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Publié par Isabelle Kévorkian

Amy le film de Asif Kapadia

A peine sorti de son #GPcineELLE, pour lequel le verdict des lectrices est attendu en septembre, le magazine ELLE France avait convié, mardi 7 juillet par l’intermédiaire des réseaux sociaux un panel d'abonnés à assister en avant-première au documentaire consacré à la chanteuse Amy Winehouse. Morte d’une overdose à 27 ans, à l’instar de Jim Morrisson, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Brian Jones, et d’autres encore. Tous brillants. Ils ont donné leur mort, leur jeunesse, leur insouciance et leur talent à ce tragique club des 27.

La dernière réplique du documentaire pourrait résumer ces carrières. Amy pose cette question : Je chante bien ? –Oui –Je rendrais tout pour marcher tranquillement dans la rue.

Elle était cernée, éblouie de flashs et de journalistes vipérins, d’un entourage sangsue et démoniaque, qui l’a tuée.

Dès l’enfance, il y a déjà des répliques éloquentes, comme si son destin était tracé. Comme si tous, autour d’elle, le savait sans oser l’avouer, ou de manière serpentine, tout en sous-entendus. Celle-ci par exemple : « A 18 ans, elle a déjà le talent d’une chanteuse de 65 ans ; Qu’en sera-t-il à 25 ? »

Eh bien voilà : à 25 ans, elle sera droguée et possédée par l’alcool, fragile et vulnérable, anorexique ou boulimique. Son cœur lâchera deux ans plus tard.

Le monde entier l’a piégée, depuis son père qui abandonne sa famille lorsqu’Amy n’est qu’une gosse bien trempée –ce qu’elle demeurera jusqu’à la fin, ses managers, les maisons de disques, le public, ses amis, Blake, son amant sulfureux devenu son mari, qui sans elle n’aurait jamais trouvé le financement pour sa dope et son rehab réussi. No no no.

Dans le ELLE du 3 juillet, la journaliste Florence Tredez consacre une page à ce documentaire, et termine avec ces mots : « De ce gigantesque gâchis d’une artiste surdouée promise à la plus brillante carrière, on ne voudra retenir qu’une image, une photo même, où elle sourit, heureuse, sur un bateau, tout juste mariée à son Blake ». Eh bien chère Florence Tredez, en employant ce « on » vous semblez nous intégrer à votre point de vue. Permettez-moi de donner le mien, car je tiens à m’exclure de ce « on ».

D’ailleurs Isabelle Adjani le recommande dans un film culte : « On est un con ».

Pour ma part, ce que je retiendrais d’Amy Winehouse, dans le documentaire qui brosse le portrait d’une jeune fille talentueuse et vampirisée, qui n’a plus d’autre alternative que de mourir parce que personne ne lui propose autre chose ? Deux images. Celle de son enregistrement avec son idole, icône du jazz, qu’elle appelle papa par mégarde, Tony Bennett. Elle frétille, dans son pull jacquard, comme une enfant qui attend ses cadeaux le soir de Noël. Elle est agitée comme une adolescente la veille des résultats du bac. Elle ne veut pas décevoir Tony Bennett, qui lui fait ce don inouï, de partager une chanson et un microphone avec elle. Cette autre image, sans doute la plus importante. Celle où elle se trouve en compagnie de ses amies d’enfance, Juliette et Karen. Trois sourires sincères, sains et honnêtes, que les années n’altèreront pas. Deux amies qui ont alerté. Qui ont été ignorées. Elles avaient compris l’issue fatale. Elles ont été morguées.

Ce documentaire révèle une Amy Winehouse dont nous ne découvrons pas grand-chose, finalement. Elle avait déjà été mise à nue intégralement. En revanche la force du film réside dans ce pouvoir étrange qu’il dévoile, celui de l’amitié : robuste et impuissant à la fois.

Ses amies et la musique jazz, dans sa plus pure expression, étaient pourtant les deux seuls choix déterminés d’Amy Winehouse. Les seuls à avoir été occultés, bafoués, piétinés.

Alors oui, c’est un gâchis foudroyant, et merci Monsieur Asif Kapadia d’avoir osé ce tournage vertueux et sobre. Espérons que les spectateurs se rendront au cinéma pour de nobles motifs. Amy Winehouse est morte, sa musique demeure, comme ses amies.

Amy écrivait ce qu'elle vivait, pour aller mieux.

Bande-annonce

Site du film

Bande-annonce #AMY

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