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Publié par Isabelle Kévorkian

Pégase et Icare, Cirque Gruss
Pégase et Icare, Cirque Gruss

Le cirque Alexis Gruss revient avec un nouveau show, équestre et aérien, composé de tableaux faisant référence à la mythologie grecque : prendre appui sur nos racines pour mieux s’envoler. Les huit générations Gruss abritées sous le chapiteau, sont accordées pour l’occasion avecla troupe des Farfadais, spécialisés dans la voltige et les contorsions raffinées. Ce spectacle époustouflant relève davantage du défi et de la magie, à l’image de Pégase, « cheval ailé réputé indomptable » et Icare, « que son père Dédale a doté d’ailes d’oiseaux pour échapper aux pièges terrestres », et ravive dans nos pupilles la lueur de l’enfance et de l’émerveillement. Sur la piste circulaire, de 13 mètres de diamètre, la troupe nous propose une chorégraphie qui mêle art-équestre et art-aérien. Depuis la terre, les « acteurs » deviennent l’exact prolongement du cheval, et tendent vers le ciel avec majesté.

Le cirque Gruss et son histoire

A l’origine, une rencontre. Une écuyère italienne exilée rencontre celui qui deviendra son époux, un tailleur de pierre alsacien. Nous sommes en 1854. Cet homme qui accueille sans se poser de questions la troupe de saltimbanques qui a traversé les Alpes, avec leurs roulottes et leurs chevaux, est le grand-père d’Alexis Gruss. Il va tomber amoureux du cirque, et cette passion va s'offrir en héritage. Et aujourd’hui le cirque Gruss, dirigé par Alexis, propose sa 42ème création ! Le cirque Gruss, c’est d’abord « un état d’esprit », précise le patriarche, poursuivant « les rencontres, c’est la naissance de quelque chose, cela implique un respect mutuel et chacun s’affirme en conservant son identité ».

Dans la vie, tout n’est qu’affaire de rendez-vous donc, et la troupe s’accorde récemment avec celle des Farfadais. Cette alliance favorisera l’émergence du spectacle Pégase et Icare, et la mise en scène de deux éléments : le ciel et la terre. Tangible intangible. Réalité et onirisme. L’homme va plus loin, toujours plus haut, en quête de performance, il devient équilibriste, et le show est aussi une métaphore de nos existences. Alexis Gruss ne recherche pas le défi pour le défi, il entend « procurer du plaisir, du rêve, et en cela nous remplissons notre vocation d’artistes. En réalité, il s’agit d’aller à la rencontre des sentiments du public, grâce à un spectacle ».

Le cirque Gruss et ses valeurs

Il a suffit d’une nuit à la compagnie pour installer ses chapiteaux, roulottes, espace, et cette fameuse piste aux étoiles terreuse, qui sent la nature, le foin, l’herbe coupée, la rosée, le matin encore enténébré. Le cirque est désormais installé jusqu’en mars dans le Bois de Boulogne, avant d’entamer une tournée de tous les Zéniths de France. Un challenge : « une révolution pour un cirque, qui devra expérimenter d’autres lieux, places, cultures scénographiques, une nouvelle manière de s’intégrer à l’urbanité ». Cependant Alexis Gruss a l’habitude des espaces inhabituels : le cirque s’est produit sous la Nef du Grand Palais, à Saumur, au théâtre Antique d’Orange : « Le cirque se rapproche du théâtre, les unités de lieu, d’espace sont semblables, l’acrobatie est similaire, (…) 2000 ans d’histoire séparent le théâtre et le cirque, et pourtant il s’agit de transmettre de la même manière, par le corps, l’oralité, une gestuelle millimétrée, une mise en scène étudiée ». Alexis Gruss évoque plus tard le nécessaire rapport à la nature, et en pleine #COP21, ses propos font réfléchir : « l’homme doit se soumettre à la nature –se sous-mettre, précise-t-il, appuyant son propos par un silence éloquent et un regard malicieux, car l’homme est facétieux et son œil brille comme ceux des enfants satisfaits de leurs trouvailles, c’est la nature qui guide, la nature c’est l’instinct (…), l’homme arrive pour sublimer cette nature, et cela passe par l’éducation, la nature c’est la perfection absolue, l’homme doit se montrer encore plus parfait pour révéler toute la puissance de la terre. (…) Jongler sur un cheval de 800 kilos qui galope, c’est un spectacle extraordinaire, l’homme n’a pas le droit à l’erreur ». Alexis Gruss est exigeant, et derrière ses plaisanteries « le seul cirque qui me fasse de l’ombre, c’est le cirque du … soleil », l’on sent une maîtrise absolue, un sens du détail et du show poussé à l’extrême. Peut-être parce que pour lui « le cirque, sur une piste de terre circulaire, c’est la vie, la fertilité : il est question de transmettre la vie ici, et puis le cirque est un spectacle vivant, par conséquent tous ici sont acrobates, danseurs, équilibristes, mélomanes et musiciens, et qui dit spectacle vivant, implique nécessairement une musique live, un orchestre ». Cet orchestre est composé de membres de la fratrie, instrumentistes et compositeurs (85 partitions à leur actif !).

Le cirque Gruss : Pégase et Icare

Une somme de tableaux qui racontent de petits contes mythologiques, à travers les prestations acrobatiques des Farfadais et de la troupe Gruss. Le fil conducteur est cette chanteuse pop’rock, qui vient rythmer le show. La troupe se dit « habituée à voltiger à des hauteurs imprévisibles » et cela semble tellement rôdé, que nous ne frissonnons pas. Nous nous laissons emporter. Leur secret ? « Savoir s’entraîner assez pour progresser, mais pas trop pour être à la hauteur chaque soir, lors du show ».

Les costumes scintillent, les figures donnent le vertige et créent des illusions d’optique, la danse est inhérente à tous les tableaux, comme la sensualité et la féérie.

Le cirque Gruss et les coulisses

Derrière cette extraordinaire mécanique, l’on retrouve cette même exigence hors scène. Le cirque compte 48 chevaux de trait, aux robes noires, brunes ou grises (le blanc n’existe pas). Tous étalons, robustes, issus de trois races en particulier : postiers-bretons, normands, russes. Choisis car plus costauds pour la voltige, plus vifs pour un show, avec une morphologie plus forte, des muscles saillants et une énergie rare. Reconnus aussi pour leur sens de l’écoute, et le dressage. Tous les jours les chevaux sont brossés, soignés. Dès 7h, le palefrenier leur apporte le foin et nettoie les écuries, puis les répétitions commencent vers 8h, avant la pause déjeuner (grain). Nouvelles séances de répétitions l’après-midi, ou simplement le galop, le trot sur place, dans cet espace circulaire qui résonne, encore vide. Cela apporte de la souplesse aux muscles, et détend. Le cirque ne compte pas de maréchal-ferrant ni de vétérinaire, mais dans chaque ville, le cirque est connu et il leur suffit de passer un coup de téléphone si le moindre problème surgit. Les chevaux ne sont pas ferrés : sur la terre, c’est inutile. Le cirque compte aussi un éléphant, mascotte, qui semble être l’animal de compagnie d’Alexis Gruss. Quelques poneys, des chiens.

Cela forme une joyeuse compagnie, libre, et se promener de box en box en impose. Le contact avec chaque cheval est privilégié, aucun stress. Je n’y connaissais rien en chevaux, et me voilà les yeux dans les yeux avec Sulky, ce postier-breton au regard tendre, à la robe soyeuse. J’ose même un selfie avec l’éléphant. Pas banal.

On se sent bien au cirque Gruss, c’est merveilleux. D’ailleurs, tous s’accordent : « C’est une véritable chance d’être né dans ce milieu ».

Courez voir le spectacle, vous serez éblouis. Jusqu’au 6 mars, Porte de Passy. www.alexis-gruss.com

Montage photo cirque Alexis Gruss Pégase et Icare

Montage photo cirque Alexis Gruss Pégase et Icare

Les coulisses du cirque Gruss ...
Les coulisses du cirque Gruss ...
Les coulisses du cirque Gruss ...
Les coulisses du cirque Gruss ...
Les coulisses du cirque Gruss ...
Les coulisses du cirque Gruss ...

Les coulisses du cirque Gruss ...