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Publié par Isabelle Kévorkian

Guillaume Cerutti et la cultureHaut fonctionnaire, Guillaume Cerutti a notamment dirigé le centre Pompidou et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Depuis 2015 il préside le conseil d’Administration de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP) et, dans le privé, il vient d’être nommé président pour l’Europe et le Moyen-Orient de Christie’s. Il est l’un des acteurs de la « loi Allaigon » sur le mécénat et les fondations. Une expérience transversale et un parcours fulgurant dans le domaine de la culture qui lui permet aujourd’hui de mettre son œil exercé au service des politiques et des citoyens.

 

Guillaume Cerutti

Guillaume Cerutti vient de publier aux éditions Odile Jacob un court ouvrage clair et précis qui propose pour toutes les formes d’expressions culturelles actuelles et pour toutes les parties prenantes, des mesures concrètes visant à réhabiliter la place de la culture française en Europe, « source de fierté nationale et de prestige international ». Au total, ce sont vingt solutions pragmatiques qui sont passées en revue dans le spectacle-vivant, la musique, le web et le numérique, le cinéma, le livre et qui s’adressent aux ministères, quartiers, galeristes ou aux écoles. Le livre revient également sur les hommes emblématiques qui ont élevé la culture en France et l’on songe que tout cela ne relève pas du hasard lorsque l’on sait que Guillaume Cerutti est issu de la promotion Victor Hugo (ENA). D’après une étude réalisée en ligne en février 2015 auprès d’un millier de personnes par Harris Interactive pour « Le magazine littéraire », 63% des français citent Victor Hugo pour incarner la culture, la langue et le génie de notre pays, par-delà les frontières hexagonales. Victor Hugo qui déjà, en 1848, défendait le budget de la culture devant l’Assemblée nationale, considérant que le plus grand péril de notre société était l’ignorance.

Pour Guillaume Cerutti : « La culture reste un point d’ancrage et un atout ». Il parle de « patrimoine », « de richesse artistique et culturelle exceptionnelle » et n’oublie pas de rappeler « la place singulière que sa langue, ses auteurs et penseurs occupent dans l’histoire de l’humanité ». André Malraux fut l’un des artisans majeurs de la politique culturelle moderne, puis Jack Lang à qui l’on doit une culture populaire, ou Jean-Jacques Aillagon : « Sa très large culture, qui embrasse tout aussi bien le patrimoine que la création contemporaine », Renaud Donnedieu de Vabres qui « initiait le Forum d’Avignon (…), laboratoire d’idées et un lieu de rencontres et d’expressions au service de la culture, de la filière créative et de leur dialogue avec le monde économique et numérique ».

 

Vingt propositions

 

Parmi les pistes identifiées, la décentralisation culturelle, fondée sur le partage des rôles, autour de 3 axes : « Privilégier les régions (…) ; leur confier la responsabilité obligatoire de blocs de compétences (…), principalement dans les domaines du patrimoine et du spectacle vivant ; enfin, leur transférer équitablement les moyens financiers et humains correspondants ». Une priorité si l’on considère le redécoupage récent des régions et, de fait, la redéfinition des actions culturelles territoriales. Bien entendu il est question de démocratisation, dans la lignée du décret de 1959, porté par André Malraux, en faveur d’une politique publique, accessible à tous. Cependant, le constat de Guillaume Cerutti est sans concession : la culture demeure l’apanage d’une élite. Il propose « d’identifier les populations exclues (…) et de mobiliser les moyens en leur direction » et surtout : « mettre un terme aux barrières et aux préjugés absurdes, tels ceux qui séparent aujourd’hui théâtre public et théâtre privé et empêchent la construction d’une programmation qui favoriserait une plus grande mixité des publics ». Il rappelle ensuite le « lieu central pour la rencontre précoce avec les œuvres » : l’école et, sans langue de bois, précise le déséquilibre qui existe entre les ministères de l’Education nationale et de la Culture qui devraient travailler davantage en partenariat concernant les enseignements obligatoires ou spécialisés. Bref, il dresse le portrait d’une économie culturelle qui oublie l’impact éducatif et social de la culture en France, dont les priorités et les budgets alloués ne reflètent pas les pratiques actuelles (le spectacle vivant représente 676 M de budget en 2016 et les arts plastiques 10 fois moins ; le déclin des crédits à la restauration de monuments historiques…) ; Il se prononce en faveur de la numérisation de livres, n’ignore pas les lourdeurs administratives et polémiques qui entravent la création, citant l’exemple éloquent de l’Opéra de Paris, ni « l’apartheid culturel (…) ; territorial, social, ethnique » des quartiers ; il redéfinit le rôle des radios et précise celui des philharmonies. Il invite à considérer le nécessaire renforcement des liens entre diffuseurs et producteurs et rappelle que « la culture est absente du traité de Rome de 1957 » : l’Europe accorde aujourd’hui moins de 0,2% de son budget à la culture et l’exception culturelle française demeure toujours marginalisée dans un contexte « de grand marché européen dérégulé ». Une politique culturelle sans entrave est-elle possible ? Guillaume Cerutti le croit et encourage chacun à y réfléchir. Une approche modernisée, mondialisée intégrant Internet. Il conclue : « Cet essai est aussi un plaidoyer en faveur de la réaffirmation du rôle central du ministre de la Culture ». Pour ma part j’ajouterais que sans une communication efficace, pérenne et sincère auprès de tous les acteurs concernés, sans un dialogue régulier, visible et lisible avec les territoires et les structures, un dialogue opérationnel et pédagogique, plutôt qu’institutionnel et à huis-clos, les enjeux peuvent être relevés. Que chacun soit libre de se sentir ambassadeur de sa pratique et d’alimenter ces vingt propositions pour une politique culturelle citoyenne, qui retrouve une place qui, de toute évidence, semble absente des programmes politiques des candidats aujourd’hui.

 

La Politique culturelle, enjeu du XXIe siècle : vingt propositions. Guillaume Cerutti. Editions Odile Jacob. 183 pages, 22,90 euros.

 

 

La Spedidam et la cultureEn marge de cet ouvrage, la Spedidam organisait ce mois-ci les 2èmes rencontres pour la culture : En 2017, les artistes-interprètes donnent de la voix !

 

Exemple concret pour prolonger les propositions de Guillaume Cerutti et faire de la culture un enjeu pour 2017 : la Spedidam a proposé une série de propositions en faveur des artistes-interprètes et de leurs droits, au niveau européen. Cette série se résume en 3 points-clés : garantir aux artistes une rémunération perçue auprès des plateformes de téléchargement et de streaming ; garantir une rémunération équitable pour toute diffusion non interactive de phonogrammes du commerce et, enfin, permettre l’accès aux organisations de gestion collective aux informations nécessaires à cette gestion. Une note a été rédigée par la société de perceptions et de distribution des droits des artistes-interprètes, intitulée « Mettre à jour le code de la propriété intellectuelle pour permettre aux artistes-interprètes de bénéficier de leurs droits ». Cette note se fonde sur un sondage Ipsos auprès de 1000 ayants droits, selon lequel : 91% des artistes-interprètes sont inquiets pour l’avenir de leur rémunération, 92% considèrent que les politiques se préoccupent insuffisamment de leur situation et 85% approuvent la proposition de la Spedidam. A l’issue de cette présentation, les porte-paroles des candidats à la présidentielle 2017 ont tenté d’exposer leur vision de la culture et, force est de constater que l’intervention la plus pragmatique a été celle de David Lisnard, porte parole de François Fillon, maire de Cannes #IRL et #URL, plutôt pop-folk. Extraits : « La culture est vecteur de cohérence sociale, source d’épanouissement individuel, de prospérité économique (…) ; l’éducation culturelle et artistique constitue une priorité, comme le partage et l’approche des savoirs à Cannes (…) ; Trouver l’équité dans le domaine de la culture : les producteurs prennent des risques, les artistes-interprètes créent de la valeur, acteurs du rayonnement international du pays (…) ; La culture, dénominateur commun pour les citoyens, lien entre les territoires et l’emploi (…) ; Plus de liberté pour la création avec l’éducation culturelle et artistique obligatoire, ciment social ».

 

www.spedidam.fr

 

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