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Publié par Isabelle Kévorkian

L'Oiseau Bleu
L'Oiseau Bleu

L’Oiseau bleu parle d’abord aux enfants. Ils ont dix ans peut-être, à peine plus. L’Oiseau bleu les guide, leur apporte soutien et réconfort. Maurice Maeterlinck en a rédigé l’argument de sa pièce de théâtre (1908). L’Oiseau bleu c’est aussi le symbole du messager, qui s’élance sur fond de soleil jaune, fécond fertile : l’illustration du logo du Groupe La Poste. Ailes déployées, telle une flèche tendue vers sa cible. L’Oiseau bleu ? C’est s’envoler, c’est relier, c’est aimer. C’est refuser l’aliénation, l’autorité, la bien-pensance, c’est condamner la violence, l’oppression, les loups qui entrent dans Paris et ailleurs. C’est repousser les limites, ouvrir les barreaux, révéler le lyrisme, rendre justice. Décrocher la nature. L’Oiseau bleu, emblème de la poésie, n’est pas encagé. Il délivre, il conduit au bonheur et insuffle un air de liberté.

Prévert et Kosma

L’Oiseau bleu installé sur la scène du studio Hébertot s’adresse aux artistes, à l’âme des poètes, à la beauté inhérente à chacun d’entre nous, inspirés. D’aucuns pourraient y lire du Genet, du Hugo parce que ça commence avec l’enfant voleur. Qu’il est question d’une île, lieu mythique de l’enfermement. Pourquoi pas.

Cependant cet Oiseau bleu se dirige vers le ciel, les étoiles et la mer, vers le rouge tiède comme le vent, comme le cœur. Gaël Giraudeau a choisi Jacques Prévert, dont les poèmes ont été mis en musique par Joseph Kosma, pour exprimer l’idée qui naît, se transforme, se consolide et se réalise. Rue de Siam à Brest : c’est là que tout commence. En Finistère. Bout du monde, fin de terre. Début de toute forme de création, naissance des œuvres. Celles de Jacques Prévert tissent l’histoire de la créativité poétique, de l’élan artistique viscéral, inconditionnel. Une sensibilité que revêt parfaitement Gaël Giraudeau à travers un jeu déterminé, sobre et lumineux. Il réalise une prouesse tout en finesse. Récitant éclatant, chanteur inattendu et fort aise, danseur gracieux, comédien raffiné oscillant entre le bleu céruléen et le rouge suave. Une mise en scène minimaliste : trois tentures blanches, pour un jeu de lumières et d’ombres surréaliste onirique. On y retrouve Le cancre et L’Oiseau-lyre, Les feuilles mortes, En sortant de l’école. Et puis La chasse à l’enfant et ceux qui s’aiment, d’enfants. C’est un voyage Immense et rouge, comme un Déjeuner du matin, Dans ma maison. Prévert, Barbara, Trénet.

C’est vif et pastel à la fois. Brûlant et doux.

Giraudeau et Bibas

Gaël Giraudeau est accompagné au piano par Fabrice Bibas, pianiste officiel des ayant-droits de Kosma, et la complicité qui se dégage est fascinante et millimétrée, soignée. Comme l’oiseau en équilibre sur la branche. Un parfait ensemble orchestré par Catherine Morrisson et produit par Jean-Philippe Blime « L’Oiseau Bleu, voyage poétique dans l’univers de Prévert et Kosma est un hommage au couple mythique à travers les textes, les poèmes et les chansons qui ont marqué des générations de rêveurs, d’enfants et de cancres ». Cela donnerait presque envie d’y retourner sur les bancs de l’école, rien que pour laisser son regard s’échapper par la fenêtre, suivre l’Oiseau bleu l’esprit errant.

Belle prestation de spectacle-vivant pour un Gaël Giraudeau, IRL, lui qui est issu du monde URL du jeu vidéo. Il n’a pas opté pour la facilité, et s’en sort avec élégance. Sans doute parce que créer des univers pour les gamers développe une conscience différente, coder plusieurs références et les assembler pour construire une histoire nouvelle, s’appuyer sur quelques vers et notes qui cristallisent une nouvelle poétique. Un Prévert que l’on a l’impression de découvrir, qui (re)naît soudain dans ce petit théâtre intimiste.

« Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer » : Jacques Prévert. Rien à rajouter, mais filer acheter la poésie de Prévert, la relire au son de Chopin et Debussy. Dehors, il fait calme.

Au Studio Hébertot, jusqu’au 3 juillet. www.studiohebertot.com