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Publié par Isabelle Kévorkian

Exposition : Human Bodies

L’histoire de notre vie, de la naissance à la mort, depuis qu’un ovule (cellule la plus grande du corps humain : 0,014 cm) rencontre un spermatozoïde (cellule la plus petite). Il était une fois…. 100 à 400 millions de spermatozoïdes qui se frayent un passage depuis le pénis jusqu’aux trompes de Fallope. Leur mission : féconder au moins un ovule en 72 heures. L’enjeu : leur mort, ou la vie. Défi réussi ? L’œuf (zygote) se forme. La femme est enceinte entre 7 à 10 jours après la fécondation d’un embryon. Colonne vertébrale et cerveau existent à 8 semaines, suivis des mains et des pieds tandis que le cœur se met à battre. L’embryon évolue 90 jours après la fécondation et d’autres organes apparaissent : foie, yeux, nez, oreilles, doigts ; système capillaire (5 mois) ; les sensations, phases de réveil et sommeil sont rythmées par les battements de cœur de la mère (7 mois), enfin les poumons permettent de respirer (8 mois). Le placenta fluidifie ces étapes, nourrit en oxygène et alimente le fœtus à travers le cordon ombilical qui relie mère et enfant. C’est cette histoire-là que raconte l’exposition controversée « Human Bodies ». Censurée en France ou d’autres pays, mais visible à Barcelone. La polémique s’appuie sur le fait que les vitrines exposent de vrais corps humains, de Chinois. La Chine permet le don de corps humains entiers à des fins pédagogiques. Précisément pour cette raison, ce que l’on découvre humanise davantage et donne à réfléchir sur l’essence de la vie, ce que l’on en fait lorsqu’elle nous est offerte, ce que l’on transmet grâce à elle. Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’une réalité clinique. A chacun d’entre nous de produire son maximum pour rendre sa vie meilleure, saine, et l’observation chirurgicale des phases qui la cadencent est nécessaire pour éveiller notre conscience. Cette approche directe, à laquelle personne n’est préparée, enclenche une résonance singulière, sur le rôle du corps humain. Après la naissance d’une vie, œuvre étonnante, les salles expliquent le squelette, composé de pièces dures et résistantes : les os, grâce auxquels l’on se meut. Les os (206 pièces pour un corps adulte, dont certaines composent les articulations) constituent une protection pour les organes mous et fragiles (foie, poumons, cerveau), formés de tissu osseux qui produit les globules rouges. Chacun d’entre nous est un centimètre plus grand le matin que le soir ! La découverte se poursuit par le système musculaire, indispensable pour la locomotion, les mimiques, les postures. Les tendons cimentent muscles et os, et les nerfs transmettent les ordres au cerveau. En marchant, 200 muscles sont actionnés. Au tour du système respiratoire. Plus de 5 mn sans respirer équivaut à mourir. Où l’on apprend que la toux est un mécanisme de défense. Le système circulatoire, quant à lui, véhicule l’oxygène filtré par les poumons et processus associé. L’ensemble du réseau des vaisseaux sanguins d’un corps humain à plat (96 000 km) équivaut à 2 fois le tour de la terre. Où l’on sait que le cœur bat plus de 30 millions de fois par an. Le système digestif qui prépare les aliments à être utilisés par chacun de nos organes, les résidus inutiles étant rejetés, chacun l’aura constaté. Le système nerveux coordonne toutes les parties de notre corps, et correspond avec notre environnement. Véritable gestion de projet interne et externe, petite entreprise à l’origine de notre volonté et de nos actes instinctifs. Composé de cellules, les plus importantes étant les neurones : 100 000 millions dans notre cerveau. Alignées, elles couvrent la distance de la terre à la lune. Information qui n’aurait pas déplu à Luc Besson, ni à Lucy, tout comme celle-ci : les signaux nerveux voyagent à travers fibres et muscles à la vitesse de 322 km/heure. Enfin, le système urinaire et reproducteur, et la boucle est bouclée. L’on comprend à quel point l’alimentation est précieuse, comme la mastication, le goût (3 000 papilles gustatives sur la langue), l’exercice. Pour autant, aucune leçon ni cours d’anatomie, et même si ces informations-là nous sont rebattues au quotidien (publicités, médecins, magazines…), au milieu de ces corps démembrés, laminés, de ces organes disposés, de ses squelettes recomposés ou disloqués, à plat ou en 3D, leur signification se révèle à nous, précise et organique. Cette exposition ressemble à une encyclopédie médicale qui se mettrait en marche, pour faciliter, par l’exemple concret, la compréhension de notre enveloppe charnelle et sa composition, ce qui différencie hommes et femmes, et les autres espèces. 150 organes et 12 corps humains ont été nécessaires pour cette plongée à l’intérieur du cuir qui nous recouvre, conservés grâce à la technique de plastination (liquides organiques et graisses transformés en caoutchouc et résine pour pérenniser leur plasticité). L’ambition est de préserver sa santé, mais l’exposition, née d’une série télévisée projetée il y a déjà 20 ans, aurait-elle cette vertu de rapprocher les êtres humains, tous différents, et cependant tous semblables ? Belle Uchronie, triste Utopie.

Human Bodies, Il était une fois … la vie, jusqu’au 12 octobre, Arènes de Barcelone, Place d’Espagne

www.humanbodies.eu

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