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Publié par Isabelle Kévorkian

Ciné : "3 coeurs" de Benoit Jacquot

Mélodrame (1h46), avec Charlotte Gainsbourg, Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Benoit Poelvoorde

J’avoue que ce film m’a démunie : ai-je aimé ou non ce long-métrage qui explore les sentiments, les tréfonds du cœur, ce qu’il y a au bout du bout d’un cœur qui bat, qui aime, se ment, tremble et s’écorche ? Ai-je adhéré ou non à l’exercice, réalisé par Benoit Jacquot ? Je doute, sans pouvoir l’expliquer. Ce qui demeure, après la projection, c’est un sentiment tenace confus, quelque chose d’intime d’indicible, qui colle à la peau, de gênant de diffus, un élancement sourd. Dans le désordre… Il y a cette extrême lenteur au départ : l’on craint que le film ne s’étire ainsi jusqu’à la fin. Il y a Benoît Poelvoorde qui joue. Surjoue ? Un personnage et une personne à laquelle je ne parviens pas à adhérer. Il y a ces deux sœurs, criantes de vérité. Chiara Mastroianni -Sophie, qui ressemble à sa mère débutante, avant qu’elle ne devienne icône de cinéma. Dans le rôle de la biche apeurée, elle se révèle divine. Sa tenue sa retenue, ses larmes son sourire, sa naïveté désarment. Elle semble avoir 20 ans. A ses côtés, Charlotte Gainsbourg -Sylvie, un poil tête-à-claques, dans son manteau aux manches trop longues, ses cheveux filasses, ses soutifs noirs sous ses chemises négligées transparentes, sa démarche lourde, ses mots rauques. En même temps il émane de son regard une tendresse infinie, lorsqu’il croise celui de Benoit Poelvoorde -Marc. Deux sœurs aux antipodes, qui ne peuvent se passer l’une de l’autre. Le trio qu’elles forment avec leur mère, Catherine Deneuve, dont je ne cesserai jamais de louer le sens de la comédie, l'art de la dramaturgie, est crédible. Ce qui l’est moins, et là où cela se complique à mon sens, ne tient pas au sujet : oui, il apparait possible, audible qu’un homme devienne amoureux de deux sœurs, qu’il soit au courant ou pas de leur lien de parenté. Dans le film de Benoit Jacquot cela manque de vraisemblance, cependant. D’une part, il suffit d’un regard et d’une parole pour que les sœurs en question plaquent tout en une fraction de seconde, leur vie tout entière, pour épouser celle de ce Marc. Est-il donc si magnétique ? Dans la vraie vie, ces chamboulements-là ne prennent-ils pas davantage de temps, de réflexion ? Certes le cinéma réduit, voire annihile l’unité de temps et joue avec les ellipses, en l'occurrence la voix off permet bien des subtiliés. Tout de même, cela ne comporte-t-il aucune limite ? Qui plus est lorsque le Marc en question est inspecteur des impôts, pas franchement drôle, pas susceptible d’illuminer une existence, même si l’on place la situation en province, où peut-être, je dis bien peut-être, les rêves s’arrêtent aux contours du parc d’une maison bourgeoise. Admettons. N’empêche. Les deux sœurs sont prêtes à tous les sacrifices, les décisions ultimes, pour ce minable fonctionnaire méprisable. L’amour la passion : un cœur dont les pulsations ne se contrôlent plus, s’accommode-t-il de cela ? Une vie médiocre aux côtés d’un type sans saveur, sans valeur, sans rien de particulier ? Je doute et persiste.

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