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Publié par Isabelle Kévorkian

Jacques Chirac
Jacques Chirac

Dix ans que le musée du quai Branly fait dialoguer les civilisations. Désormais, il porte le nom de son fondateur : Jacques Chirac qui, pour l’occasion, fait l’objet d’une exposition. Aux sens propre et figuré, puisque parmi les pièces étonnantes, trois appartiennent à Jacques Chirac, d’autres sont plus symboliques des jalons de la société française depuis trente ans, et enfin certaines constituent davantage des clins d’œil comme les masques Buaku japonais du théâtre Kyôgen, dont la ressemblance avec Jacques Chirac est frappante. Ces trois visages datent du XVIIe siècle et il n’est pas incongru de s’interroger sur le destin de cet homme : était-il écrit, déjà en Orient des siècles auparavant ?

Stéphane Martin, Président du musée du quai Branly – Jacques Chirac

Jean-Jacques Aillagon, homme de cultures, ancien ministre de la culture et de la communication, s’est vu confier la coordination de cet événement il y a trois ans, par le président du musée : Stéphane Martin, qui précise : « Cette exposition est l’occasion de rendre un hommage à Jacques Chirac et surtout, de raconter comment il a eu l’idée de créer à Paris un musée dédié à la diversité culturelle, comment s’est construit sa pensée autour de la valorisation de la diversité, qui pendant la jeunesse de Jacques Chirac était plutôt vouée à disparaître. Dans les années 1970, une fois que la question des blocs Ouest et Est serait résolue, il était permis de croire que l’on se dirigerait vers un musée uniformisé ; Or Jacques Chirac a toujours été convaincu du contraire. Par ailleurs, ce que les musées d’ethnologie ont plutôt tendance à promouvoir, ce sont des pièces de civilisations vouées à disparaître comme les derniers aborigènes d’Australie par exemple, et Jacques Chirac a eu l’intuition que cela ne s’effacerait pas, que c’était irréductible, que c’était quelque chose qui allait se transformer et évoluer différemment, et qu’il y avait là une leçon à tirer sur la manière d’habiter le monde, de vivre la planète et de gouverner, notamment en tant que chef de l’Etat. Cette exposition raconte Jacques Chirac, elle est aussi un extraordinaire témoignage de l’histoire de ces trente dernières années. Il existe plusieurs clés de lecture. Par le prisme d’événements qui, à l’époque semblaient mineurs, et se révèlent aujourd’hui comme des moments-clés : la fin de la guerre du Vietnam, la création de la collection Terres Humaines, étape de structuration de la pensée en France. Marquer l’anniversaire du musée du quai Branly autour de cette exposition me paraissait légitime. Ce musée, je le rappelle, vise à questionner de manière singulière les questions d’anthropologie, et offrir une résonance auprès du grand public. En 10 ans, 14 millions de visiteurs ont été accueillis et fidélisés au musée. Un public qui cherche la rencontre avec des objets de spécialités, sauf pour le tableau de Picasso qui est exposé (Massacre en Corée, Picasso). Ce qui constitue un atout s’apprécie dans la modification du regard sur ces cultures non-européennes, qui appellent le renouvellement : c’est un musée qui a généré de l’optimisme ! ».

Jean-Jacques Aillagon

Le commissaire de l’exposition confirme : « Le musée du quai Branly – Jacques Chirac apporte de la joie, cette exposition est joyeuse ! C’était l’enjeu : comment consacrer une exposition originale à Jacques Chirac, un homme qui a marqué la vie politique pendant 40 années, de 1967 jusqu’en 2007, notamment au travers de ses fonctions de maire de Paris et plus tard d’une position centrale, de chef de l’Etat. Il s’agissait de restituer la relation particulière entretenue par Jacques Chirac avec la diversité et le dialogue des cultures, le refus du choc des civilisations, le refus de la guerre en Irak, son engagement durable pour la planète. Il s’agissait aussi de comprendre et mettre en lumière d’où venait le tropisme de Jacques Chirac vers d’autres cultures que la nôtre, et les influences que ces cultures différentes pouvaient apporter en termes de gouvernance notamment. L’exposition commence par l’éveil d’une personnalité, à la fin de la seconde Guerre Mondiale et les premières manifestations culturelles en Orient et en Afrique du nord, puis son goût prononcé pour la culture russe. Puis la poésie qui s’impose, la poésie qui enrichit. Lorsque Jacques Chirac était ministre aux côtés de Georges Pompidou. Les influences majeures de Césaire ou de Senghor, d’Eluard. Son regard sur l’art contemporain (Raysse, Tinguely, Niki de Saint Phalle). Il s’agissait également de confronter la part de destin personnel et collectif de Jacques Chirac, ce qu’il doit au XXe siècle, la révolution du regard occidental sur d’autres cultures et civilisations, passant ainsi du mépris à la considération, au respect et enfin à l’admiration. Enfin, une exposition Jacques Chirac serait incomplète sans le musée imaginaire de Malraux, les métamorphoses des Dieux, Terres Humaines, le rôle des institutions. Tout cela est abordé par blocs, non pas chronologiques plutôt thématiques, même si le fil conducteur suit le cheminement de Jacques Chirac : le terreau qui constitue la personnalité de Jacques Chirac, la manière dont il a construit sa pensée et sa passion pour l'art, la culture associée à une politique publique. »

On l’a compris, cette exposition est sous-tendue par trois maîtres-mots : diversité, culture et humanisme. Elle propose un regard qui décloisonne le monde et les époques, qui offre à comprendre les arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques en leur permettant de les confronter à une approche occidentale ancestrale et contemporaine. Qui invite à des analogies et des réflexions auxquelles nous n’aurions peut-être pas spontanément envisagées. De Brest en Arménie, j’y ai lu, pour ma part, le dialogue entre mes origines européennes et arméniennes en passant par le Japon, ce pays qui a constitué mon satori. A travers des pièces emblématiques : La statue de l’Ankou, le faucheur de vies et les légendes bretonnes d’Anatole le Braz par exemple. Une pièce rare du musée de Morlaix. Sa rencontre, aux côtés de son épouse Bernadette, avec le Catholicos Karekine II, chef de l’Eglise apostolique d’Arménie, à la cathédrale d’Etchmiadzine près d’Erévan lors de l’année de l’Arménie. Ou encore ce tableau d’une ceinture de sumotori (Mawashi).

D’autres espaces forts : la rencontre avec Nelson Mandela, celle avec le chef Raoni, l’engagement de Jacques Chirac en faveur de l’abolition de la peine de mort, son ambition de fédérer les civilisations et de valoriser les arts de l’Islam, l’affirmation d’une conscience culturelle universelle. Une exposition qui résonnera en chacun de nous d’une manière ou d’une autre, que l’on éprouve de la sympathie ou non pour Jacques Chirac. Des masques et des livres et une politique pour agir. Force est de constater son rôle majeur au service de la France et de son rayonnement, et tout le respect que nous lui devons.

Jacques Chirac ou le dialogue des cultures, au musée du quai Branly – Jacques Chirac. Jusqu’au 9 octobre 2016. www.quaibranly.fr

Quelques photos représentatives de l'exposition Jacques Chirac ; Retrouver mon LiveTweet #vernissage @i_kevorkian
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