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Publié par Isabelle Kévorkian

Digging Chami
Digging Chami

Alexis Avakian est saxophone ténor. Son premier CD « Digging Chami », qu’il dédie à son arrière-grand-mère, vient d’être élu Révélation Jazz magazine. Digging signifie qu’il convient d’approfondir (Diggin : Madame ; To dig : approfondir) et Chamirane est un prénom d’origine Iranienne qui signifie « Mon nom est grandeur », Reine d’Assyrie. Ce CD évoque cela : rendre hommage à l’histoire familiale. Née à Adana en 1907, Chamiran fuit le génocide arménien. La Grèce l’accueille. Elle y rencontre son époux, exilé à la nage et récupéré par un bateau. En 1928, la famille débarque à Marseille. Ses grands-parents se rencontrent et s’unissent en France. Son grand-père est un farouche gaulliste. Pourtant en 1947, la famille repart dans son pays, l’Arménie. La mère d’Alexis voit le jour à Kirovakan. Puis de nouveau : l’exil. Les conditions d’existence en Arménie soviétique ne sont plus audibles. 1975 : la famille s’installe à Marseille. Une forte concentration d’Arméniens et une intégration silencieuse font de cette immigration un exemple. Pour autant, le racisme à l’encontre des Arméniens, Alexis s’en souvient. On les traitait de « Arpar » (poubelle). Qu’importe. La diaspora se rassemble. A Kirovakan, sa mère jouait du Qânun, équivalent d’une harpe, sur une table d’harmonie trapézoïdale posée sur les genoux. Elle était membre de l’orchestre de la radio de Kirovakan. Alexis grandit avec la musique. A Marseille, il apprend le piano. Puis s’essaie à la guitare avant de choisir le saxophone. Dans le quartier Arménien de Marseille, David Ohanessian, un ami de la famille étudiant au conservatoire, lui enseigne le solfège, lors des pique-niques qui réunissaient jusqu’à 40 familles arméniennes. Alexis travaille de manière acharnée et compulsive la musique, pour contrebalancer une scolarité qui ne le concerne pas. Il fréquente le milieu du jazz et s’imprègne, très jeune, de cette culture. Lorsqu’il débarque à Paris, avec son premier prix de la classe de jazz du conservatoire de Marseille, il ne ressent aucun dépaysement. Il prend part aux « jam sessions », et rencontre ceux qui formeront le Alexis Avakian Quartet : Fabrice Moreau, Ludovic Allainmat et Mauro Gargano. Entre eux, la complicité est immédiate, « télépathique ». Alexis Avakian partage avec son groupe l’idée d’intégrer le folklore et la culture arménienne. C’est ainsi que le doudouk, instrument traditionnel arménien trouve sa place entre le piano, la batterie, la basse et le sax ténor. Alexis Avakian joue pour rendre hommage sa famille, et exprimer la fierté qu’il ressent : « Grâce à eux on a réussi. On leur est redevable. On ne vient pas d’un exil, on est en France, imprégné de différentes cultures qui forment une unité à travers le jazz ». Son album est conçu comme un puzzle avec des références sibyllines à cette histoire intime, et à ses proches. Chamiran, donc, sa fille Zoé, son beau-fils Zef, son épouse qui a inspiré « Aware ». Un disque de partage et de transmission, qui s’inscrit dans une tradition de l’oralité : « Cet album ne m’appartient plus, chacun à présent se l’appropriera et cependant, il constitue une trace solide, pérenne, durable, qui me correspond, qui rend hommage à ma famille, bien plus durable qu’un nom sur une tombe ! ». L’album « Digging Chami » comporte neuf titres, nombre porte-bonheur pour les Arméniens : il exprime la famille, présent sur l’arbre de vie ou le ventre des figures féminines. Alexis n’entend pas s’arrêter là. Il réfléchit à un nouveau projet visant à créer des passerelles musicales entre la France et l’Arménie autour du jazz de John Coltrane, associant le folklore arménien. Sa manière de se réapproprier les terres de ses ancêtres, et d’exporter son succès auprès de ses aïeuls et des jeunes générations.

http://www.alexisavakian.net/

Le Quartet a initié une collaboration avec le joueur arménien de doudouk, Artyon Minassian. A l’occasion de leur concert à Rueil-Malmaison (92), où Alexis Avakian enseigne la musique, en novembre dernier, Artyon Minassian était indisponible, remplacé par Pierre Bédrossian. Sorte de hautbois, le doudouk est construit en bois d’abricotier avec un savoir-faire d’orfèvre. On n’en trouve qu’en Arménie, à Erevan en particulier, où Pierre Bédrossian se rend au moins une fois par an. Composé d’un corps cylindrique, il est surmonté d’une anche particulière, un canon de roseau incisé sur les côtés. Cette configuration permet au souffle de produire une vibration, puis un cri jusqu’au son. Le doudouk n’a pas de clés. Tout passe par l’oreille, en quart ou demi-ton. Pour parvenir à ce résultat, le travail des doigts sur les trous nécessite agilité et concentration. Des jours de répétition permettent d’atteindre la juste modulation. Pierre a commencé la musique à l’âge de 7 ans. D’abord la guitare, puis le hautbois, et le doudouk, cet instrument qui compose le folklore arménien, prisé lors des cérémonies, en particulier les sorties d’églises. Cannois, il a fréquenté les écoles de musique de la méditerranée, tout en poursuivant ses études à l’école arménienne de Cannes. Rescapés du génocide, ses grands-parents paternels ont été parmi les premiers à célébrer leur mariage à l’Eglise arménienne de Nice, en 1929. Ses grands-parents maternels, de leur côté, ont fui en Palestine. Pierre a été baptisé à l'Eglise Apostolique Arménienne de Jérusalem. Un mélange inouï, que traduit son jeu sensible, support d’émotion au jazz du Quartet Avakian. Un mélange doux et subtil, mélancolique et joyeux. Pierre Bédrossian a joué à New-York, salle Cortot à Paris, en Europe. Il est aussi hautboïste et doudoukiste au sein du Navasart Orchestra / Ballet. Dans le cadre du centenaire du génocide des arméniens, Pierre Bédrossian se produira le 25 avril, salle Gaveau, au concert d'Adam Barro et fera partie, le 21 avril prochain, de l'événement exceptionnel accueilli par le Théâtre du Châtelet : Armenian World Orchestra et le chœur Gulbenkian.

Un concert pour la vie, mémoire et transmission, « éphémère et éternel » pour les 100 ans du génocide perpétré par le gouvernement jeune-turc en place à l’époque, au sein de l’Empire Ottoman. Deux ans de travail auront été nécessaires pour aboutir à cette formation unique : Armenian World Orchestra (AWO) et le chœur Gulbenkian. L’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB) est à l’origine de ce projet dément, sous le Haut Patronage du président de la République Française, François Hollande, du président de la République d’Arménie, Serge Sargsian et de Sa sainteté Garéguine II, primat de l’Eglise Apostolique arménienne.

Une ambition : « rappeler que le peuple arménien n’est pas mort, et qu’il sera là demain ». Un message porté par des musiciens de tous horizons, sous la direction du chef d’orchestre d’origine arménienne, Alain Altinoglu. Avec en prime une création mondiale commandée à Michel Petrossian, lauréat du Grand Prix International de Composition Reine Elisabeth 2012.

Le concert a reçu le soutien de la Mairie de Paris qui poursuivra les commémorations à travers une exposition sur le génocide arménien, dès le 22 avril. Il sera capté par France2 et retransmis en direct sur France Musique et Radio France, il sera diffusé aux Etats-Unis et en Arménie. Précisons que s’il a lieu le 21 avril, et non le 24, c’est pour des raisons d’agendas des artistes invités. A retrouver dans le prochain numéro d’AZAD magazine.

www.chatelet-theatre.com

le doudouk, Pierre Bedrossian en tenue arménienne au doudouk, et l'affiche du concert du centenaire AWO
le doudouk, Pierre Bedrossian en tenue arménienne au doudouk, et l'affiche du concert du centenaire AWO
le doudouk, Pierre Bedrossian en tenue arménienne au doudouk, et l'affiche du concert du centenaire AWO

le doudouk, Pierre Bedrossian en tenue arménienne au doudouk, et l'affiche du concert du centenaire AWO

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