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Publié par Isabelle Kévorkian

Garde-Corps de Virginie Martin

D’un côté, il y ces femmes qui ont fait de leur vie un combat au service des autres femmes, opprimées, celles qui n’avaient pas de voie ni de voix. Sur tous les continents depuis des siècles. Elles sont recensées dans le « Dictionnaire universel des créatrices ». J’en choisis quelques-unes et pas des moindres, ce qui implique de ne pas toutes les citer. Je pourrais commencer par ordre. Un ordre chronologique par exemple. Ce serait une erreur, même si on m’oppose le contexte, l’époque, la conjoncture. Ce serait une erreur parce que précisément ce qui fait l’expertise, la créativité, la grandeur et l’éloquence de ces femmes-là, au point que toutes font consensus, c’est que leur propos s’adapte, sage et intemporel. D’un autre côté le fait de se sentir le devoir d'en parler implique que les droits qu’elles ont obtenus et l’égalité qu’elles ont réussi à légaliser demeurent des acquis fragiles.

« Ma revendication en tant que femme c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin » : Simone Veil, qui a agi.

« Nous n’étions pas un mouvement contre les hommes, mais un mouvement pour les femmes ». Au sujet du M.L.F. Antoinette Foulque, qui rajoute : « On peut dire que j’ai dépassé le féminisme le jour où j’ai décidé d’avoir un enfant, le jour où ma grossesse a commencé. Jusque-là, j’étais féministe, puisque le féminisme est l’intégration des filles à l’école républicaine unisexuée ». Mais encore : « Un mouvement de libération des femmes, où chaque mot compte –mouvement, work in progress, libération (et pas liberté), et femmes (et pas féministe). (…) J’ai toujours préféré une libération des femmes collective à ce féminisme médiatique ». Antoinette Foulque, qui a agi.

« La femme a le droit de monter à l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Olympe de Gouges, qui a agi.

“S’il est vrai que les hommes sont meilleurs que les femmes parce qu’ils sont plus forts, alors pourquoi les lutteurs de Sumo ne sont-ils pas au gouvernement ?” Kishida Toshiko, qui a agi.

« Deux siècles après la Déclaration des droits de l'homme, il faut encore lutter pour qu'elle s'applique à l'espère humaine tout entière. » Benoîte Groult, qui a agi.

Quelques citations parmi les femmes qui se sont engagées pour les femmes, sans discriminer les hommes, sans qu’aucune vulgarité ne leur soit jamais nécessaire, sans qu’aucun garde-corps ne leur soit jamais utile. Des femmes libres de penser et d’afficher leurs idées, leur différence, même emprisonnées : Marina Tsvétaïeva, Albertine Sarrasin, Camille Claudel, Aung San Suu Kyi, Colette, Violette Leduc, Zabel Essayan. Ces femmes qui à l’image de Rosa Parks avaient choisi : “Il faut vivre sa vie en essayant d’en faire un modèle pour les autres”, quel que soit leur mode d’expression.

Et puis il y les autres, qui se prétendent « féministes », « égalité femmes-hommes » avec le « femmes » en premier, tout en minuscule et au pluriel même si, dans ces femmes plurielles, certaines ne revendiquent rien d'autre que d'agir, sans se considérer « féministe » parce que c’est réducteur et excluant, justement comme courant, et en cela déjà l’exemplarité, l'égalité et l’équité font défaut.

Parmi ces autres, « féministes », il y a Gabrielle Clair, refuge de la pensée de Virginie Martin, « politologue ».

Cette dernière, pour son premier roman « Garde-Corps », n’a pas trouvé mieux que de mettre en scène une jeune fille que Patrick terrorise à l’adolescence, et ça commence de cette manière : « Suce-la, tu vas la sucer j’te dis ! Bouge pas, je vais baisser mon jeans et tu vas la sucer… me branler et me faire jour OK ? (…) Hé ! Fallait coucher si tu voulais pas prendre mon sperme dans ta gueule ! »

Quelques années plus tard l’ironie, vraiment tortueuse, ramène Patrick aux côtés de Gabrielle Clair, devenue ministre du Travail, dont la seule ambition est d’obtenir une loi qui porte son nom (qu’importent ses articles et le fond, qu’importent les personnes pour qui cette loi sera promulguée –le monde du Travail), de l’argent et des privilèges bien qu’elle soit de gauche cela va de soi. De gauche ? Oui : pour l’égalité, l’équité, l’exemplarité, mais réservés à ce seul microcosme qu’elle a finit par atteindre, fière et vulgaire. L’une de ses préoccupations est de ne pas afficher cette fierté et cette vulgarité intrinsèques, mais à force de les museler, finalement, on ne voit plus que cela. Elle dézingue les gays, écorne l’ENA, Siences Po. bien sûr, Oxford, les institutions. Elle est prête à tuer pour arriver au sommet, à trahir et à mentir. Bien que cela soit vain à préciser, puisqu’elle est socialiste et prône l’égalité femmes-hommes. Donc, le Patrick de son passé devient son chauffeur.

Histoire de faire réagir parce que ces notions ne sont peut-être pas assez concrètes en soi, Virginie Martin Gabrielle Clair a décidé d’être violente, agressive, condescendante (le stade de la provocation a été dépassé depuis belle lurette), adoptant un langage vernaculaire et des verbes qu’elle ne sait même pas conjuguer. Tout est si caricatural grossier ordurier et anachronique, que cela en devient banal et consternant, comme un échange entre twittos incultes. Par dessus-tout, cela rabaisse considérablement les femmes au lieu de les élever. N’est pas Rosa Parks qui peut.

Elle ne parle pas de sans-dents mais de mortels, cette ministre de papier ; Elle n’évoque pas de promotion Voltaire mais une promotion Marguerite Yourcenar et là ça devient insultant méprisant et insupportable ; Sa figure tutélaire d’adolescente est Cyril Collard et paix à son âme. Qu’il puisse ne jamais se trouver au contact de ce torchon qui brûle sévère.

Je ne résiste pourtant pas, comme si un venin m’avait été injecté, à vous faire partager « La » scène cruciale du livre, au chapitre intitulé : Le Matador. Gabrielle Clair a accepté une invitation à dîner. Des sushis comme s’ils provenaient de Tokyo avec du champagne. L’invitant : le Matador, est un successman tentant, le genre de gâteries auxquelles il est impossible de résister. Je cite : « Très vite, il dégaine une queue immense, mais vraiment immense. Une queue taurine, espagnole. Très vite il me pénètre. C’est un peu douloureux (ben oui tout de même, la victime est consentante mais chut : il ne faut pas que cela se sache, elle a une revanche à prendre avec son passé d’ado s------ de b---, poursuivons). J’en ai envie de sexe, alors je prends. (…) Putain, qu’il y va fort ! Un vrai bourrin qui se la joue « je suis dans la net économie et je suis hype » (les stéréotypes de ce genre, à chaque page, mais chut, ne perturbons pas ce moment épique). (…) –Tu aimes salope, hein, t’aimes ça ? (petite gourmandise, amuse-bouche si je peux me permettre, avant le gros gâteau au chocolat, mais chut, ne dévoilons pas tout). (…) –Alors Madame la Ministre, on aime le cul hein ?! –Je ne suis pas sûre d’aimer cet Hidalgo-Rambo… (là, je serais Anne Hidalgo, franchement ça ne me ferait pas rire du tout, mais je ne suis ni espagnole, ni de la net économie ni ministre ou maire, alors je m’en fiche, enchaînons), (…) Il sort de mon sexe. Il s’est mis en tête de m’enculer ».

Là, voyez-vous, je décroche parce que ce qui se passe ensuite est d’une glauquitude très malvenue et bien convenue.

Comme c’est le cas bien trop souvent, viser le mieux pour recueillir le pire.

Le mieux éditeur : Garde-corps de Virginie Martin, 161 pages (c’est écrit gros et très aéré), 15 euros (tout de même) @GabriellClair @VirginieMartin_