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Publié par Isabelle Kévorkian

Jannis Kounellis
Jannis Kounellis

Une exposition composée de pièces de l’artiste, ré-agencées, re-visitées, pour que leur intention entre en communion avec La Monnaie de Paris. Des œuvres modernes qui symbolisent la révolution industrielle, ré-installées dans un bâtiment du XVIIIe siècle, dernière usine de pièces de métal dans Paris intra-muros. Des œuvres d’époques différentes, depuis les années 60 jusqu’au XXIe siècle, provenant de Rome, d’Italie ou d’Allemagne, qui racontent Jannis Kounellis, artiste humaniste. Ce qui constitue sa spécificité réside dans ses chevalets ou plaques aux dimensions humaines, qui toutes fournissent une indication sur la personnalité de Kounellis, à travers les époques et pays traversés. Les chevalets par exemple, sont « numérotés ». Une date de naissance au dos. Celle des artistes qui ont influencé Kounellis, ses figures tutélaires, ses maîtres tels Delacroix, Gericault ou Van Gogh. L’ampoule en couteaux de boucher qui illumine ces plaques de fer et de charbon agglomérées, rappelle les « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, ou « Guernica ». La partition murale pastel, reprend les notes de « La Tarantelle » composée par Stravinsky. Un motif de trente secondes sur lequel une ballerine s’anime en diagonale. Telle la passante du violoniste dont l’archer créé l’impulsion. Mouvement circulaire hypnotique sur une musique sérielle. La répétition provoque une transe, face à des habits cloués au mur nu. Salopettes de travail. Autant de spectateurs figés, témoins muets. Jannis Kounellis, à la recherche de la radicalité. Le monde bourgeois et élégant du divertissement face au monde ouvrier et artisanal du travail. Cet artisanat, ce labeur, est figuré par des matières comme le métal, le fer et le charbon, le plomb, les couteaux de boucher, la toile de jute, l’ampoule dénudée, les armatures, du tissu robuste en guise de balluchon. L’aspect imposant des pièces exposées rajoute à cette dialectique. Le poids, la dimension physique sous-tend le travail de Jannis Kounellis et ce qu’il raconte, son rapport au temps et à l’ouvrage. Temps facile du regard, temps étiré de la besogne. Le regard n’est pas linéaire, il fluctue, s’adapte, s’exile, immigre, émigre, incertain. Kounellis occulte volontairement certains passages. Au visiteur de re-trouver ses repères, ré-orienter son chemin, son axe de vie, traverser les frontières, mais toujours, en ligne de fuite, en tension, cette plaque de métal qui interpelle, appelle, irrésistible. Ardoise illuminée par en-dessous au moyen d’une bougie, et l’on y lit, à la craie, « Liberta o morte ». L’idéal révolutionnaire. Viva Marat et Robespierre. La liberté ou la mort. Ce feu-là est synonyme d’espoir, de transmission et de relève, après les luttes, les voyages, les massacres, les dépendances, les diktats et les dangers. En repartant, cette soupière en céramique remplie d’eau et de poissons rouges, transpercée d’un couteau de boucher inquiète. La fragilité de l’existence, sous la menace. Des animaux vivants exposés : ultime manifeste artistique, dans la logique du courant Arte Povera. Paradoxalement, une exposition plus organique qu’abstraite, quand l’art prend place dans une institution. Un dialogue dépouillé et évident, de formes et de matériaux, au cœur de la cité civilisée.

« Si la porte est de dimensions humaines, c’est parce que l’humanité la traverse », Jannis Kounellis à la Monnaie de Paris.

Jusqu’au 30 avril, www.monnaiedeparis.fr

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