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Publié par Isabelle Kévorkian

Planète Graffiti d'Alan KetBientôt Noël. Décembre est blanc, le ciel bas, il fait froid, il neige bientôt, à l’aube il gèle, l’ambiance est triste, toutes les illuminations ne sont pas encore installées. Beaucoup ne partiront pas de leurs villes dont ils ne perçoivent plus les couleurs, si elles existent. Une alternative existe, minimaliste et si enthousiasmante : un livret lumineux sur la Planète Graffiti. Page après page la vie s’anime et le monde devient joyeux : Alan Ket récidive. Il a compilé une sélection de graffitis éblouissants sur les murs des rues, les bus, les terrains vagues, des trains, des parcs de skate jusqu’au sommet de l’Himalaya où il a découvert le plus haut graffiti du monde, à 4.500 mètres d’altitude ! Un graffiti à Bond : cela ne s’invente pas !

J’ignore combien d’artistes sont recensés, entre les collectifs et les artistes indépendants qu’ils soient confidentiels ou reconnus, ceux emprisonnés –considérés comme des « artistes criminels » par des législateurs qui n’entendent pas cette forme de revendication artistique et citoyenne de-par le monde. Des trottoirs de Cuba à ceux de Milan en passant par Hambourg, Shenzen, Moscou, Lima, Toronto, Paris, Miami, le Bronx, Barcelone, Varsovie, en Israël sur la frontière de séparation. L’art urbain se développe sur tous les continents, les artistes se font écho, leurs messages résonnent du nord au sud de la planète, des bas-fonds des cités aux plus hautes cimes. C’est d’art qu’il est question : les graffeurs interrogent le quotidien, l’existence, les aléas, les injustices, les rapports humains, l'environnement, la nature. Ils tentent de rapprocher les uns et les autres.

 

L’histoire du Street Art commence dans les années 1980. On parle de Graffiti, de Subway art, d’Aérosol art, d’Art urbain, de Street art. Les années 1990 renforcent le foisonnement des artistes engagés dans ces pratiques graphiques et plastiques. Ils créent une nouvelle culture, un « mouvement » et le graffiti entre dans la légende. Le Street-art -le graffiti, devient le mouvement artistique le plus révolutionnaire du XXe siècle. Le graffiti est parfois qualifié de « Old shool », se résumant aux peintures murales colorées grâce aux bombes d’aérosol qui ont surgies dans les seventies. Au départ, seuls des noms sont lisibles. Aujourd’hui, les messages et les idées ont pris le relais, avec de nouvelles techniques : pochoirs, collages, mosaïques. Les façades érigent des images de plus en plus volumineuses, enrobant l’espace. Plus personne ne peut ignorer ce courant artistique puisqu’il s’adresse à tous, sans frontière, sans barrière, sans circulation d’argent : l’art urbain s’offre. L’art de revendiquer l’art, de le démocratiser, de le rendre accessible. L’art de favoriser la créativité, l’imagination, la réflexion. Plus aucun sujet social ou sociétal n’est tabou, ciselé avec subtilité et malice. C’est fléché, courbé, lettré, humanisé, dessiné et surtout coloré. Mais ne nous y trompons pas : sous couvert de murs graffés, il s’agit d’une nouvelle poétique, d’une réappropriation du rôle de l’individu dans la société, d’une manière moderne et décomplexée de traduire une idée. Bien plus citoyen, réaliste et engagé qu’un bulletin dans une urne, sans conviction. Ne jamais négliger l’art militant : il traduit beaucoup des sociétés et de leur évolution. Plutôt que de tenter de le légaliser ou de l’encadrer, il s’agirait davantage de l’écouter. Une forme naturelle de démocratie participative.

 

« Planète Graffiti » de Alan Ket, aux éditions Contre-Dires. 128 pages illustrées, 12,90 euros.