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Publié par Isabelle Kévorkian

Simon GraichyUn samedi ordinaire, sur les Champs-Elysées, en compagnie de Simon Ghraichy. Un samedi qui n’en finit pas, une rencontre inspirante.

 

Théâtre des Champs Elysées

Parmi les salles emblématiques, Simon Ghraichy a déjà joué au Carnegie Hall et à la Philharmonie de Berlin. Samedi 4 mars, il donnera son premier récital de piano au TCE de Paris ! Consécration ? « Oui, je suis très fier et excité d’être dans cette salle mythique, qui a accueilli les ballets russes et les plus grands pianistes, notamment Horowitz. S’inscrire dans cette lignée est impressionnant. D’ailleurs, parmi mes références littéraires, il y a les auteurs russes. Je suis impatient, nerveux aussi ». Mais non, je rétorque ! Pas vous, vous si sûr, si fringuant, si glamour, si rempli de panache ? Ne jamais se fier aux apparences… Simon Ghraichy travaille avec assiduité dans son studio, pour ce concert qui offre une nouvelle proposition musicale, venue d’ailleurs. Il ne veut pas décevoir, il doit être prêt. Pour l’occasion, son ancienne professeur Tuija Hakkika est arrivée de Finlande trois semaines avant le concert pour le soutenir et le faire répéter la sonate de Liszt, qu’il interprètera avant un répertoire chamarré et inattendu. Un répertoire-miroir : Simon Ghraichy n’est pas pour les frontières, les barrages ou les murs. Les réseaux sociaux prolongent cette communion atypique qu’il installe avec son public sur tous les continents. Ils traduisent aussi sa personnalité entre tradition et modernité, celle d’un esprit classique qui aurait traversé les époques et les pays. Ils ont sans doute contribué, outre son prodigieux talent, à faire de lui l’une des 40 personnalités de l’année 2017, d’après le très glamour et international Vanity Fair. Se retrouver en couverture de ce magazine, en décembre, aux côtés de Thomas Jolly ou d’Isabelle Huppert, entre autres : beau cadeau de Noël, non ? Il ne nie pas même s’il répond à la question en la renversant (une manie ! cf Part 1. de l'interview) : « Alors que toute forme de frontière s’abolit, puisque nous nous ouvrons même sur l’espace, je trouve plutôt ironique de faire partie des 40 personnes qui vont marquer l’année juste devant le vice-président des Etats-Unis ! Moi qui me considère comme un nomade, vivant avec 3 passeports, je trouve cela intéressant de me retrouver si proche d’une personnalité avec laquelle je ne partage aucune des valeurs ». En effet Simon Ghraichy est classé 31ème devant le très conservateur avocat et homme politique Mike Pence : « Ce classement est bien le reflet du monde dans le lequel nous vivons aujourd’hui et je suppose que tout le monde y trouve son compte ».

 

Simon GraichyRépertoire

Simon refuse d’être un pianiste « mainstream » : il revendique son unicité et ses héritages multiculturels, qui oscillent entre musique classique et impressionniste, musique populaire et savante. Populaire, dans son esprit, est une notion non galvaudée et noble. Une musique populaire qui enrichit et ouvre aux autres. Sa richesse moyen-orientale et d’Amérique Latine sans doute, n’y sont pas pour rien, dont il dit : « Je suis l’héritier de références populaires, d’une musique de rue qui imprègne les jours et le quotidien des habitants, une musique qui décomplexe ; Ici, en Europe, tout est plus en retenue, inhibé ». On en revient à cette notion d’équilibre que recherche Simon en permanence, y compris dans son interprétation extravagante et nuancée, folle et mesurée, dans son répertoire musical, dans son mode d’existence. En l’occurrence, il a décidé de faire résonner Liszt avec toutes les Amériques : « D’autres ciels, qui s’accordent ; cela raconte mes voyages, les soutiens et encouragements de ma famille au Mexique, au Liban, à Cuba », mais aussi avec l’Europe : Debussy ou Messiaen dont il explique que : « En écoutant Liszt, on entend des mélodies prémonitoires impressionnistes, notamment les jeux d’eaux, le chant du rossignol ; Liszt était un prophète ! On entend aussi l’arrivée de la musique contemporaine, Ravel par exemple, ou de la musique plus colorée ». On y vient : Les compositeurs hispaniques sont à l’honneur dans « Héritages » et le seront aussi sur la scène des Champs-Elysées : Albeniz, Granados, Marquez, Villalobos, Lecuona, De Falla. Même le très chic pianiste arménien Badadjanian figure dans son répertoire. Des sonorités orientales et occidentales qui démontrent son état d’esprit sans frontière, qui n’attend aucune caution. Il a joué à Baalbek, au Mali devant un public de soldats pour l’ONU : il a essayé de délivrer un message de paix et de fraternité, une respiration dans un contexte géopolitique préoccupant. Au Mali, il a joué sur un piano pour lequel il a fallu faire venir un accordeur du Burkina Faso ! Simon Ghraichy est le pianiste qui abolit les différences, qui construit des passerelles, qui écoute les visionnaires : Houellebecq ou Dantec. Il est féru de littérature japonaise, de Fantasy : « Echappatoires pour mieux apprécier le quotidien peut-être ? ». Il réfléchit : « Non, il ne s’agit pas de s’échapper de quoique ce soit, surtout pas de la réalité au contraire, il s’agit davantage d’exprimer ma liberté et de la cultiver, grâce à l’imagination que procurent ces lectures. J’aime la science fiction, parce qu’elle offre cette extraordinaire opportunité de se dire : Et si… ».

 

Simon GraichyEt si … nous nous donnions rendez-vous le 4 mars au théâtre des Champs-Elysées pour découvrir Simon Ghraichy en concert à Paris avant qu’il ne s’en retourne vers d’autres ciels, d’autres horizons, d’autres salles ? Avant qu’il ne soit plus du tout accessible ? Oui, profitons de ce jeune pianiste, aujourd’hui. Savourons avec lui « son » moment, sa rencontre avec son destin et la proposition musicale singulière qu’il a étudiée pour notre plaisir. Simon Ghraichy est davantage qu’un interprète. Il s’agirait plutôt d’un « interprositeur ». Pour lui, j’ai eu envie de créer ce néologisme car, en écoutant la manière dont il s’approprie les œuvres pianistiques, c’est à se demander si elles existaient auparavant !

 

#SGDG : faites passer le mot ! Simon Ghraichy Deutsche Grammophon bien sûr, mais le hashtag est encore plus sibyllin. A vous de découvrir ce qui se cache derrière ce mot-dièse, un acronyme, 4 lettres et un signe musical qui résument ce pianiste ensorcelant et affranchi, inclassable et parfaitement équilibré, aérien et fondamentalement terrien, attaché à ses racines mêlées.

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