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Publié par Isabelle Kévorkian

Théâtre : "Valentina", avec Coralie Emilion

UValentina est née pour l’amour. Elle a 16 ans lorsqu’elle rencontre celui à qui elle demandera de devenir son époux. D’emblée, elle l’aime. Elle l’aime tant, qu’elle ne craint rien. Non, Valentina n’a pas peur, parce qu’elle aime son mari. Elle n’a pas peur, même quand il est appelé, après la catastrophe de Tchernobyl. Même alors, Valentina n’a pas peur. Lorsqu’il revient chez eux, Valentina n’a toujours pas peur. Parce qu’elle aime son mari. Et cet amour si intense la porte et la rend confiante. Valentina est tout uniment tournée vers cet amour, qu’elle partage avec leurs deux enfants. Même quand le cancer apparaît, et défigure son mari, elle continue de l’aimer. « L’homme que j’aimais tellement que je n’aurais pu l’aimer davantage que si je l’avais mis au monde moi-même, se transformait devant mes yeux en monstre ». A l’époque, il était impossible de pressentir les ravages que causerait Tchernobyl. Pourquoi Valentina Timofeivna Panassevith aurait-elle eu peur ? L’homme qu’elle aimait si fort ne craignait rien.

Valentina, c’est une autre rencontre. Avec Coralie Emilion, qui a créé Honorine productions, et décidé d’adapter ce témoignage. L’un de ceux réunis dans « La supplication » de Svetlana Alexievitch, publié chez Jean-Claude Lattès, qui racontent avant, pendant et après Tchernobyl, et comment on meurt après Tchernobyl. On meurt mal après Tchernobyl. Coralie incarne Valentina, qui semble s’être emparée de la comédienne pour porter son message. Comme un acte de résistance, politique, en plus d’être une Ode à l’amour. Il n’y a pas de décor, à peine quelques lumières tamisées, et bougies à terre. Juste la voix de Coralie Emilion, posée et sobre. Et son regard. Lumineux, incandescent et parfois absent. Elle passe du rire aux larmes, les yeux tournés vers le passé et de retour au présent, nous fixant. C’est cru et doux. Pudique et obscène. C’est vrai. Elle nous parle à nous, à chacun d’entre nous, dans la salle, comme s’il s’agissait d’une soirée entre amies. Raconter la mort de son mari, qu’elle continue d’aimer, et sa lente et cruelle descente aux abîmes, n’est même pas choquante, tant Coralie/Valentina l’exprime avec pureté, mesure, révolte dans un parfait équilibre. Valentina n’oublie pas son mari, elle n’éprouve aucun ressentiment, pas de rancœur ni d’amertume, car personne ne savait alors. Elle n’avait pas peur. A la fin, quand tout a été dit, évoqué, libéré, par la parole, il reste la vodka.

Nous, à présent, nous savons. Nous connaissons la menace. C’était il y a trente ans, mais plus près de nous, l’histoire s’est répétée à Fukushima, et le danger demeure ailleurs. Si à travers Valentina, l’amour et le théâtre, ce danger-là, cette menace du nucléaire créé un sursaut, alors Coralie Emilion aura rendu le plus bel hommage à Valentina. La pièce va se prolonger par un blog, qui se conçoit comme une résidence d’artistes en ligne. Et avec Honorine productions, dont Coralie est directrice artistique, l’ambition est « d’ancrer les projets dans l’éducation populaire ». Coralie précise qu’Honorine productions a été envisagée pour se préoccuper de « l’être humain, sa complexité ». Il s’agit moins de sujets engagés et sociétaux que d’une proposition sur la transmission, avec « la vigilance en filigrane ».

Après une programmation déjà conséquente, et régulière, de « Valentina », une nouvelle salle accueillera la représentation : le 27 avril prochain à la Manufacture des Abbesses, « pour ne pas oublier les 29 ans de l’explosion de Tchernobyl ».

https://honorineproductions.wordpress.com/

https://www.facebook.com/honorineproductions

https://twitetr.com/Honorine_Prod

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