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Publié par Isabelle Kévorkian

#JeSuisCharlie
#JeSuisCharlie

Over-blog me rappelle de célébrer les 6 ans de mon blog « culture et communication ». Depuis la date anniversaire je me demande quel angle adopter, pour écrire un billet. Cette semaine me fournit la réponse : #JeSuisCharlie, un hashtag pour la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté des journalistes, la liberté des bloggeurs et bloggeuses.

La rédaction de #CharlieHebdo a été massacrée, mercredi 7 janvier 2015, et je me suis sentie attaquée, dans mes chairs.

J’ai entendu ici ou là parler d’un « 11 septembre français ». J’ignorais que la France s’était réfugiée dans une sorte de compétition, revendiquant son « 11 septembre », ses propres attentats terroristes.
En France, le 7 janvier 2015, une rédaction irrévérencieuse et libertaire était décimée. Elle a payé sa liberté de penser de la peine capitale.

En signe de révolte, sont apparus des dessins, caricatures, citations, photos, messages, logos, graffitis, assemblages, pliages, origamis, illuminations…
Une force inconnue m’a intimée de les compiler. De rassembler cet élan extraordinaire de créativité, de générosité, de partage et de soutien. Bientôt, 5 millions d’utilisateurs intégraient l’expression-clé #JeSuisCharlie dans leurs messages. Ces 3 mots unissent aujourd’hui des peuples qui, hier encore, ne se seraient pas adressé la parole. #JeSuisCharlie invite à lutter de manière pacifique, pour se souvenir que « le premier des droits de l’homme, c’est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail », comme le formulait Jean Jaurès.

Au début, c’était diffus : je postais sur mon blog 3 images. Pourquoi 3 ?C’était 3.

Comme la Trinité.

Comme #Je-Suis-Charlie.

Sans commentaire.

Peu à peu, j’ai décidé de les assembler par thèmes, et poster sur mon over-blog 3 images qui formaient une histoire.

Comme 3 temps.

Début, milieu, fin.

Carnage, Découverte, Stupéfaction.

Indicible, Réactions, Solidarité.

Sauf que … je me suis montrée excessive. Comme si poster ces billets relevait d’une mission, d’un devoir de mémoire qui me transcendait. J’en oubliais les lecteurs abonnés à mon blog. Mes posts saturaient leur boîte mail.

Ralentir le rythme. C’était la solution.

Pourquoi cette frénésie ?

La force de l’évidence m’est apparue. En 2015, à 3 mois de la commémoration du premier génocide du Xxème siècle, qui demeure nié, j‘ai compris. Je me suis appropriée cette tuerie, j’ai immortalisé ces images de protestation, pour compenser des repères, un passé, des racines que je ne reconstituerai jamais. Parce qu’exterminer un peuple, c’est effacer son histoire. Le peuple de mes origines n’a plus de mémoire. Parce qu’il a été contraint au silence, à la terreur, à la barbarie, islamisé de force, dont les biens et les terres ont été volés, les femmes violées et soumises à l'esclavage, les enfants tués, les intellectuels, journalistes, caricaturistes, dessinateurs, écrivains, assassinés de balles dans le crâne.

J’ai vampirisé #Charlie. Ces posts impétueux sur mon blog témoignaient de ma volonté d’accéder à la liberté de penser, d’agir, de créer, comme un tatouage (Hey !). Ces images archivées sur mon blog signaient ma résistance, mon refus du négationnisme. Relayer à outrance cette formidable communion qui se créait, unifiée par les réseaux sociaux, était ma manière de « vivre debout », de « marcher ».

A présent, il va falloir, comme pour toute situation de crise, abandonner cette ardeur. La sortie de crise est toujours délicate : une question de dosage. Se connecter à intervalles moins fréquents, choisir de ne pas enregistrer de manière systématique chaque création proposée ici ou là, laisser #Charlie organiser sa réinvention.

Je soutiens #Charlie, #JeSuisCharlie, en tant que citoyenne française, d’origine arménienne, en tant que pigiste et écrivaine, stylo en main et idées en tête.

Oui, #JeSuisCharlie et, comme moyen d’action immédiat, j’ai décidé de m’abonner à Charlie Hebdo, moi qui ne lisait pas le journal. Pour que leur histoire perdure. Pour contribuer à leur héritage et une mythologie que les générations futures pourront décliner. Pour ne pas laisser la #mort et le #silence triompher. J’ai aussi décidé de ne pas m’associer au rassemblement républicain.

Aujourd’hui, dimanche 11 janvier 2015, notre gouvernement organisait une marche contre le #terrorisme, contre la #barbarie, pour la #liberté, pour #Charlie : 46 chefs d’Etats et de gouvernements présents, 12 dirigeants d’organisations internationales, les présidents d’instances européennes. Après les familles des victimes, les politiques ouvraient le cortège dans la capitale, tous partis confondus, défilant en tant que citoyens. Les médias annonçaient plus de 3 millions de personnes rassemblées, à Paris, Bordeaux, Lyon, Brest, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Grenoble, Chambéry… Partout, sur le territoire national. Ce mouvement signifiait #JeSuisCharlie, #NousSommesCharlie, #JeSuisPolicier, #JeSuisJuif, #JeSuisAthée, #JeSuisMusulman. Il rendait hommage aux 17 personnes mortes en France cette semaine, par l‘Etat Islamique : journalistes, civils, policiers, français de confessions diverses.

Parmi les invités, des personnalités controversées étaient présentes, droites et souriantes, aux côtés de François Hollande. Comme le premier ministre turc. En Turquie, les journalistes, dessinateurs, caricaturistes, et les bloggeurs, sont muselés. Au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporter Sans Frontières, la Turquie se situe au 154ème rang sur 180. Je pourrais citer d’autres pays répressifs venus exprimer leur solidarité sur le sol français contre toute forme d’oppression, mais je suis d'origine arménienne. En colère par cette instrumentalisation qui a assombri cette ferveur humaine.

Demain : que fera notre gouvernement pour protéger ses citoyens français de la menace terroriste ? Pour réhabiliter les valeurs de la république, et la culture, inciter à brandir crayons et stylos ? Pour que les idées ne soit plus prises pour cibles par des terroristes ?

Comment s’organisera l’Europe pour repousser la barbarie hors de ses frontières, et cesser de laisser à l’Etat Islamique le pouvoir de définir les conditions de sa conquête du territoire européen ?

J’ai envie de croire que ce rassemblement ne se résume pas à l’utopie d‘une journée. Que #JeSuisCharlie vive pour la liberté, la fraternité, l’égalité, longtemps. Eternellement.

S’il ne fallait retenir qu’une image, de ce chaos ?

J’opterais pour celle de l’artiste Israélien David Kawena, celui-là même qui a dessiné la Marianne du quinquennat, co-auteur du visuel du timbre d’usage courant. Le plus petit emblème de notre république, utilisé par chacun d’entre nous au quotidien, qui relie les hommes par-delà les frontières, les confessions, les religions, les différences. Cette Marianne symbolise la jeunesse et l’espoir. Cette Marianne exprime à quel point #NousSommesCharlie, à quel point nous devons désormais, ensemble, faire exister #Charlie, au service de la #démocratie, de la #paix, de la #tolérance, dans le pays des droits de l‘homme.

Aujourd'hui Marianne a rencontré Charlie, un couple libre et révolutionnaire.

Massacre #CharlieHebdo le 7 janvier 2015

Massacre #CharlieHebdo le 7 janvier 2015

Hashtag et image #JeSuisCharlie

Hashtag et image #JeSuisCharlie

Rassemblement républicain le 11 janvier 2015 en France #NousSommesCharlie

Rassemblement républicain le 11 janvier 2015 en France #NousSommesCharlie

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