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Publié par Isabelle Kévorkian

Sourires du monde
Sourires du monde

Un Tour du Monde ponctué de sourires : c’est l’aventure d'où revient Martin Mugniot, animateur dans les écoles de Rueil-Malmaison. Martin Mugniot ne tient pas en place à Paris : trop étroit, trop citadin, trop formaté, cloisonné, normé, trop pollué même sans voiture, même les berges de Seine réservées aux piétons. Alors il voyage pour s’ouvrir, élargir son univers, sa soif de partage et de découverte. Il a créé une association : Tous Semblables Tous Différents, qu’il préside depuis 12 ans, pour venir en aide aux enfants du monde, défavorisés. Martin Mugniot est aussi photographe professionnel : il immortalise les paysages et les visages et vend ses clichés pour financer ses projets humanitaires et solidaires. Les bénéfices ne suffisent pas toujours : il complète en organisant des événements (brocantes, concerts).

Lors de son précédent voyage, son association a permis plusieurs financements concrets : un système d’éclairage à énergie solaire dans une école d’Inde. L’installation d’une bibliothèque et d’une ludothèque dans une école en Equateur (livres d’initiation et jeux de société). L’aménagement d’un point d’eau et matériel (gamelles), l’achat de fournitures scolaires (livres, cahiers) dans une école de Tanzanie, la Neville School. Ce n’était pas terminé : cette dernière structure, qui accueille des élèves de 6 à 13 ans, manquait de sanitaires. Martin a repris son sac à dos et son appareil-photo Canon et a parcouru la Tanzanie, Zanzibar, l’Inde, le Laos, le Népal, Myanmar, le Cambodge, la Nouvelle Calédonie, la Thaïlande. Plus ou moins dans cet ordre non géographiquement-compatible. Néanmoins aléatoire : lié aux rencontres, aux amitiés et invitations, aux imprévus. Rentré depuis peu dans les Hauts-de-Seine, il a installé une exposition de ses photographies à l’Espace Renoir, Rueil 2000 en bord de Seine. Il a pu recueillir à ce jour, la moitié de la somme nécessaire, évaluée à 1.500 euros. C’est Gabriel Marchand, son interlocuteur sur place qui lui a adressé le devis, détaillé, comme précédemment. Une fois la somme obtenue, elle sera versée à Gabriel Marchand, président de l’association Education for Kilimandjaro qui réalisera les travaux. L’exposition va s’interrompre un moment en fin d’année pour reprendre dès le 3 janvier au Centre Culturel Edmond Rostand, à Rueil-Malmaison.

Sourires

C’est sûr, recueillir 1.500 euros pour aider à scolariser dans des conditions raisonnables les enfants de la Neville School aurait été plus simple par le biais d’une opération de crowdfunding. Sauf que Martin Mugniot est un homme de défi et de terrain. Lui, ce qu’il recherche pour donner un sens à son action résolument tournée vers l’enfance, ce sont les sourires et parmi les photos emblématiques de son dernier voyage, il y a celle qui a inspiré le titre de son exposition : Mamy Thaï, Sukothaï-Thaïlande. Cette mamie élégante, aux mains calleuses et aux dents noires, rayonne, fière. A ses côtés, un homme buriné fume une cigarette, à l’heure de la pause dans les champs, torse-nu sous 35° à Myanmar. Cette femme désespérée, les yeux embués, la peau ridée, les ongles sales à Mondolkiri, Saen Monnorom. Martin lui a offert quelques pièces, c’était déjà trop. Il y a le sourire du berger Népalais, celui du charmeur de Cobra à Jaipur en Inde, celui du chef d’un village masaï en Tanzanie. Celui de cette femme qui vend des fruits et légumes (Luang Prabang, Laos), de cette autre en pirogue, le long des maisons sur pilotis (Inle Lake, Myanmar). Il y a celui du pêcheur du Myanmar, celui du porteur de marchandises dans une rue pittoresque de Bandipur, Népal –scène de vie ordinaire. Les sourires trahissent des regards reconnaissants, comme ce vieil homme aux yeux abîmés et fuyants Paysan au chapeau - Cambodge. Des regards qui remercient, des regards de partage.

Partage

Le partage, c’est le deuxième mot qui résonne quand Martin Mugniot raconte son voyage. Cette famille péruvienne qui l’invite et le soigne, sans compter, comme s’il était leur propre fils, lorsqu’il est atteint d'anémie et de la malaria. Les enfants de la Neville School, qui restent en contact et continuent de lui raconter leur quotidien à l’école, laver leur gamelle au point d’eau, apprendre à lire et à écrire. Cette petite fille qui esquisse un dessin qu’elle offrira à Martin, ces autres qui danseront pour le remercier (orphelinat du Laos). Le fils aîné du chef de la tribu masaï, qui l’invite à participer au marché de vente de chèvres. Il lui raconte ses études, il parle même anglais parce qu’il succédera à son père. Son destin. Le cadet, lui, arrêtera l’école à 13 ans pour se consacrer à sa formation de berger. Le partage, c’est la curiosité des enfants, la générosité des adultes, quelle que soit leur condition sociale.

Le partage n’est pas qu’humain. Martin découvre d’autres cultures, d’autres civilisations, d’autres rites, d’autres religions, il écoute, apprend, se fond. Au Cambodge, ce sont les visages du Bayon du Temple d’Angkor (Siem Reap, Cambodge), ou errer en scooter électrique parmi les quelques 2.000 temples de Myanmar ; au Népal, les refuges à 4.200 mètres d’altitude (village de Ledar) et les drapeaux du sommet des Anapurnas (13 jours de marche pour y parvenir) ; le Tilicho Lake, turquoise sous la brume matinale. Au Laos, c’est un paysage paradisiaque : Kuang Si Falls –Luang Prabang, lagon surréaliste et enchanteur. L’eau y ressemble à un saupoudrage de nuages violets. Bien sûr, il y a des paysages de posters aussi : comme l’île des pins en Nouvelle Calédonie ou la plage de Zanzibar.

Ce qui est frappant lorsque l’on regarde les photographies, c’est une nature préservée, un environnement respecté, la sérénité qui forme comme un voile sur les clichés : la présence de Vishnou et de Ganesh sans doute. C’est l’Histoire en creux, séculaire, immémoriale. C’est le respect qui se dégage : les Népalais qui reconstruisent leur terre après le tremblement de terre, tenaces et déterminés en dépit des éboulements incessants. La situation est d’autant plus fragile lorsque Martin s’y trouve, qu’il vit le blocus avec l’Inde. Pas d’essence, pas de transport. Une solidarité s’organise. Martin Mugniot a beaucoup appris de ce voyage, sur les autres, sur le monde, sur lui. Il a gagné en confiance et a découvert qu’il y avait toujours une solution à tout, lorsque la vie est austère et se résume à l’essentiel. Ailleurs, ici, lorsque le superflu a triomphé, l’individualisme et l’ignorance ont supplanté l’émerveillement et la sincérité. Alors il reste les sourires du monde, authentiques, et la satisfaction d’avoir pu aider à rendre des enfants heureux. Martin ne sauvera pas tous les enfants, mais à sa manière, tour du monde après tour du monde, une école se structure, puis une autre, les échanges solides se tissent de Moshi, Tanzanie à Rueil-Malmaison, France ; la culture, l’éducation et l’expression sous toutes ses formes s’affirment et émancipent.

Le blog de l'aventure: https://zeglobetrotterblog.wordpress.com/

Pour visiter l’exposition, c’est jusqu’au 22 octobre. Photos à partir de 15 euros, différents formats. Ludothèque Espace Renoir : 27, Rue Guy de Maupassant : 01.47.49.36.68. Martin Mugniot est présent tous les samedis après midi de 15h à 18h

Association TSTD : http://www.assotstd.com

Quelques photographies de Martin Mugniot -Sourires et paysages du monde
Quelques photographies de Martin Mugniot -Sourires et paysages du monde
Quelques photographies de Martin Mugniot -Sourires et paysages du monde

Quelques photographies de Martin Mugniot -Sourires et paysages du monde

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