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Publié par Isabelle Kévorkian

Orchestre de chambre à la Philharmonie
Orchestre de chambre à la Philharmonie

C’était hier, jeudi 14 avril. L’Orchestre de Chambre de Paris, en résidence à la Philharmonie de Paris, proposait une soirée franco-russe, célébrée par deux cantatrices d’exception : Natalie Dessay et Stella Grigorian, dirigées par une autre femme remarquable, la chef d’orchestre Claire Levacher.

Trois femmes pour une soirée lumineuse et flamboyante, ardente et onirique, poétique et lyrique, ardente et douce, comme un voyage aux allures romanesques. On s’attend à surgir Anna Karénine, on relit mentalement Tolstoï et les poèmes de Marina Tsvétaïeva, et l’on se laisse porter par l’intensité sonore, visuelle, dramatique qui surgit des voix et des instruments, en parfaite symbiose.

Dans la cité de la musique, la Philharmonie 2, des analogies étranges résonnent. Un auditorium qui ressemble au mémorial du Génocide des Arméniens à Erevan, vertical et digne, qui invite au respect et au recueillement, qui prône l’espoir aussi. Cela-même qu’ont transmis Natalie Dessay, soprano colorature, et Stella Grigorian, mezzo-soprano Arménienne. A dix jours des commémorations du génocide des Arméniens, ce concert a ému et réjoui à la fois. Une programmation tantôt joyeuse, tantôt mélancolique, qui nous a fait traverser une nature préservée, des rivières fraîches, où l’on entend les filins d’eau s’écouler avec délice, où l’on croise des Dames de Pique, des jeunes filles au sourcil noir, où le repos précède l’action. Un programme qui provoquait des sentiments contradictoires, jusqu’à plonger, parfois, dans une tonalité cléricale ou dramatique, une sorte de mépris à la Godard, inspirée de Moravia, ou quelque chose d’emprunté à Georges Cukor. Etranges déambulations de l’esprit, qui ne s’expliquent pas, se vivent. C’est rouge ardent et blanc silencieux, infini. Car le jeu de lumière a aussi fait partie de la soirée, où les larmes surgissaient de nos âmes, pour les soulager.

Ces femmes ont accordé quelques mots à l’issue du concert, facétieuses et complices. Stella Grigorian et Natalie Dessay se connaissent depuis … « Oups 1997 ! », rigole Natalie. Stella complète « Oui, nous sommes complémentaires, on chante ce répertoire depuis longtemps, Natalie a en elle cette fibre franco-russe, nous sommes comme deux sœurs ». L’une blonde et volubile, l’autre brune et posée, comme une face et l’autre, d’une même médaille. « La langue fait chanter différemment, mais la voix et l’intensité sont identiques », précise Natalie s’agissant de leur collaboration, de leur approche du chant et de ces airs franco-russe. « Avant tout, l’orchestre joue au service des voix, et tout le travail a été de restituer -chambriste- une musique d’orchestre, russe », complète Claire Levacher. Un travail méticuleux s’est opéré sur les partitions, car certaines pièces étaient à l’origine transcrites pour piano, comme Rachmaninov. « L’enjeu était de réaliser un équilibre entre des moments feutrés et ces élans passionnels, une balance parfaite entre les voix et l’orchestre piano et cordes, et de transcender les trémolos de la voix ». Pour Natalie Dessay, les piliers de ce métier sont « jouer, appréhender l’espace scénique ; connaître des langues comme l’allemand, l’italien, l’anglais et si possible le russe pour chanter la palette d’airs lyriques, et apprendre à respirer ». Stella Grigorian de compléter : « C’est la vie qui décide de notre destin, la vie qui décide que l’on chantera ».

La vie ne s’est pas trompée en réunissant ce soir-là Natalie Dessay et Stella Gregorian, qui ont conquis le public et une salle pleine à craquer. En guise de conclusion, Natalie la malice s’avoue fière d’avoir apporté du plaisir au public, avec Stella, même si, dit-elle : « Je n’aime pas Berlioz, mais si Béatrice et Bénédict plaisent au public, alors je suis heureuse, je préfère les Filles de Cadix et leur panache ». Un clin d’œil, qui traduit l’atmosphère harmonieuse de cette soirée franco-russe, entre grâce, raffinement et solennité.

Au programme de ce voyage musical, avec l'Orchestre de Chambre de Paris, des œuvres de Moussorgski, Rachmaninov, Minkov, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Fauré, Chabrier, Berlioz et Delibes.

Programmation à retrouver sur www.philharmoniedeparis.fr et concert sur www.live.philharmoniedeparis.fr

Natalie Dessay, Stella Grigorian et Claire Levacher : trois femmes pour une soirée d’exception @philharmonie @orchambreparis
Natalie Dessay, Stella Grigorian et Claire Levacher : trois femmes pour une soirée d’exception @philharmonie @orchambreparis
Natalie Dessay, Stella Grigorian et Claire Levacher : trois femmes pour une soirée d’exception @philharmonie @orchambreparis
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