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Publié par Isabelle Kévorkian

http://isabelle.kevorkian.over-blog.com
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Création : Christian Boltanski et Hans Ulrich Obrist, rejoints par Chiara Parisi

Lorsque l’on a déjà offert ses battements de coeur à Christian Boltanski, lors de son exposition #Monumenta #Personnes, pour ses Archives du Cœur inaugurés lors du Art Setouchi Festival ; Que l’on est parti en pèlerinage au Japon, au cœur d’un îlot du Pacifique pour vérifier où ces battements nous survivraient, plus fort qu’une descendance qu’un roman qu’une production artistique pérenne et atemporelle ;

Que peut-on encore #swapper ?

N’a-t-on pas atteint l’acmé du partage ? le cœur-offrande dans un musée ? le cœur qui bât, sublime œuvre-d’art ?

Christian Boltanski décidément questionne. Sur l’enfance, la famille, le singulier-pluriel, la shoah, l’identité, la vie la mort, à travers l’art contemporain et ses happenings désormais célèbres de-par le monde. Avec Personnes, il avait installé cette pyramide de vêtements qui montait jusqu’au cieux, dépassant le sommet de la Nef du Grand Palais. Au-dessus, une pince géante et rouge comme le sang, saisissait des vêtements de manière aléatoire et les faisait retomber ici ou là. Le jugement dernier. La valeur d’une vie humaine.

Aujourd’hui à travers #TakeMeImYours, il interroge sur la valeur de l’art. Qu’est-ce que l’art ? Combien vaut une pièce artistique ? Existe-t-il seulement une réponse audible et raisonnable ?

Le concept de Take Me I’m Yours, conçu il y a déjà vingt ans à La Serpentine de Londres par le même Christian Boltanski, n’a jamais été aussi actuel, alors que l’art est mondialisé banalisé vandalisé. Incompris trop intellectualisé mal interprété (mé)jugé. Sa proposition de valeur est dévoyée, son contenu ignoré. A l’heure d’une économie réinventée autour du partage, en particulier grâce aux vertus des réseaux sociaux et cette nouvelle forme de solidarité sans frontière, Take Me I’m Yours prend une autre dimension, une couleur vive et tranchante.

L’idée est simple, sous-tendue par la générosité. Venez comme vous êtes (ce slogan ne serait-il pas déjà utilisé ?), prenez partagez offrez donnez, et repartez avec le fruit de votre #swap ou #troc. J’ai #swappé donc je suis.

Sers-toi et wappe.

Après mes battements de cœur, déjà en accès libre au cœur de l’archipel (ArtChipel ?) de Shikoku, sur ce rocher isolé appelé Teshima, que pouvais-je bien laisser comme trace cette fois-ci ? Même si vous avez à disposition des #toureiffel miniatures, des bonbons journaux cartes postales marque-pages, des morceaux de squelette en sucre, des bagdes Gilbert & George ou des tableaux ; Même si vous avez la possibilité de laisser votre image grâce au photomaton installé qui crachera 4 photographies d’identité (pour le coup, la valeur est de 1 euro) ; Même si les vêtements de #Personnes sont installés en deux pyramides ou éparpillés sur le sol … #Be Quiet ; Même si vous avez la possibilité de tenter votre chance à la pêche à la ligne, ou de vous faire photographier aux côtés de Christian Boltanski, Marianne Faithfull ou Zahia… Vous pouvez aussi ramener une pièce à conviction de chez vous, qui raconte votre intimité, votre personnalité, votre identité. Car au fond, c’est cela la valeur de l’art : ce que vous exprimez et qui vous raconte.

Ce soir-là, du vernissage, je n’ai rien prévu de particulier. Je suis venue comme je suis (j'y tiens), sac et carnet de notes en main. Toujours un carnet de notes. Il y a Gwen sur une chaise, face à une table. Entre ses mains, un ouvrage qui date : « Les sonnettes, ou les mémoires de Monsieur le Marquis d' **** » préfacé par Guillaume Apollinaire (Tchou éditeur). Un ouvrage minuscule, couverture noire, pages qui sentent le temps qui passe et les mots qui restent. Je propose à Gwen, sans y croire : « Chiche, je swappe » -Il répond : « En échange de quoi ? le principe … » -Je poursuis : « Mon carnet de notes, sur lequel j’ai quelques phrases d’un roman à venir, les notes d’un discours prononcé et surtout … le cheminement intégral de la création de société, qui remonte à cet été, des coordonnées, bref : le basculement d’une vie » -Il accepte : « C’est fort, vous êtes sûre ? » -Moi : « Certaine, c’est créé, et peut-être, si quelqu’un peut me relire, et délier les méandres de mes brouillons et de mon écriture aléatoire qui passe d’une phrase romanesque à une procédure administrative, c’est une belle transmission, dont je suis fière ».

Gwen accepte, nous #swappons. Le premier #swap de la soirée … Symbolique, premier troc, ou le basculement d’une vie à une autre. Boltanski invite à l’extrême, sans retour possible, pour mieux avancer.

Voilà peut-être un prix pour l’art. se délester. Passer d'une vie à l'autre.

Entre parenthèses, Gwen est le prénom de l’héroïne de mon premier roman, écrit au masculin. Une bascule, déjà. Féminin-masculin. Ecrivain. Gwen qui signifie lumière blanche, comme celle qui appelle à traverser vers la prochaine vie. Ce lieu inconnu qu’il n’est pas possible de nier, qui comporte déjà un peu de nous. Voilà ce que vaut l’art.

A la fin de l’exposition, tout aura disparu et l’Hôtel de la Monnaie de Paris, rénové, sera redevenu ce lieu hors du temps, à la fois somptueux et austère, immense et intime, industriel et d'exposition, baroque et paradoxal comme l’idée de fixer un prix à l’art et à la vie.

L'exposition est très organisée. Le silence respectueux face à #Personnes reconstituées. Puis les chansons composées par Yoko Ono ou Franck Krawczyk. Servez-vous, ou sers-toi : dépose dans ton sac #TakeMeImYours ton butin, ce que tu vas troquer #swapper. Cela commence dès le quai Conti, chez le bouquiniste Pascal Corseaux, et les artistes saxpublishers. Puis l’escalier d’honneur, sur lequel quelques surprises sont disséminées. Ouvre l’œil. La valeur de l’art commence peut-être par cela : l’attention portée. A soi aux autres.

Avant de partir, sur les coups de minuit, je retourne saluer Gwen. Qu’est devenu mon carnet de notes ? Il l’a #swappé et encore après, la chaîne a continué. La mécanique est en route. Avant que minuit ne retentisse, sur sa table, il a une plume à troquer à présent, petite et légère, comme l’envol.

Et si c’était celui-là le juste prix de l’art ? Celui de l’envol vers la liberté ?

TakeMeImYours, jusqu’au 8 novembre à la Monnaie de Paris : tout doit disparaître, qu’on se le tienne pour dit.

Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
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Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
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Take Me I'm Yours à la Monnaie de Paris
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