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Publié par Isabelle Kévorkian

Exposition : Maurice de Vlaminck à Rueil-Malmaison

Après l’exposition consacrée à l’histoire en légo, moderne et inattendue, qui a accueillie 30 000 visiteurs, et les événements liés au Jubilé Impérial qui ont convaincus 70 000 personnes et affirmés la ville autour de ses axes majeurs dévolus à la culture, au patrimoine et à l’Empire, Rueil-Malmaison faite revivre la flamboyance de Maurice de Vlaminck (1876 - 1958).

Inauguration en présence de Patrick Ollier, député maire de Rueil-Malmaison

Pour la première rétrospective intégrale de l’œuvre de Maurice de Vlaminck, peintre révolutionnaire, quel endroit plus symbolique que l’espace Grognard pouvait mieux l’accueillir ? De Vlaminck a été Rueillois pendant 12 ans, et s’il est bien une caractéristique qui le démarque, c’est son refus de la bourgeoisie, de la verticalité urbaine, de l’esprit communautaire et grégaire des villes. Exposer 106 de ses toiles et céramiques (prêts publics, privés) dans une ancienne imprimerie industrielle, rachetée par Jacques Baumel, alias Saint Just, grand résistant, et maire de Rueil-Malmaison de 1971 à 2004, qu’il qualifiait de « ville de province aux portes de Paris », comment ne pas y voir un signe du destin ? Une évidence ?

Il est indéniable que Maurice de Vlaminck a contribué au rayonnement artistique de la ville des Hauts-de-Seine, comme il a marqué l’histoire de l’art.

Soutenue par le musée d’Orsay, réalisée grâce à la générosité de la fille de l’artiste, Madame Godelieve de Vlaminck et de sa petite-nièce, et grâce au concours de la Wildenstein Institute, auteur du catalogue raisonné de l’artiste, cette exposition exceptionnelle tend à proposer une vision moins sombre du peintre. La commissaire, Véronique Alemany, a veillé à reconstituer l’ensemble de la carrière de Maurice de Vlaminck, laissant la place à l’homme, pudique, que ses toiles pourtant dévoilent tout uniment : « Si tu es peintre, ne regarde que dans toi-même ». Qu’importe, il se fichait des critiques : « Je me foutais complètement de ce que l’on pouvait penser de moi ». D’abord portraitiste (prostituées...), il réalise ses autos-portraits. Influencé, il se démarque du fauvisme et « de la violence du geste et de couleurs trop pures », du cubisme, qu’il juge trop intellectuel et conceptuel. Les perspectives austères, la structure qui emprisonne le révoltent. Lui qui affirmait que « la guerre de 1914 constitue un accident cubiste », peint des toiles qui sonnent comme des manifestes contre la bourgeoisie, le conformisme, le monde industriel, les usines, le progrès. Il revendique une farouche liberté. Il s’installe à Rueil, Chatou, dans la Beauce, l’Oise, l’Eure et Loir, et peint bientôt la nature et l’espace. Retiré du monde, loin de Paris, il se recentre sur lui-même et ce qu’il perçoit. Auvers-sur-Oise sous la neige, des champs de meule, les moissons, les berges de Seine, des marines, des orages, et des natures mortes. Il peint d’instinct, vite et sans croquis, comme s’il réalisait son art depuis un cabriolet décapoté, dans une fulgurance. Sa peinture est un don, qu’il met au service de sa liberté. La providence l’accompagne : il rencontre Derain, avec lequel une discussion le convaincra que son destin est de se consacrer à la peinture. Pour vivre, il est violoniste, cela ne le satisfait pas. Ambroise Vollard le remarque et rachète sa galerie, lui offrant ainsi l’opportunité de troquer définitivement le violon pour le pinceau. Après ses périodes fauve, cubiste, Cézanienne, il peint la nature simple et les paysages. Ses toiles renferment les secrets de son enfance : ses ballades à bicyclette ou, moins romantique, la pauvreté qu’il a connue.

Parmi les œuvres exposées, le goût pour l’art primitif, africain de Maurice de Vlaminck n’est pas en reste.

Une exposition incontournable, dans une période confuse, où la liberté d’expression est mise à mal. Découvrir ou se réapproprier le destin d’un artiste libertaire, dernier peintre naturaliste de l’école française, redonne du courage. « C’est important de vivre selon l’envie que l’on a de la vie », affirmait de Vlaminck. Alors, osons.

www.mairie-rueilmalmaison.fr ; jusqu’au 25 mai

C. Bal-Parisot, directrice de l'espace Grognard, P. Ollier, député-maire de Rueil-Malmaison, V. Alemany, commissaire, O. de la Serre, adjoint à la culture

C. Bal-Parisot, directrice de l'espace Grognard, P. Ollier, député-maire de Rueil-Malmaison, V. Alemany, commissaire, O. de la Serre, adjoint à la culture

Discours inaugural de l'exposition De Vlaminck, espace Grognard

Discours inaugural de l'exposition De Vlaminck, espace Grognard

P. Krauz, Wildenstein institute et G. de Vlaminck

P. Krauz, Wildenstein institute et G. de Vlaminck

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