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Publié par Isabelle Kévorkian

Carmen à Tout Prix
Carmen à Tout Prix

19ème siècle. Prosper Mérimée, qui comme beaucoup de grands auteurs, a commencé une carrière institutionnelle, avant de s’intéresser aux monuments patrimoniaux et leur restauration, et d’embrasser l’habit d’écrivain exotique positionnant des figures féminines trahies et vindicatives au cœur de cités ensoleillées (Colomba en Corse…), écrit une nouvelle : Carmen, qui paraîtra dans « La Revue des Deux Mondes », fondée autour de la littérature et des voyages, aujourd’hui dirigée par Valérie Toranian.

Le pitch de Carmen est simple et redoutablement efficace, des siècles après : l’histoire d’une passion fatale entre un militaire et une bohémienne (deux mondes), en Espagne. Ludovic HalevyLa Juive », et son inoubliable Rachel qui préfigure l’opéra français et une vision de deux mondes : l’Orient et l’Occident) et Henri Meilhac, en déclinent le livret d’un opéra comique composé par Georges Bizet. Amour, trahisons, jalousies et mort. Quatre ingrédients. Place, taverne, montagne et arène : quatre lieux.

L’opéra probablement le plus joué au monde, en quatre actes, reprend des airs que tout le monde fredonne : « L'amour est un oiseau rebelle », « Halte-là ! Qui va là ? », « La fleur que tu m'avais jetée... Non ! Tu ne m'aimes pas, Carmen », « Mêlons ! – Coupons ! » (les gitanes lisent l’avenir dans les cartes n’est-ce pas), « Toréador", "Si tu m'aimes, Carmen », « C'est toi ! – C'est moi ! ».

21ème siècle. Sophie Sara revisite Carmen, dont elle s’approprie le rôle, après La Callas, et livre une comédie opératique de grande qualité, fantasque, habile et jubilatoire. La mise en scène est assurée par Manon Savary et les deux femmes s’inscrivent dans la lignée de Mérimée et de son esthétique du peu. Un décor … minimaliste, qui laisse la place aux acteurs talentueux, véritables artistes d’opéra.

Tout part d’un quiproquo. Carmen est à l’affiche d’un théâtre, mais ce soir les techniciens sont en grève, les comédiens principaux absents et l’orchestre ne viendra pas. Le rideau se lève dans quelques minutes. Le directeur embarrassé doit trouver une solution. Il avise sa secrétaire et se souvient qu’après toutes ces représentations, elle connaît le rôle-titre : Carmen. Coup de chance, elle est mezzo-soprano. Au débotté elle réussit par ailleurs à convaincre la formation du Châtelet de jouer sur scène. Oui ! eux : ces trois musiciens tziganes installés chaque jour dans le couloir du métro de la station éponyme. Sur ces entrefaites Don José, ténor capricieux, frêle et fragile, arrive.

Toctoctoctoc.

Toc. Toc. Toc.

Ce soir, le spectacle aura bien lieu.

Sauf que … les spectateurs vont devoir s’accommoder d’une adaptation déjantée, et ignorer tout ce qu’ils savaient de Carmen jusqu’à présent. La magie opère, les repères s'estompent, et c’est cela le théâtre. Le public est conquis.

C’est frais, moderne et décalé, tout en respectant avec agilité et brio l’histoire écrite par Prosper Mérimée. De malentendu en situations équivoques, de confusions en méprises, de rebondissements en improvisations, Carmen convainc et réjouit. La troupe travestit un drame du répertoire lyrique, en une parodie de bohème, dont l’amour est résolument enfant, qui n’a jamais connu de loi, pas plus hier qu’aujourd’hui. Une pièce savoureuse, un travail d’équilibriste.

Précipitez-vous pour ces quelques représentations supplémentaires, comme un cadeau de nouvel an.

Avec : Mathieu Sempéré – Don José, Ténor ; Sophie Sara – Carmen, Mezzo-Soprano ; Ariane-Olympe Girard - Micaela, Soprano Lyrique ; Bertrand Montbaylet – Le directeur, Baryton ; Philippe Scarami – Ribeau, Baryton ; Bastien Forestier – Scénographe ; Romain Fitoussi – Guitare / Saxophone ; Antoine Delprat – Violon ; Julien Gonzalez – Accordéon.

Carmen à tout prix ! Au théâtre Trévise, Paris 9.

#TousAuxSpectacles #MaPlaceEstDansLaSalle #Riposte

Bande Annonce "Carmen à tout prix" au théâtre Trévise