Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Isabelle Kévorkian

Street art, Alan Ket
Street art, Alan Ket

Un formidable livret vient de sortir aux éditions Contre-Dires, sur le Street art, compilé et présenté par Alan Ket. Un parcours personnel et néanmoins universel du Street art, au sens propre et imagé. « Ma première rencontre avec ce que l’on considère aujourd’hui comme l’-art de rue- s’est produite à New-York dans les années 1980, lorsque j’étais encore un jeune graffeur ». Il était une fois un jeune graffeur, dans les eighties, années de l’insouciante et de la pop-culture…

En réalité l’origine du Street art remonte encore plus loin et, comme le précise Valériane Mondot dans le catalogue de l’exposition « Au-delà du Street art » que le Musée de La Poste avait mise en scène en 2012 : « Portés par une foule adolescente fervente de libertés, ils ont créé une sérieuse fêlure dans nos habitudes esthétiques, réinventé les thèmes de l’art et reconditionné notre regard ». Dès les années 1960 les murs ont la parole, au pochoir, des trottoirs de Paris à ceux de Manhattan, en passant par le Chili, le Pérou, l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Angleterre ou l’Allemagne, d’Albanie aussi, d’Italie, de Croatie, du Brésil. Le Street art est partout où un espace public va permettre de déployer une pensée.

A l’origine, explique Ket, il y a distinction : « Alors que les artistes de rue exposaient leurs œuvres dans les galeries, les graffeurs sortirent des tunnels et commencèrent à tagger les rues de la ville à nouveau ». L’art urbain ou le graffiti deviennent une nouvelle forme d’expression artistique et conclue Ket : « Ce livre célèbre ceux qui utilisent les rues comme une toile de dessin et qui risquent l’incarcération pour créer de l’art ». Car aujourd’hui encore le Street art dérange, comme toute nouvelle création, comme toute réinvention culturelle. Les rues ne suffisent plus, les artistes racontent la société sur les trottoirs, les toiles -supports plus conformistes, les maisons ou immeubles, des rideaux de fer, des portes, des barbelés, des cloisons, des installations éphémères, des totems, les transports, les abris-bus. Partout. Le style est prépondérant, la calligraphie, le choix de la couleur, le contour. Rien n’est laissé au hasard et, derrière chaque pseudonyme se cache désormais une poétique singulière.

Près de cent artistes sont recensés dans l’ouvrage, manifeste de "l’art du vandalisme" que Ket est visiblement heureux de faire découvrir.

Quelques noms qui ne vous seront pas inconnus : Bansky, connu pour ses rats au pochoir, engagé en faveur de la justice et de la liberté et dont les personnages inversent les rôles. C215, pour l’art du portrait. Swoon, humaniste, qui travaille autour du voyage. Shepard Fairley, autrement connu sous le nom de Obey, qui dénonce le pouvoir et la manipulation des médias, dont le portrait de Barak Obama n’aura laissé personne indifférent. Jef Aérosol qui représente les musiciens : Bob Dylan notamment. Armsrock qui met en scène grandeur nature les marginaux, acteurs des sociétés. Basco Vasco, dans le vaine surréaliste et dadaïste. Blek le Rat qui donne une place aux opprimés et aux anges. Blu qui s’attaque à la corruption, Dolk au crime, au sexe et à la religion. D’Face à l’humour cynique, satyrique. Ever, spécialisé dans l’écriture des lettres et des formes géométriques. Freedom, qui a repris le geste de la création de l’homme imaginé par Michel-Ange dans la rame du métro de New-York. JR et ses yeux qui englobent les villes, ses portraits de citoyens au Panthéon. Emoi dont l’ambition est de relier art, culture et éducation pour l’organisation POVO. Bin Eine, spécialisé dans la typographie. Neck Face et ses messages sataniques. Les « Talons » d’Insa, ou la vie animale de Jade. Chacun a trouvé une voix, une voie, un thème et ce qu’il ressort du Street art, c’est un respect inhérent aux artistes, quelle que soit leur technique ou leur génération, leur culture ou leur signature. Ils illustrent et rapportent le monde grandeur nature.

Tous ne figurent pas dans cette mythologie personnelle du Street art, alors j’en rajouterais un qui, à lui seul, raconte les années 80 à travers ses mosaïques qui forment un puzzle à taille urbaine : Invaders (les Space Invadors et ses références au Rubik’s cube).

C’est original, c’est sombre ou ensoleillé, ça porte l’espoir ou les désillusions, c’est futuriste ou contemporain, ça se déplace. D’urbain, l’art se déporte et s’étend au Land art. Ça raconte la vie, le monde, la planète dans sa fragilité et sa puissance, et ça englobe tout le monde.

Le Street art, c’est l’art de n’exclure personne, c’est Être né quelque part, comme le chante Maxime le Forestier, à l’endroit où ils naissent, histoire de rétablir l’égalité des droits.

« Street art, le meilleur de l’art urbain dans le monde », Alan Ket, les 100 tags les plus inspirants ! 176 pages illustrées, aux Editions Contre-Dires. 26,90 euros.

PS : le site artjaws pour découvrir Valériane Mondot