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Publié par Isabelle Kévorkian

Pige dans Service Littéraire n°88, octobre 2015 : La Victoire de Samothrace, au Louvre

La statue iconique a été restaurée et révélée aux 7 millions de visiteurs annuels, trônant sur son bateau au pinacle de cet escalier dont la hauteur équivaut à un immeuble haussmannien de 5 étages. L’opération a permis de rajouter 19 fragments sur le bateau (composé de 23 blocs soit 25 tonnes), et 3 sur la statue (composée de 6 blocs) : plis sur le drapé et la grande plume. Que sait-on de cette Victoire de Samothrace ? Trois éléments factuels fédèrent chercheurs et conservateurs du monde entier. Elle date de l’époque hellénistique, entre le 3è et le 2è siècle avant JC. Elle commémore une victoire navale, étant donné les indices stylistiques, notamment l’effet mouillé-bouillonnant des étoffes plaquées sur son corps au moment où elle atterrit sur la proue d’un navire. Elle est sculptée dans du marbre de Rhodes, base indissociable des bateaux monumentaux. Femme ailée, elle figure l’allégorie du triomphe en mer, dans une posture révélant l’instantanéité du mouvement, et des effets de surface qui créent un volume extraordinaire. La Victoire de Samothrace est typique du baroque de cette époque, visant à impressionner. Le reste n’est qu’hypothèses. Quelle bataille navale commémore-t-elle, et quel peuple en serait victorieux ? Les Rhodiens ? Qui auraient tout aussi bien pu décider, à travers cette statue, de rendre visible un exploit, pour passer sous silence une défaite maritime peu glorieuse. Ensuite, la statue a été retrouvée sur cette île de Samothrace, dans le sanctuaire des Grands Dieux. Or, il s’agit de l’un ces endroits ésotériques qui recèlent des mystères voués à ne jamais être révélés, pour mieux protéger les marins. Aucun écrit ou témoignage littéraire, ni inscription n’ont jamais été retrouvés. Néanmoins cette restauration a mis en évidence des couleurs sur les tissus, invisibles à l’œil nu. Les filtres UV et LED ont conforté une peinture bleue en bas du manteau, typique de l’antiquité, ainsi que des pigments céruléens sur les ailes, comme des effets d’ombrage. Même si la Victoire de Samothrace n’a pas tout dévoilé, le chef d’œuvre a retrouvé sa place, au Louvre, et entend continuer d’y régner.

Exposition jusqu’au 9 novembre au Musée du Louvre, salle des 7 cheminées, Aire Sully. www.louvre.fr

A retrouver dans le mensuel Service Littéraire