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Publié par Isabelle Kévorkian

#expoJPG
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De la banlieue Sud de Paris, où il a vécu une enfance solitaire au Grand Palais, en passant par le Palais de la découverte qui a abrité son premier défilé : itinéraire de l’enfant terrible de la mode. Tous les chemins étaient destinés à converger vers ce Grand Palais pour Jean-Paul Gaultier, couturier français au rayonnement international. Davantage ? Oui, artiste, même s’il s’en défend : « Je ne suis pas un artiste, je cherche plutôt à inventer en permanence, me nourrir d’influences, réaliser des associations d’idées et des connexions qui se transforment en interprétations personnelles ». Pourtant, qu’il le veuille ou non, Jean-Paul Gaultier est un artiste, et il est aujourd’hui célébré de son vivant dans un musée, aux côtés de Diego Rodriguez de Silva y Velazquez. Deux époques, deux pays, deux genres, deux formes créatrices et pourtant, un sens semblable des lumières, une esthétique du vêtement pas si différente et un engagement militant qui suinte. Tissus, pierreries, broderies, étoffes rares et soyeuses, luminosité réunissent naturellement, et contre toute attente le peintre de l’Espagne à son apogée et le couturier français inventif et généreux. Deux personnalités qui se caractérisent par leur humilité, leur manière singulière de révéler les différences pour mieux les comprendre, leur liberté créatrice, leur souci du détail qui dit beaucoup. Comme Goethe. L’un peint les nains et des bouffons aux côtés des enfants de la cour d’Espagne, et des rois. L’autre fait défiler des mannequins blancs, noirs, petits, gros, souriants ou qui mâchent du chewing-gun, et c’est précisément cette audace qui les rend populaires.

Jean-Paul Gaultier s’invite donc au Grand Palais car c’est cela la mission d’un musée, comme le souligne Jean-Paul Cluzel, son président : "s’adresser à tous les publics, proposer les formes de cultures les plus riches et variées, des hommages et des témoignages qui fédèrent. Démocratiser l’art". C’est aussi l’ambition de Jean-Paul Gaultier qui a toujours conçu la mode sans frontière. Il fait appel à des mannequins de toutes origines, il créé pour Madonna, Lady Gaga, Nabila ou Conchita Wurst. Il aime les A majuscules, mais pas que. Perçu comme le créateur de « toutes les différences, toutes les textures de peau, tous les corps, qu’ils soient maigres ou forts, toutes les voix, les démarches, les tailles, les métissages, les allures ; c’est l’addition de toutes les beautés qui m’intéresse ! ». Il se nourrit des influences les plus originales et variées, depuis sa grand-mère, la première de ses muses, grâce à laquelle il a pu explorer le corset avant de le remettre au goût du jour, ou Micheline Presle dans Falbalas qui a orienté sa carrière, après avoir réalisé quelques expériences sur son ours en peluche, première pièce à conviction. Il avoue avoir eu cette chance inestimable de bénéficier d’une grande ouverture d’esprit dans sa famille, qui se préoccupait d’abord de son bonheur. Le jour où il leur a présenté son premier petit ami, ses parents ont juste voulu savoir s’il était heureux. Il l’était, cela suffisait. Cela lui a permis de s’assumer, de ne pas avoir à se renier, à nier qui il était. Pourtant, il avoue avoir menti dans son enfance, et même volé avant de provoquer, pour « satisfaire mon besoin de reconnaissance, j’avais besoin d’être aimé ! ». Car enfant, il était incompris, lui-même hésitant sur ses choix. Il dessinait plutôt que d’étudier, et a souffert des coups de règles sur les doigts. Une prof lui a intimé l’ordre de faire le tour de l’école avec ses dessins en guise de punition. Elément déclencheur : soudain, il était remarqué pour son talent, et cet épisode perçait la bulle dans laquelle il se renfermait.

Plus qu’une exposition, il s’agit des confessions d’un surdoué de la mode. Un événement hors normes, composé de photographies personnelles ou de professionnels. Pierre & Gilles, notamment à qui l’on doit cette affiche pleine de panache, tout à fait retouchée. C’est cela la flamboyance de Jean-Paul Gaultier : les améliorations et le culot ! Ch-Ch-Ch-Ch-Changes. Il a été punk et l’exposition démarre à Londres. Il précise à ce sujet que « bientôt un mouvement punk va réveiller la société, car il en est le miroir ». Il a été mystique et auréolé. L’exposition se poursuit dans le brouhaha d’un défilé extravagant. Chaque modèle est présenté par la voix chaleureuse, grave et sensuelle de Catherine Deneuve, devant une assemblée de people sans visage mais sans ambiguïté quant à leur identité. Un autre show met en lumière des mannequins animés, dont Jean-Paul Gaultier en personne, qui introduit le happening. Les yeux de chaque mannequin nous scrutent, plongent dans notre regard, nous suivent et le travail réalisé impressionne. Les pièces présentées couvrent toute la palette créatrice du couturier, des jupes pour hommes et marinières, ses foulards, le velours, le taffetas, la soie, le cristal, les plumes, les armatures, du prêt-à-porter à la haute couture, pour hommes pour femmes pour androgynes, c’est pop rock extravagant et romantique. Ses muses prennent une place importante. La place de la coiffure, exceptionnelle, et de l’accessoire, raffiné et surprenant. La boîte de conserve, le flacon de parfum. L’homme est fétichiste. Il nous ouvre aussi les portes backstage, et l’on découvre les dessous de la création et de la conception d’un défilé de mode, jusqu’à son organisation.

« Créateur non conforme cherche figure non commune » constitue l’une des annonces qu’il avait rédigée dans Libération pour l’un de ses défilés, et cette formule pourrait résumer Jean-Paul Gaultier, qui travaille au service « de toutes les égalités, les handicaps, les races, la tolérance, l’intégration ». Nous sommes bien au cœur de ce super-défilé, conçu comme une « grand-messe solennelle » mais aussi comme un endroit sophistiqué où tout le monde a sa place : « Sois belle et tais-toi n’a aucun sens, il faut sortir des stéréotypes ! ». Jean-Paul Gaultier est beau, il est éloquent, un virtuose de la mode qui demeure innocent, qui ne triche pas, qui révèle une sagesse et une humanité rares. Suffisamment pour faire l’objet d’une exposition dans un musée, aboutie d’un point de vue technologique et à couper le souffle par sa mise en scène et ses éclairages. L’occasion de passer d’une réalité triviale, en perte de repères, au rêve somptueux.

www.grandpalais.fr

A retrouver : l'émission consacrée à Jean-Paul Cluzel par Le Supplément de Maïtena Biraben, sur Canal+. Un portrait, réalisé notamment lors du vernissage de l'exposition, qui a constitué un moment de partage émouvant avec Jean-Paul Cluzel et Jean-Paul Gaultier sur les Arméniens de Paris, majoritairement installés en banlieue sud et au Kremlin-Bicêtre en particulier...

Canal+ : Le Supplément

Conférence de presse #expoJPG au Grand Palais
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Conférence de presse #expoJPG au Grand Palais

Conférence de presse #expoJPG au Grand Palais

L'occasion d'un échange sur les Arméniens du Kremlin-Bicêtre

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