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Publié par Isabelle Kévorkian

Ecole EICAR : le jury
Ecole EICAR : le jury

C’était mardi 5 juillet, au Gaumont Parnasse : l’école EICAR, des métiers de l’audiovisuel et du cinéma récompensait ses quelque 850 étudiants internationaux, de 18 à 24 ans, et organisait une journée de fin d’année de projections de clips, sports et courts-métrages devant un jury de professionnels, présidé par le réalisateur et scénariste Thomas Gilou et par un jury d’anciens élèves. Aux côtés de Thomas Gilou, des noms prestigieux comme Michel Abramowicz (directeur de la photographie), Laurence Bachman (productrice), Barthélémy Fougéa (toutes les casquettes du métier), Michel Kharat (ingénieur du son), Gérard Krawczyk (réalisateur, scénariste et acteur) et Marie Maurice (Responsable des acquisitions et productions). Presque parité ! En catimini, dans la salle, les membres du comité scientifique étaient parsemés, à l’écoute, en observation.

Au total, 44 réalisations ont été présentées par des élèves de première, deuxième et troisième année, plus ou moins abouties. Parfois quelques clichés et des références trop insistantes même sibyllines, une imagination quelque peu formatée, une audace en sourdine. Un manque de sujets organiques, de projets autour desquels l’on sent une nécessité, une idée à faire passer, un thème obsédant, dont on sait qu’il tracera le parcours du futur cinéaste. D’un autre côté, beaucoup d’appropriations fraîches de sujets sociaux et sociétaux, notamment le handicap, la maladie (l’un des partenaires : le Rire Médecin), la vie (un autre partenaire : les assurances Axa) et ses outrages, le monde virtuel et ses dérapages. Quelques astuces mais peu d'espièglerie. Et bien sûr deux thèmes cinématographiques de base : l’amour et la rédemption. Il semblerait que construire une histoire sur une chanson, comme un play-back soit « tendance » : pourquoi pas ? Pour ma part, j’ai constaté que les formats pubs ou spots étaient plus structurés et convaincants que les courts-métrages, comme si le fait d’avoir un conducteur, une charte, une signature cadrait davantage la créativité, et dévoilait mieux une personnalité. La question à se poser aujourd’hui, pour ces élèves : ma voie passe-t-elle plutôt par l’audiovisuel, l’institutionnel et le corporate, un univers dans lequel je viens de faire mes preuves (pubs, spots), ou par le cinéma (courts-métrages). Quel long-métrage deviendrait une nécessité, qui orienterait l’ensemble de ma carrière, même si je n’aboutis pas immédiatement, si je dois emprunter des chemins de traverse, n’empêche : je serai guidé, je parviendrai là où je dois aller, car c’est ma thématique et mon destin. Il n’y a que moi qui puisse l’aborder, l'hypothèse que personne avant moi n'aura imaginé, ça prendra le temps qui me sera nécessaire, et en attendant j’approfondirai mon propos et ma technique.

Quelque chose en soi de si fort, qu’il est impossible de choisir un autre métier, pour transmettre sa passion, mais surtout ses émotions, sans filtre, sans gêne, sans ambiguïté.

Thomas Gilou a introduit la journée, bouleversé d’apprendre la disparition de Guy Jacques, qui enseignait notamment à l’EICAR. Il lui a rendu un bref hommage, au débotté, ému : « Guy Jacques avait un univers, pas si éloigné de celui de Jeunet, poétique, dont il a dévié pour diverses difficultés de production notamment, dans une industrie et un milieu artistique en mutation. Ce métier est exigeant : il faut être ferme et souple, discipliné et en perpétuel apprentissage, savoir réaliser avec lucidité que parfois, l’on n’est rien – personne alors que, pourtant, on développe des projets. Il ne s’agit pas d’un métier, mais d’une passion, en vivre est l’apanage de quelques-uns. Pour y parvenir, il est important de se concentrer sur l’essence du message à transmettre, quelles que soient les contingences et en les intégrant ».

Les films ont été visionnés avant les délibérations et la cérémonie de remise de prix, et le photocall, introduits par Thomas Gilou : « Ce que l’on a cherché à évaluer, c’est ce qu’il y avait au fond de chacun d’entre vous qu’il était nécessaire de sauver à tout prix, parce que la technique vient après. Derrière chaque film, nous avons tenté d’identifier quelqu’un. Une personne, son intention, la passion qu’il avait essayé de faire partager ». Les membres du jury ont pris la parole pour commenter les projections : « Beaucoup de films se défendent seuls, c’est leur force » (Michel Kharat), « Les formats courts semblent être mieux maîtrisés, comme le reflet d’une génération. Des images ont plus ou moins surprenantes, mais cela se travaille » (Michel Abramowicz), « Opérer une telle sélection est une première pour moi, qui ais plutôt l’habitude de travailler sur scénario, sur de l’écrit. L’exercice était difficile, étant donné la qualité générale des projets et la diversité proposée » (Marie Maurice), « On a aimé certains films, d’autres moins, mais toujours on a senti une envie et un plaisir à tourner. On a senti un engagement, une conviction et du temps passé » (Barthélémy Fougéa), « On demeure étudiant, on ne cesse d’apprendre, cette journée de projection le prouve. Parfois certains sont tombés dans des pièges, cela nous est arrivé à tous. Et comme disait Georges Cukor : Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même » (Gérard Krawczyk).

Au total 13 récompenses ont été décernées par le grand jury et 5 récompenses par le jury des anciens élèves. Des films qui ont réussi à traduire ce sentiment partagé : « se faire plaisir, faire plaisir aux spectateurs ». Le son, l’image, la lumière, les acteurs n’ont pas été en reste. Tout a été scruté. Un film a fait l’unanimité, tous jurys confondus : « Sois heureuse ma poule », de Mélanie Auffret (3ème année ; court-métrage), tourné en région Bretagne (comme quoi, définitivement tout commence en Finistère ! est-il besoin d’une marque et d’un slogan pour s’en persuader ?). Le pitch, original : Un élevage de poules refuse l’industrialisation qui se profile. Elevées au grand air et sur la plage où elles pondent des œufs frais, elles se révoltent et décident de faire grève. « Diriger des poules n’a pas été simple ! » a souligné la réalisatrice déjà sûre d’elle, et fière de son acteur, un agriculteur breton qui ne cachait pas sa joie, communicative.

Le palmarès complet est à retrouver sur le site de l’école EICAR et sur la page Facebook.