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Publié par Isabelle Kévorkian

L’Appel de Londres au Théâtre de la Gaîté Montparnasse

Non, la bande originale n’est pas ”Calling London”, même si L’appel de Londres s’est imposé pour François, 47 ans célibataire sans enfants et écrivain sans succès aux souliers croco rouge écarlate et pantalon turquoise en velours ; Jean-Christophe, trader sans vergogne costume-cravate-bleu-blanc-sérieux ; et Charles, avocat en propriété intellectuelle sans scrupule en jeans-boots-veston. Portraits de français. Ils se retrouvent, ce soir de 14 juillet au bar-restaurant tenu par Marianne éblouissante parisienne aux chevilles à se damner dans ses escarpins vertigineux. Seuls, sans autre client importun, sous les fanions bleu-blanc-rouge, les voilà qui s’attablent sans se connaître, devant un saucisson, une baguette et une bouteille de vin blanc français (ou deux, peut-être même davantage). Et nous ?

Eh bien, nous sommes conviés à cet apéritif préparé au débotté par Marianne, en toute convivialité ; Eclats de rire, sentiments de révolte et de dépit partagés.

Marianne. Plus qu’un prénom : un emblème décliné sur les bustes de nos communes et sur les timbres d’usage courant. Marianne, symbole de liberté, de solidarité, de fraternité, d’égalité, de justice et d’équité, de droits de l’homme. C’est précisément ces valeurs que sont venues retrouver nos trois hommes dans la capitale britannique. En France, ils avaient soudain perdu tout repère, et une bonne partie de leur fric, assommés par une fiscalité trop gourmande à leurs yeux.

La bande originale de cette pièce écrite par Philippe Lellouche pour ses fidèles compagnons à la ville comme à la scène : Christian Vadim, David Brécourt, Vanessa Demouy, est « Big Bisous ». Oui. « Big Bisous » : Approchez ! Personne n’a oublié la fantaisie et la bonne humeur de Carlos. Contagieux.

Peu à peu, les intentions premières de nos quatre français, réunis dans ce bar chaleureux de Londres, avec ses nappes-à-carreaux typiquement french touch, vont se fissurer, leurs certitudes se réviser. Bientôt leur exil ne fera plus sens, above the Channel.

La France, c’est Marianne, un saucisson, du pain et un ballon de blanc ; C’est aussi la Tour Eiffel et Carlos. Parfois, tout cela manque et mérite que l’on s’y attarde, que l’on se raisonne, que l’on se remette en question.

Une pièce de potes, par des potes, pour des potes. Une bande soudée, dont la complicité et les jeux de regards tendres, jaillissent de chaque mot prononcé. Une pièce alerte, les mouvements dans ce bar sont orchestrés comme un ballet. Ça virevolte. Les vannes sont crues : à la française, et cependant jamais vulgaires. Une partition enlevée et rythmée, avec ses crescendo, ses silences, ses decrescendo, ses tempi qui alternent avec justesse jusqu’au point d’orgue. Car il y a énigme : ces français installés à Londres sont-ils à leur place ? Il y a aussi intrigue : Marianne, figure centrale, va révéler chacun d’entre eux. Et l’amour bordel ? Voilà un autre atout français… Le cœur de la belle Marianne est-il libre ?

On a grandi avec Vanessa Demouy, aux côtés de David Brécourt, accompagné Christian Vadim et suivi Philippe Lellouche. On a passé nos samedis après-midi, tous, sans en manquer un seul, devant nos postes de télévision, pendant des années, soleil ou pas. Nos soirées aussi. Nos après-midi ciné, et pendant que l’on était dans la file d’attente, on reluquait les premières leçons d’Aubade en quatre par trois. Et soudain, on est là, avec eux. Là, dans ce bar. L’air de rien, comme ça. Mais attention, sous couvert de plaisanterie, il y a la France dans toute sa subtilité et sa grandeur. On s’est bien fait piégés. Une mise en scène efficace de Marion Sarraut, ni trop, ni pas assez. Le bistrot par excellence, celui où l’on aime à se retrouver. Conversations de comptoir ? Pas si sûr… Ne jamais mépriser ce qui se dit autour du zinc.

Prolongations exceptionnelles, au théâtre de la Gaîté Montparnasse, et en tournée dans toute la France.

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