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Publié par Isabelle Kévorkian

Cristal A, Milène Guermont
Cristal A, Milène Guermont

Elle n’a que 33 ans, et a déjà été exposée à #artparisartfair au Grand Palais, aux musées de la minéralogie et des Cristaux, de la Chasse et de la Nature, des Beaux-Arts de Caen, à la Villa Datris –fondation pour la sculpture, elle obtient le « Coup de cœur » de DDessin, elle s’est imposée sur les plages du débarquement et sur la place de la Concorde. Son œuvre « Phares » est labellisée « COP21 / CMP11 », « Paris pour le Climat » et par le jury international de « 2015 année internationale de la lumière » de l’Unesco. Elle bénéficie de soutiens institutionnels, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, de près de 20 mécènes, sa résonance voyage jusqu’en Egypte, et elle devient la plus jeune artiste à rejoindre le Fonds Culturel de l’Ermitage. Cette fille est fluette comme un pinson, simple et authentique, elle virevolte, elle sourit, elle est gaie et dynamique comme une pile électrique, et tout cela semble d’un naturel extraordinaire. Une artiste lumineuse, qui ne fait pas la gueule, qui ne fait pas preuve de condescendance, qui se révèle accessible, fière d’expliquer son travail réalisé en France, avec des artisans de Caen, de Cherbourg, de Saint-Denis, de Paris et d'ailleurs.

Les médias ne s’intéressent pas encore à son travail ? Sans doute parce que la subtilité artistique de Milène Guermont consiste à s’inscrire dans un art anthropocène, géologique, qui concilie art contemporain et environnement. Ses créations se fondent dans le paysage, qu’il soit urbain, balnéaire ou pastoral, et ses pièces ne transmettent rien de sulfureux ou de provocant. Telluriques, elles parlent d’harmonie et de vie.

Qui est donc cette libellule, qui plonge au cœur de l’âme humaine ? D’abord un ingénieur. Après avoir réussi Maths Sup et Maths Spé, elle intègre l’école ENSIACET-MINES. Parallèlement, elle se forme à l’ENSAD pour devenir artiste. Elle dépose des brevets, reçoit des prix pour ses premières créations « au pouvoir de l’imagination poétique ». C’est cela son secret, sa différence. Elle allie ses connaissances physiques au service d’un art lyrique et sensible, elle tend vers la recherche d’un idéal esthétique. Martine Boulart, qui préside le Fonds Culturel de l’Ermitage, précise que Milène Guermont « se rapproche de l’idée Stendhalienne visant à replacer l’homme au cœur de l’inerte, la voix de l’homme au cœur du béton, d’un moment amoureux qui réveille l’âme ».

Cristal A

L’une des pièces emblématiques de Milène Guermont est « Cristal A ». Un bloc de béton polysensoriel, couleur de ciel, de 54 cm de haut. Une œuvre vivante, qui symbolise la mémoire de la ville en mutation. Il suffit d’effleurer le béton, sa face lisse ou l’un de ses pics qui s’érige vers la lumière, et des sons nous parviennent : notre propre identité sonore. Unique, et qui s’enrichit selon le lieu et la place qu’elle occupe, la manière dont nous nous plaçons, notre appui au sol, la matière de nos semelles. Bloc de béton taillé, a priori engourdi, qui s’anime et révèle notre personnalité au toucher. Expérience singulière. Emotionnelle plus que rationnelle, et pourtant la raison est à l’origine de l’émoi. Milène se trouve à Genève, elle est soudain touchée par un mur en bord de mer. Le mur lui parle, en couleurs. Elle décide de s’intéresser au béton sensible et au champ magnétique. Nous sommes en 2008. Elle part à la conquête de sons, dans une certaine gamme, qui forment une boucle avec le sol, qu’elle va marier au béton. C’est ainsi qu’elle réalise la métaphore du cristal, qui réagit au lieu. Elle a décliné le principe à l’école Sainte-Marie de Neuilly, dont un mur en béton composé de cratères émet des rires quand les élèves le frôlent. Le son émis se déplace dans le béton réagit aux vibrations qui proviennent du contact avec le sol.

J’ai testé « Cristal A », et j’ai fait parler de petits enfants, en un joyeux brouhaha. Stupéfiant, cette œuvre plonge en nous, à la rencontre de ce qui nous sensibilise.

Phares

Projet plus ambitieux : Milène a réussi le pari fou de créer un dialogue entre les monuments phares d’une Capitale. En l’occurrence Paris, ville lumière. Elle s’est attelée à une œuvre monumentale, originale et arachnéenne, un « phare de phares », qui illumine passé, présent, futur, et fait battre le cœur de la cité. Tellement remarquable que les Parisiens n’y prêtent plus attention. Et pourtant …

Milène est partie d’un phare de voiture (de D.S., emblème France). Trois mois plus tard, 128 phares à leds sont disposés sur cette structure en aluminium constituée de 320 triangles isocèles de taille semblable. L’ensemble qui pèse 5 tonnes, éco-responsable, consomme 70% d’énergie de moins que l’électricité, et est encerclée de citronniers, ces arbres utilisés par l’armée comme protections. Eloquent lorsque l’on se souvient que Paris est devenue ville lumière pour protéger les citoyens des criminels.

« Phares » est située place de la Concorde, pour échanger avec l’Obélisque, plus ancien monument de Paris : place mémorielle de choix, lieu du premier essai d’éclairage au monde, qui célèbre le génie naval de la France. « Phares » indique aussi le chemin aux flux d’automobilistes, et créé un pont entre circulations terrestres et maritimes, « Phares » « respecte le triptyque du patrimoine classé : exemplarité, valeur universelle et transmission », précise Milène.

Que d’allégories !

Un phare installé en une semaine, en catimini malgré 30 échafaudages, qui entend « agir, pour l’environnement et la sauvegarde du patrimoine historique, culturel, mémoriel », défend Milène qui se considère comme une artiste engagée, qui s’adresse à la société. L’ambassadeur d’Egypte en personne, son Excellence Ehab Badawy a inauguré le monument, qui par la suite s’est illuminé au rythme des battements de cœur des visiteurs, jusqu’à ce point d’orgue pour la Saint-Valentin. Ces cœurs ardents ont uni leur énergie, illuminant en même temps la Tour Montparnasse, la Tour Eiffel et la Concorde. L’amour capital en réponse au chaos mondial. Car Milène croit en cette capacité de dialoguer, au travail en équipe, aux liens, aux sensations charnelles et vivantes. Ses œuvres ne prennent leur sens qu’au toucher, les spectateurs deviennent des performers, eux-mêmes artistes du contrat social et relationnel entres les hommes.

« Phares » s’est éteint lundi 4 avril. Les citoyens n’ont pas réussi à l’imposer durablement dans le paysage urbain. L’art dans l’espace public n’a pas droit de cité, même si le dialogue s’est initié, vertueux, si la structure a éprouvé sa solidité, sa résistance aux vents et aux attentats, son rôle de balise et de repère d’un nouveau genre.

« Phares » se rallumera dans quelques mois, dans un pays chargé de signification, en résonance avec la France. En attendant, il est possible d'installer « Phares » dans son jardin ! Deux conditions : 14 m2 de surface au sol et une prise de 220 volts.

Simple non ?

Résisterez-vous à l’appel des battements de phares, aux pulsations de votre cœur ?

Si l’idée vous tente, contactez Milène Guermont : www.mileneguermont.com

Phares, démontage par Milène @GUERMONT

Phares, démontage Place de la Concorde