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Publié par Isabelle Kévorkian

Flexible SilenceJusqu’au 3 mars, une série de représentations uniques, mêlant musique et danse contemporaine est coordonnée par Saburo Teshigawara et l’Ensemble Intercontemporain au Théâtre National de Chaillot, autour du silence : Flexible Silence. L’occasion de faire une pause dans notre monde multi-robotisé, ultra-connecté, surmédiatisé, effervescent et bruyant. Se retrouver à l’écoute et disponible. Tout arrêter l’espace de deux heures et vérifier à quel point le silence est dense, chargé d’émotions, flexible et souple, lumineux, mélodique, onirique et pacifique.

 

Les nommés sont :

A la musique : Toru Takemitsu et Olivier Messiaen. A la chorégraphie, aux décors, aux lumières, aux costumes : Saburo Teshigawara, véritable chef d’orchestre. Sur Scène : 6 danseurs et 6 solistes de l’Ensemble Intercontemporain, sextuor d’ondes Martenot du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de paris. Création Chaillot avec le soutien du Manège de Chaillot, à partir de la « Fête des belles eaux », de « Air », « And then I knew t’was Wind », « Les Yeux clos II », « For Away », « Rain Spell » mais en vérité, qu’importe. Qu’importent les titres, les majuscules et les langues : il est question de silence.

 

Le trophée est remis à : Flexible Silence

Le silence : de quoi est-il conçu ?

Le silence ne vient pas à nous, il n’est pas naturel. Teshigawara explique « Le silence existe sûrement dans la nature. Mais comme l’homme n’y existe pas, nous ne pouvons que l’imaginer. (….) Ou bien devons-nous aller le chercher et le poser ici, sous nos yeux ? ». Le chorégraphe nous y invite et alors, le silence se meut. Il suffit d’écouter le silence, comme Dylan écoutait le vent pour devenir un homme. Le silence : c’est l’absence. La danse et la musique la comblent. Le silence : c’est la distance, l’amplitude, le recul. S’affranchir pour mieux avancer. C’est aussi la musique, les gestes, les corps flexibles à la limite du démembrement ; Le blanc aussi luminescent que le noir charbonneux ; Les dissonances et les accords.

En musique, le silence correspond à une indication précise. Le silence fait sens, comme un mot. La partition, à ce moment du silence, s’interrompt, comme une respiration nécessaire et les corps de Teshigawara deviennent des notes, des croches noires et des silences blancs (ou l’inverse), des soupirs sur une partition à même la scène. Les corps s’enchevêtrent, libres et désarticulés, complémentaires. Tout s’écoule, aérien et apprivoise le silence : une main, un port de tête, le pieds qui se pose sur le rai de lumière, entre les cordes de la harpe et le son de la flûte, au creux du piano, dans les percussions, provenant de la clarinette tel un oiseau, ou de la guitare. C’est harmonieux et pur, frais comme dehors. Le silence, c’est tout cela et davantage. C’est la fantaisie, la fantaisie chorale.

 

A Chaillot, le silence retentit salle Jean Vilar et cette parenthèse de quelques jours transporte ailleurs, bien loin de toute forme de réalité prosaïque. C’est là-bas : le silence, et c’est beau, l’errance et l’extase mêlées, la grâce, les oiseaux, le reflux de l’océan, nu-pieds sur le sable ; C’est la liberté, le silence : c’est la vie, c’est physique, c’est « inter », entre, nous ; Un moment de suspension que seules la danse et la musique peuvent sans doute restituer avec autant d’intensité et de justesse.

 

Saburo Teshigawara et l’Ensemble intercontemporain : Flexible Silence, jusqu’au 3 mars. Dance et musique. Théâtre National de la Danse de Chaillot. www.theatre-chaillot.fr et 01 53 65 30 00.