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Publié par Isabelle Kévorkian

Jean-François Spricigo
Jean-François Spricigo

Dans le cadre du mois de la photo à Paris, le 104 invite notamment Jean-François Spricigo, photographe, plasticien. L’exposition qui lui est consacrée « Toujours l’aurore » est inquiétante, évanescente, réconfortante dans la même unité d’espace de lieu de temps. Ces photos argentiques, pour la plupart en noir et blanc, pour la plupart floues, parlent, pour la plupart, de l’enfance et du rapport aux animaux. Parce que, précise l’artiste : « ce sont des êtres purs, capables de tendre une main, d’aider à se repositionner au cœur des choses de la vie, surtout en période de désarroi ». Il précise : « les enfants, comme les animaux, annihilent la crainte de la mort, du manque, de l’angoisse du lendemain, ils forment une paroi protectrice ». Je lui précise que son discours est empreint de noirceur. Il me répond que non, précisément. Son exposition se conçoit en résistance au désespoir, et il cite volontiers Brel. Il poursuit : « à travers mes photographies, on cesse d’attendre, on active les choses ». Soudain, je comprends la dimension trouble qui s’empare des images : le corps qui bascule vers l’avenir, le mouvement capturé dans l’instant, bondir pour des lendemains qui chantent. Jean-François continue : « soudain disponible à accueillir, à ces rencontres, j’ai pris ces photos dans cet état d’esprit, de dénuement, d’acceptation ». Je trouve son discours empreint de religiosité, et ses photos d’un ascétisme proche de la foi fervente. Il répond que religion signifie relier. Relier le ciel et la terre, et m’offre un sourire d’enfant et un œil malicieux. A moi de trouver dans ses clichés ma propre spiritualité, ma vision. Chacun est libre de se projeter, Jean-François Spricigo n’impose rien. Il raconte ce qu’il voit de la vie, par le prisme du tunnel de son objectif. Il fait volontiers référence à Alice, et propose une interprétation personnelle du parcours de la petite fille : « moi aussi, je regarde par le trou de la serrure et entre dans le tunnel d’Alice, mais pour aller vers le réel ». Sa démarche est étonnante, comme inspirée, illuminée, céleste. Il s’en remet au hasard, à son instinct, à un « argument incertain » ; Il ne cherche pas à intellectualiser. D’ailleurs, affirme-t-il, « la plupart du temps je ne vois pas ce que je photographie, je le découvre après ». Comme s’il était guidé, que tout se déroulait à son insu. Comme une mission. Son apparence fragile et angélique est raccord avec son discours, comme sa voix au timbre doux, en dépit d’un débit agité. Il me rappelle ces personnages romantiques du 19ème siècle. Il me fait penser à Alexandre Tharaud. Tiens tiens … le pianiste a composé une musique conceptuelle pour le film réalisé par Jean-François Spricigo, projeté à l’issue du parcours photographique. Un document visuel contemplatif, composé de silhouettes qui se succèdent vers la lumière. Un film qui allie texte (une forme épistolaire : « Cher toi » répond à « Cher moi »), voix (un travail extraordinaire sur la voix, la manière de dire, un jeu d’acteur, vertical, qui ancre), et image. Une œuvre poétique presque anachronique dans notre époque survoltée qui interpelle: « que l’espoir cesse d’une promesse ». L’on pourrait penser que Jean-François Spricigo s’est trompé de siècle, et tout compte fait, non. Il renvoie à quelque chose d’originel, d’épuré, de dénudé, un état bienheureux, qui remonte peut-être avant l’enfance encore. Il invite chacun de nous à se recueillir, à se poser un instant, pour mieux se placer dans la vie et de croire en des aurores toujours meilleures.

www.104.fr

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