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Publié par Isabelle Kévorkian

Anne de MarnhacLéger, futile ? Bien moins qu’il n’y paraît ! Le maquillage revêt une multitude de sens et d’interprétations. Cet art s’adresse à tous : pays, coutumes et légendes confondus. Sa pratique remonte même à la Grèce antique. Anne de Marnhac propose ici une vision ethnologique, sociologique, historique et esthétique de l’art du maquillage en 101 mots. Autant de clés d’entrée pour apprendre à se maquiller au gré des circonstances.

 

Au commencement...

Tout commence de manière onirique avec Zeus : Un très ancien rêve humain (…) : se métamorphoser. Pourquoi ? comment ? Un peu de sémantique s’avère nécessaire : Le verbe (maquiller) fut d’abord intransitif et employé pour désigner un travail peu recommandable tels un faux en écriture (…). Il vient de l’ancien verbe picard maquier signifiant faire, peindre. Quand il commença à s’appliquer à la cosmétique, ce fut dans le monde du théâtre, pour les comédiens, au dix-neuvième siècle. Maquiller, c’était déguiser, faire illusion. Tout commence donc par la culture, la pratique artistique et notamment le roman, avec Stendhal, Proust ou Colette. Marguerite Duras pus tard, avec « L’Amant » et le rouge cerise qui se prête aux lèvres encore innocentes. Rituel de passage à l’adolescence, explique l’auteur poursuivant : conscience de la naissance de la féminité. Le rite de transformation qui sous-tend les contes de fées. Maquillage : marqueur de la féminité, symbole de pureté et de douceur féminines, s’agissant de la blancheur dont l’auteur explique plus loin : investie d’une dimension sociale (…), l’appartenance à une classe oisive et riche. Les époques se succèdent et la blancheur fait place au bronzage, à l’ère des loisirs en plein air et des vacances au bord de mer. La blancheur caractériserait presque le burn-out ! Les années 20 : Coco Chanel, Zelda Fitzgerald. Le temps des stations balnéaires, jusque dans les années 70 où Dieu créé la femme et Brigitte Bardot devient la figure hédoniste de la sauvageonne en accord avec les éléments naturels (…), s’adonnant au culte solaire.

 

Dans une acception moins glamour, le maquillage se révèle guerrier : Sur les terrrains d’opérations militaires, le maquillage peut être une question de survie (…) : stratégie de l’invisibilité. Le maquillage c’est Cannes, Versailles et l’aristocratie, la visibilité à outrance et son contraire. Contestataire aussi pour impressionner l’ennemi, ou défiant. Pour preuve ? Le choix de coloris transgressifs comme chez les punks ou les metal. Ou bien encore l’absence de tout maquillage, signifiante. Référence aux revendications des mouvements féministes ou écologistes par exemple.

 

Le maquillage n’est pas non plus l’apanage de la femme. L’homme est une autre clé d’entrée. Durant l’Ancien Régime (…), l’art du trompe-l’œil dans une société frivole où tout est factice. C’est également un art majeur en cuisine, ou symbolique de croyances (Au Mali, le henné ; Au Yemen, les points tracés à l’encre noire –sabr, en Inde, le bindi placé en un point essentiel du visage… ». Signes distinctifs et éloquents, ils traduisent des rituels, des états ou des pratiques ancestrales.

 

Et puis après...

Au cœur de cet ouvrage fort bien documenté, intelligent, malin et malicieux il y a, à la lettre D : Définition. Où l’on apprend que le maquillage vient de Morphie. Un dérivé du terme grec morphé qui signifie forme. (…) Morphie : pratiques métamorphosant la peau du visage et du corps de l’être humain. L’auteur décline avec évidence : Morphée, le dieu des rêves ; Morpho : papillon amazonien dont la couleur bleu singulière offre une illusion d’optique hallucinante. Morphies, morphine… leurrer, éblouir, soulager…

 

Il s’agit également d’une science, il se prête à l’art du design, aux doutes et aux e-boutiques, aux effets spéciaux du 7ème art et mesure le talent d’un acteur à Hollywood : 2 heures de maquillage par jour de tournage, l’acteur est méritant ; 4 heures, l’acteur est inspiré ; 6 heures, l’acteur est un génie. Il effraie, rappelle l’enfance : à sa naissance, le petit humain maculé de sang ; trace les ethnies ou l’excentricité –par l’exemple : Surenchère (Lady Gaga), démesure (Madonna), nouveauté (Kate Perry), peur (Marylin Manson), Nostalgie (Adèle) et, last but not least : création (David Bowie, qui pourrait à lui tout seul résumer cet opuscule original et … sans fard). Il grime ou révèle l’indicible, utilisé à bon escient par le FBI. A Fleur de peau, il sollicite tous nos sens et dévoile nos fragilités. Il se prétend glamour –qui vient de l’écossais et désignait à l’origine un sort, un envoûtement, ou gueules noires en argot pour désigner les mineurs. Un glossaire inépuisable et 101 mots n’en finiront pas, pour « cerner » tout à fait le maquillage. Il s’invite dans toutes les pratiques, il teinte les faux-pas et mensonges des hommes politiques et pérennise ou béatifie les icônes –qui vient du grec ancien eikôn qui signifie image, et du grec byzantin eikona, image sainte. Le maquillage est atmosphère, luxe, volupté, jouvence et Kawaï (mignon) ; il est lieux ou magazines, musique (The Cure). Hippocrate l’a théorisé (théorie des humeurs) selon une approche par types de tempéraments. Platon ou Socrate l’avaient identifié dans le culte de l’apparence au même titre que celui du corps.

Le maquillage est vanité : le luxe est alors dans les détails, vanité des vanité. Et qui dit vanité dit vie et mère et mue. Vous reprendrez bien un nuage de poudre, en compagnie de Degas, Manet, Seurat, Berthe Morisot, ce petit supplément d’âme ? mieux encore : en compagnie d’un drôle de zèbre qui incarne la vocation même du maquillage. Révéler son unicité, trouver sa place dans la société avec aisance et panache, être soi.

 

Les 101 mots du maquillage à l’usage de tous. Anne de Marnhac. Collection 101 mots, éditions Archibooks. 138 pages, 12, 90 euros.