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Publié par Isabelle Kévorkian

Ciné : Enemy de Denis Villeneuve

Thriller (1h30), avec Jack Gillenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon, Isabella Rossellini

Agoraphobe ? Arachnophobe ? Claustrophobe ? Peurs de l’enfance ? Sexualité déviante ? Un film à rendre schizophrène. Jamais autant long-métrage n’aura si bien porté son titre, tiré du roman de José Saramago, écrivain portugais, prix nobel 1998. Son sosie, meilleur ennemi ? L’araignée ne figurait pas dans l’intrigue du roman « L’Autre comme moi », où Adam, professeur d’histoire négligé et névrosé, découvre qu’il a un jumeau, Daniel-Anthony, acteur de films sans intérêt. Tous deux vivent aux côtés d’une femme blonde, peu diserte, comme un fantasme. Miroir ? Derrière il y a cette mère, Isabelle Rossellini, dont le penchant pour les insectes dans la réalité ne s’affirme pas dans ce drame. Quoique. La présence de cette araignée en fil conducteur pourrait avoir un rapport avec une mère trouble, castratrice, comme cette sculpture de Louise Bourgeois, Maman, et dans cette hypothèse l’actrice italo-américaine s’imposait. Une mère avec laquelle les comptes ne sont pas soldés. Jack Gillenhaal offre une prestation époustouflante, tantôt Adam, voûté le cheveu gras les épaules tombantes, tantôt Daniel-Anthony, droit sain sportif net, au point que l’on pourrait croire à deux acteurs distincts. Une interprétation cinématographique de Denis Villeneuve lugubre et dérangeante. La mise en scène donne le vertige ou la nausée, voire le cafard, selon les plans. Une brume verdâtre recouvre cette ville-fantôme louche, et les cadrages étourdissent jusqu’au malaise. Le film se déroule dans une cité que l’on croirait édifiée dans un monde inconnu, pas tout à fait peuplé, inquiétant et étrange. Futuriste et dévasté. Comme si une araignée géante régnait et anéantissait l’humanité et les identités. Chacun se fera son opinion sur le rôle de cette mère, et l’impact sur son (ses) fils. Fils s’écrit de la même manière au singulier comme au pluriel, cela donne à réfléchir et, sauf erreur, telle est l’ambition du film, un thriller psychologique. On en sort ébranlés, confondus comme le sont Adam-Anthony. On suffoque, interdits et désorientés.

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