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Publié par Isabelle Kévorkian

L'impératrice JoséphineLa collection de costumes féminins du château de la Malmaison se dévoile…

 

Le Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau avec le Grand Palais ont inauguré une nouvelle exposition, comble du raffinement et de l’élégance. Une cinquantaine de costumes, atours et accessoires du vêtement du premier Empire sont présentés au public jusqu’au 6 mars. Plus longtemps risquerait de les endommager, les fils des étoffes sont si fins et les coutures si délicates que l’on se demande comment des pièces aussi fragiles ont pu être conservées dans un tel état plus de deux siècles. Une collection permise grâce à divers donateurs et collectionneurs, qui réunit une partie du vestiaire de l’impératrice Joséphine et de sa fille Hortense, dans le lieu où elles vécurent : le château de La Malmaison.

 

Deux pièces emblématiques de la folie vestimentaire de l’impératrice : une robe de cour à traîne, début premier Empire en tulle de soie brodé de lame et de filé métallique dorés, doublure satin de soie. Ce genre de robes au style impeccable, longues et ajustées sous la poitrine  pour valoriser le décolleté, aux manches ballons, au motif « vermiculé » tout en ondulations (fil métallique entre les mailles du tulle de soie). Ces délicieuses bottines début XIXe en peau de chevreau, fourrure de martre, rubans de taffetas et fils d’or. S’il fallait choisir. Parce l’ensemble constitue une penderie somptueuse, d’un goût exquis. Dès la salle des atours le ton est donné. La chemise en lin et dentelle de l’impératrice, ses jupons et bas, les sous-robes de la reine Hortense dont la dentelle dépassait ostensiblement des décolletés et des manches, les bonnets et garnitures de cheveux, les manches, les bas en jersey de lin ou de coton, jersey de soie, le fin corselet en pékin de soie broché, doublure de coton gratté. Si étroit ! Réalisé pour une morphologie bien éloignée des standards de notre époque. L’impératrice était particulièrement menue, pas spécialement grande (1, 63 m), un pied non seulement mince mais de petite taille (36). Plus loin, le coffret à linge de l’impératrice en velours, satin, fils métalliques dorés. Les inventaires de la garde-robe des atours sont étonnants, conservés intacts dans leur pochette cuir et carton.

La pièce suivante, sombre, contient des vitrines disposées sur un parquet qui sent la cire et le miel. L’on comprend mieux pourquoi : ces merveilleux souliers et ces pantoufles sans talon, ces nombreuses paires de chaussures d’intérieur en taffetas de soie ou en rubans de satin de soie, doublure taffetas. Demi-pointes de ballerine assorties aux robes de mousseline, couleur argent en relief, à broderies de perles, en taffetas de soie et lin. La vitrine dédiée aux robes et manteaux de cours mise sur le velours et la soie. C’est flamboyant, sans ostentation cependant. Plus loin, les châles écharpes et voiles, les pochettes et bourses en mailles de fils de soie, tressées de perles de verre. Le tout est sublime.

 

Une vie de cérémonies intimes, et officielles

Ces costumes révèlent un mode de vie « d’intérieur », composé de réceptions et de conseils, entre deux voyages. Joséphine se déplaçait peu, elle recevait et, si elle quittait La Malmaison, tout était organisé de manière militaire. Les costumes de la reine Hortense, plus soucieuse de confort, sont plus amples (Oh, à peine). Dix personnes à la cour et au moins une lingère se préoccupaient de l’impératrice Joséphine. Le soin à entretenir le linge s’apparente à un métier de prestige, où tout est étudié avec grand soin. Dès qu’un vêtement était porté, il était placé dans une corbeille, aéré, prélavé même sale, puis lavé ; et l’on découvre des factures impressionnantes pour cet entretien millimétré. Chaque pièce était préservée des insectes ou des températures et leur traitement modifié selon les saisons, protégée dans des tissus puis des rideaux puis des placards puis refermée par de lourdes portes.

 

Trois moins auront été nécessaires pour installer cette exposition, qui s’inscrit dans une logique de transmission. Un choix de pièces comme neuves ou restaurées, parmi les 230 robes, 100 châles, 450 chemises, 369 paires de bas, 876 mouchoirs rangés dans les placards en 1814. D’autres éléments ont tout à fait disparu : 44 chapeaux, 32 cartons de garnitures diverses symbolisant une garde-robe princière, notamment les fourrures. Joséphine ne montait dans la salle des atours qu’une fois l’an, lors de la réforme de sa garde-robe qui permettait, selon une tradition royale, de redistribuer à son entourage les pièces dont elle n’avait plus l’usage.

 

Cette exposition est aussi une manière de découvrir l’impératrice Joséphine et son engagement envers le commerce du luxe. Louis-Hippolyte Leroy était reconnu comme son « couturier » officiel, principal marchand de mode. D’autres commerçants la sollicitaient, mais Joséphine et sa fille Hortense sont demeurées fidèles à quelques privilégiés : Madame Germon, Madame Raimbaud, Mesdames Despaux et Guérin, le marchand de soierie Le Normand entre autres. Le rôle et la loyauté de Louis-Hippolyte Leroy aux côtés de l’impératrice ont pu être controversés, il demeure cependant l’un des premiers couturiers parisiens.

 

Dans les armoires de l’impératrice Joséphine ! . Jusqu’au 6 mars 2017. www.chateau-malmaison.fr