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Publié par Isabelle Kévorkian

Mommy, Xavier Dolan
Mommy, Xavier Dolan

Drame (2h18), avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément

De lui, la qualification enfle dans le milieu du cinéma : « le petit génie du cinéma ». Variable : « le prodige ». Lui, c’est Xavier Dolan, 25 ans, acteur, réalisateur et producteur, artisan de ses films depuis le scénario, jusqu’à l’affiche et la bande-son en passant par un casting impeccable. Une fiche signalétique aux chiffres époustouflants : a démarré sur un plateau de cinéma à 4 ans, arrêté l’école à 15, tourné 5 films, 4 ont été sélectionnés au Festival de Cannes. Son dernier long-métrage, « Mommy », obtient le Prix du jury du dernier festival de Cannes présidé par Jane Campion, une récompense qu’il partage avec Jean-Luc Godard. Deux hommes qui créent une fracture cinématographique, qui déplacent la manière d’appréhender cette forme d’expression. Deux générations, deux époques, deux révélations.

De lui, demeure ce discours qu’il a prononcé lors de cette cérémonie cannoise, l’un des temps forts du 7ème art, qui continue d’enflammer les réseaux sociaux. Des propos qui ressemblent à ceux d’un prophète.

De lui, émane une extraordinaire lucidité, un sens de l’observation et une acuité redoutables, une manière d’aborder la psychologie de ses personnages comme s’il incarnait chacun d’eux, et en même temps il met cette distance et sa maturité au service de ses sujets.

De lui, enfin, l’on peut rajouter qu’il est un esthète.

« Mommy » est né de son désir de « venger toutes les mères », formule-t-il dans le dernier numéro du magazine ELLE, dont la rédaction a récompensé l’acteur Antoine Olivier Pilon, révélation #GPcineELLE 2014. Il n’est pas rare que les meilleurs propos sur grand écran révèlent des failles intimes, traduites avec maestria pour des personnages de fiction. Force est de constater que ces films-là, dont on sort exsangue et à la fois rempli d’espoir, sont inspirés par un sentiment de colère et de vindicte. « Mommy » n’est pas exempt de cela, bâti à partir de l’âme tourmentée de Xavier Dolan, de ses cassures, de son énergie dévastatrice.

Dans un espace-temps inconnu, un adolescent, ardent Antoine Olivier Pilon, est hyperactif destructeur : diagnostiqué TDHA. Sa mère, saillante Anne Dorval, l’élève seule, du mieux qu’elle peut, louvoyant entre crises de joies et de violences de son fils. Le tout en exponentiel. Elle rame. Toujours positive. Jamais ne juge. Ni ne baisse les bras, hésite ou s’apitoie. Elle avance, coûte que coûte. Leur voisine, prodigieuse Suzanne Clément, s’immisce dans ce couple, y apporte autant d’elle que cette mère et ce fils vont lui prodiguer. Ensembles, ils se libèrent, entre collisions et tendresse, au fil de répliques chocs « Les sceptiques seront confondus », « C’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver », et de patois canadien qui provoque des crises contagieuses de fou rire. La mise en scène donne toute la place aux acteurs, et leur aura lumineuse. Lorsque l’écran est trop petit pour quitter les ténèbres, Xavier Dolan l’agrandit. Cadeau. Illumination. Dolan, Délivrez-nous des ombres.

Cela ne suffit pas.

Cette mère va abandonner son fils. Parce qu’il ne peut en être autrement.

Une bande originale foisonnante, parfois confusante, mais comment résister aux voix gorgées de soleil de Shinead O’Connor ou de Dido ? Quelques scènes mériteraient d’être resserrées. So what ? Ce qu’il reste de ce film, c’est de l’amour, de la générosité, une ode à la vie et à l’humanité, tapie en chacun de nous. Le film fervent d’un réalisateur exalté.

Sortie le 8 octobre

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