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Publié par Isabelle Kévorkian

Valley of love (1h31), de Guillaume Nicloux

Quel courage ! Quelle finesse ! Quelle élégance ! Quelle splendeur ! Depardieu et Huppert dans leur propre rôle, et à la fois composant ce mari et cette femme aujourd’hui séparés. Un couple divorcé, réuni par leur fils décédé, qui les a conviés au creux de la vallée de la mort en Californie sous une canicule qui altère et gondole tout, sans une mesure d’ombre. Il les attend, pour un dernier tête-à-tête. Il l’a écrit, dans une lettre, avec des intentions qu’ils devront suivre avec soin, selon un parcours presque inhumain. Une torture.

Leur premier échange donne le ton. Huppert à Depardieu : Tu vas bien ? Tu as un peu grossi non ? -Lui : Oui. -Elle : Et … ça va ? -Lui : Comment veux-tu que ça aille ? Il est si gros qu’il transpire au moindre geste esquissé, il peine à respirer, à se mouvoir. Il incarne ce père qui a perdu son fils, Guillaume, parce qu’il n’a pas su être présent, remplir son rôle. Il ne triche pas, ne fuit pas : c’est évidemment en partie de sa faute. Elle, Huppert, ne triche pas davantage, ni ne fuit ou ne se ment. Elle vient par ailleurs de perdre son père. Elle est friable.

Pas une seconde, l’on ne versera une larme à la vision de ce film qui nous saisit d’émotion. Il n’y a aucun pathos, malgré la douleur de la réalité qui rattrape la fiction. Tous deux forcent l’admiration. Ce ne pouvait être qu’eux. Eux deux à pouvoir endosser ces rôles, qui oscillent entre raison et irrationnel, justesse et démesure, parce que l’on se raccroche à ce que l’on peut au décès d’un enfant, surtout au beau milieu de nulle part, de ces rocs sans prise, de ces paysages arides et secs, austères et âpres comme la vie.

L’on se dit, à la sortie que pour l’un comme l’autre, il y aura, il ne peut y avoir qu’un avant et un après Valley of Love. Que Gérard Depardieu va nécessairement se ressaisir après ce film, redevenir ce flamboyant acteur, parce que sous son apparence titanesque, il y a ses failles qui se referment peu à peu, beaucoup de tendresse, et plus loin encore, il lui reste son panache, sa verve, son éclat, sa grandeur. C’est un monstre, un géant. Personne ne saura jamais l’égaler, et à présent que l’on en est tous conscients, peut-être peut-il lui-même s’en convaincre et se laisser aller à prendre soin de lui, et des autres. Quant à Isabelle Huppert, elle surprend. Elle joue sur un autre registre, plus authentique que d’habitude, moins "exagéré". Comme si se retrouver aux côtés du talentueux Monsieur Depardieu lui rendait, elle aussi, une superbe un peu délaissée, une présence qu’elle avait peut-être mise de côté par facilité. Ils traversent ce film bouleversant avec une aisance incomparable, et nous embarquent. Soudain la salle se rallume, sans que l’on ne nous ait prévenus. Il est temps de les abandonner à leur intimité, dans cette vallée de la mort, qui réveille à la vie. Il est temps de partir, sans un bruit.

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