s’appuyant sur ces piliers qui prennent valeur d’exemple et être Breton, c’est avant tout un état d’esprit saupoudré d’un supplément d’âme, c’est quelque chose d’essentiel qui ne se définit pas tout à fait. On est Breton, ou pas. Certainement pas à peu près. On l’est, tout uniment. C’est inscrit dans nos lignes de vie, celles d’un peuple emblématique.

 

C’est ce que tend à proposer Pierre-Henri Allain, journaliste et auteur, correspondant permanent de certains médias (inter)nationaux de référence, en Bretagne. Il traduit ce fameux état d’esprit particulier par la preuve, de manière factuelle, à travers des témoignages et des portraits visionnaires qui offrent à la Bretagne un visage précurseur dans biens des domaines : la culture et l’éducation pour commencer, deux soutiens majeurs pour devenir un citoyen engagé et responsable, prérequis pour transmettre les valeurs républicaines, prérequis qui semblent pourtant aujourd’hui oubliés des politiques ; Les nouvelles technologies ensuite (La Breizh Tech) ; Le patrimoine (la langue, les monuments, la religion, les coutumes, l’art culinaire, les fables…) ; La place des femmes dans la société. L’auteur a classé en cinq catégories ces personnalités hors du commun, qui se situent dans l’action plutôt que dans la réflexion, qui osent, testent, recommencent et réussissent : les chefs d’orchestre, les esthètes, les rois et reines du terroir, les entrepreneurs, les aventuriers. Chacun, à la manière de Jack Kerouac a réalisé en Bretagne son « satori », qu’il soit sur une route ou un océan, sur une île ou dans un village, dans les terres reculées ou sur la plage d’une station balnéaire. Le « satori » : ce moment de bascule qui projette vers une forme d’aboutissement et de complétude, de finitude comme en Finistère (fin de terre ; Penn ar bed, bout du monde) où paradoxalement les plus belles histoires commencent. Le département en a fait sa signature, une marque : clin d’œil mordant comme les tempêtes et les embruns qui fouettent. Il n’y a pas d’alternative quand on est Breton : on essaie et on se lance, on saute à l’eau, on prend des risques parce que la fortune alors sourit (quelle que soit sa forme et pas nécessairement au sens fiduciaire). La Bretagne ? #Howly aurait pu déclamer Allen Ginsberg ! Une histoire de poésie, une aventure sacrée et mystique.

 

Portraits

Parmi les plus beat ou les plus génétiquement proches de l’esprit illuminé de cet américain d’origine brestoise Jack Kerouac –Jean-Louis Lebris de Kerouac dit Ti Jean, j’en ai retenu quelques-uns, qui me correspondent. A chacun de se faire sa propre opinion à la lecture de cet ouvrage. D’ailleurs à coup sûr, il en manque. Outre ceux-là, tellement ancrés dans l’imaginaire et les mémoires collectifs : Olivier De Kersauson, Yann Tiersen, Alan Stivell, Henri Queffelec et Yann dont les noces barbares n’en finiront pas de nous hanter, Béatrice Dalle, même Amanda Sthers à la rigueur, Vincent Bolloré, Irène Frain, Christophe Miossec bien sûr : Ici-bas ici-même ! PPDA dont les seules initiales suffisent à tout exprimer de la Bretagne qui ne cesse de se relever envers et contre tout, ou encore Kofi Yamgnane premier maire d’origine africaine élu en France. En fait, je crois bien que nous sommes tous un peu bretons et certainement aussi chauvins. Ce qui nous caractérise, nous les Bretons, c’est notre caractère comme le précise d’emblée Pierre-Henri Allain « Dépasser ses limites », notre pouvoir de résilience, mais aussi notre curiosité « parcourir le monde, réaliser des exploits » : « C’est de cette Bretagne-là dont j’ai voulu parler. Volontaire et branchée sur le monde (…). Cette région a l’un des tout meilleurs taux de réussite au baccalauréat. Ou qu’elle concentre sur son territoire le plus grand nombre et parmi les plus grandes manifestations artistiques et culturelles de l’Hexagone. On pourrait également citer le nombre de brevets… (…) La Bretagne et ses quelque 3 259 000 âmes, avec son maillage serré d’associations et de villes moyennes, a su aussi répondre présente pour l’accueil de réfugiés. »

 

Citons donc au hasard Isardo Lombardia qui dirige le Festival Inter-celtique de Lorient, natif des Asturies dont il aura contribué à rendre lisibles les racines celtes. Il a offert au FIL un métissage musical « qui met à l’honneur les diasporas celtiques ». Nadine Thouvenin, qui lutte contre les préjugés : « Entrez libre ! » invite-t-elle dans un endroit miraculeux et original, à Lorient, dont elle précise qu’il constitue « le lieu de tous les possibles ». L’IDD (IDées Détournées) est ouvert à tous. Plus loin, à Quimper, les frères Bouroullec : designers au talent international. Qui ressentent des « picotements » loin de leur terre natale… Le créateur de mode Pascal Jaouen, inspiré par la féérie bretonne où l’on croise « l’Hermine » ou « l’Erika », indissociables de cet état d’esprit breton : se relever, toujours, fier et résistant, surtout en tenue de bal. Plus haut, à l’extrême pointe de l’occident : Brest et, en haut de la rue Jean-Jaurès, Xavier et Mika Pensec, devenus maîtres ès sushis avec leur enseigne réputée « Hinoki ». Des sushis bretons, à la sardine ou au bar ! Quel aplomb.

Pas de Bretagne sans musique traditionnelle : le bagad ! Le son du biniou, inimitable. Celui de Yannick Martin et Tangi Josset : « Les sonneurs noirs », nés en Colombie et installés au pays des Abers. Une autre brestoise se démarque : Christel le Coq, créatrice de sextoy connecté, repérée au CES de Las Vegas l’an dernier. Rien que ça !

Les ArméniensL’Hermine ? formidable trait d’union entre Les Bretons et Les Arméniens, l’Occident et l’Orient, et place à Stéphane Donikian, le directeur de Goalem, spécialisée dans les effets spéciaux (Game of Thrones ? C’est en partie sa société !).

Une femme marin-pêcheur. Pas banal ? Plus que vous ne le pensez, à l’instar de Scarlette Le Corre, également algocultrice, mareyeuse, cuisinière, chef d’entreprise, animatrice d’ateliers culinaires, conférencière. Une fille de l’Océan, née à La Torche avec un prénom qui dit tout de son tempérament frondeur et passionné !

Restons entre femmes avec Marie Eloy qui a repris l’hermine sur le logo de sa plate-forme collaborative : « Femmes de Bretagne ». Ancienne journaliste (RFI), elle a d’abord fondé une école Montessori à Larmor-Baden avant de décider de favoriser les passerelles et laisser les solidarités féminines s’exprimer. Quand la voix des femmes passe par le digital !

Et, si l’envie vous prend de vous détendre, si les paysages escarpés et authentiques ne vous suffisent pas, laissez-vous séduire par Mickaël Kerlidou et Loïc Matthieu, concepteurs du « slow voyage », une agence de voyage rennaise qui propose de prendre le temps.

 

Qu’ils soient installés dans le Morbihan, le Finistère, les Côtes d’Armor ou l’Île et Vilaine, qu’ils viennent d’ailleurs ou qu’ils soient nés entre le Golfe de Saint-Malo ou l’Atlantique, découvrez ces talents, défricheurs hors du commun.

 

Et si je dédiais ce billet à la mémoire de Fred Alégoët, créateur de la marque KanaBeach qui a succédé à Kakikouka sur la plage du Trez-Hir, commune de Plougonvelin. Le surf et la mer, le littoral dans les veines…

Je pense aussi à mon éditeur de la première heure : Alain Gérardin et sa maison d’édition régionale « Les Oiseaux de Papier » qui ne cesse de se battre pour exister, tout en demeurant indépendante. Et à #lanouvelleolympe petite chatte arméno-bretonne qui, génétiquement sourde, n’en est pas moins loquace et créatrice !

 

Bref : ça mérite bien un casse-croûte Pâté-Hénaff-frites avec un verre de Muscadet ces success stories ! Avec un poème de Tristan Corbière en prime, c’est la saison : celle des Amours Jaunes.

 

Lignes de vie d’un peuple : Les Bretons. Editions Ateliers Henry Dougier. Par Pierre-Henri Allain. 144 pages, 12 euros.