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Publié par Isabelle Kévorkian

Richard HeitzRichard Heitz expose actuellement dans un lieu fort sympathique : le restaurant italien « Les 3 Napoli » à Clamart, tenu par Lina et son époux. Lina est très italienne, extravertie, l’accent ensoleillé, volubile. Elle aime créer, poète à ses heures, dessinatrice et peintre amateur. Elle offre à ses clients de courts textes pour la Fête des mères ou Noël, en italien traduits en français. Originaire de Naples elle a longtemps vécu à Turin où elle a organisé récemment, suite à un voyage en Thaïlande sur la Route de la Soie, une exposition singulière mêlant poésies et tableaux. Sensible à l’art, elle accueille régulièrement des peintres à qui elle propose d’exposer leurs toiles. Jusqu’au 19 janvier, c’est Richard Heitz, pastelliste, qui invite les clients à circuler dans ses œuvres oniriques.

 

Abstrait et figuratif

Peintre à la fois abstrait ou spirituel, figuratif ou réaliste, sa technique d’origine est le Pastel : « travailler au doigt ». Il précise : « un outil, quel qu’il soit, m’handicape pour créer, cela forme un barrage que ce soit un couteau, un pinceau, or j’ai besoin d’être en contact avec la toile, avec ce que je développe ». Créations qu’il a longtemps imaginées avant de sortir sa palette de couleurs qu’il mélange jusqu’à obtenir le ton parfait. Avant cela, il observe. Le soleil par exemple. Au point de demander : « comment figurer le soleil en tant que tel ? ». Il l’a fixé jusqu’à ne plus voir que l’intérieur, le centre de la boule de feu : un rond bleu qui s’étire sur le jaune. Les paysages ensuite, en particulier ceux de Belle-île où il vit en partie. Les animaux en liberté. Ses vaches et ses lions oisifs, plus vrais que nature, par petites touches écarlates et douces, superposées. L’autruche danseuse, élégance et légèreté. Le gorille imposant et fier dont il dit « c’est le grand singe mystérieux, le plus envoûtant des animaux ». Richard Heitz adopte une approche asiatique de son expression picturale, il entend replacer l’homme et l’animal dans l’univers, dans leur environnement sans hiérarchie, à égalité. Pour Richard Heitz : « dans l’art oriental, la dimension intérieure prime, il y a une approche mystique et magique que l’art occidental ne révèle pas, trop centré sur lui-même ».

Pour y parvenir, son travail est structuré. Il semble appelé, ou invité, par les endroits ou les personnages qu’il s’apprête à peindre ; les détaille, en trace les lignes de perspectives : « la base de mes compositions, l’ossature ». Sa technique est identique qu’il dessine un pêcheur ou une église. Il esquisse un croquis, première ballade de l’œil dans le tableau en devenir. Puis il cherche d’où provient la lumière, l’autre pilier de son exploration liminaire. Il en arrive à visualiser et mémoriser les couleurs qui finiront sa toile. Il s’empare de ses aquarelles et passe jusqu’à une semaine ou davantage, en ermite, à la réalisation, au doigt et à la main. Possédé, coupé du monde. Il ne lit plus, n’écoute plus, n’entend plus que ses gestes et peu à peu l’Abbaye en ruine de la Pointe Saint Mathieu prend forme : la lumière ne vient pas d’en haut comme il serait facile de le penser. Elle surgit des côtés, des voûtes, des ruines elles-mêmes, de la pierre et du sol. C’est tellurique et cosmique à la fois.

Le support, parfois, est lumière comme son interprétation du cloître de Cadouin, dans le Périgord. Il s’est attaqué à une recherche remarquable d’ombres à l’encre sépia. L’ombre est sortie de la lumière, révélation divine sans retour possible : un tableau réalisé d’un seul jet, dans une énergie incontrôlable. L’encre de la concentration. L’une de ses particularités, est qu’il cherche les résonances de prieuré en abbaye. La première, à Plougonvelin, au Conquet. Il en ignorait tout mais il devait s’y rendre. Puis il s’est emparé de la carte de France et a tracé les lignes qui permettaient à La Pointe Saint Mathieu de trouver un écho, forcément, quelque part. Il l’a trouvé, à l’Est : Jumièges. Cela ne suffisait pas : il a formé un triangle et a rejoint le Périgord. Mais le triangle s’inverse et d’autres résonances surgissent. Il n’en a assurément pas terminé. Richard Heitz se révèle plus insulaire que continental et l’île d’Ouessant semble aujourd’hui l’avoir envoûté. Marins ouessantins, morses et pélicans de la mer d’Iroise, tenez-vous prêts. Il paraît qu’il a peint l’Enfer et le Purgatoire et qu’il cherche à atteindre le Paradis, non sans difficulté. Cela fait déjà dix ans que la Divine Comédie le hante. C’est peut-être bien à Ouessant que le paradis dantesque existe, dans ce bout du monde qui préfigurent toutes les histoires ? En Finistère.

 

Richard Heitz Les Equinoxes, sur Facebook et jusqu’au 19 janvier au « 3 Napoli », 12 rue Lazare Carnot, Clamart. Restaurant et boutique italienne.

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