Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Isabelle Kévorkian

Drame
Drame

Drame (2h43), de Richard Linklater, avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Loreilei Linklater

Richard Linklater raconte la vie d’une famille. Cela se déroule en Amérique, mais pourrait être transposé sur n'importe quel continent. L'enjeu ne réside pas là. En quoi est-ce original ? Dans le fait que le cinéaste a suivi les personnages de cette famille pendant douze années, a filmé leur évolution printemps après étés. Le film commence lorsque le fils, Mason, a six ans, et s’achève lorsqu’il intègre la fac, à sa majorité. Tout tourne autour de Mason, curieux petit garçon, taciturne et lunaire, dont le côté dégingandé et insolite va s’amplifier au fil des ans. Il semble errer dans la vie, et promener sa nonchalance comme un fardeau. En réalité, il passe entre les gouttes formées par les divorces de sa mère, la brutalité et l’alcoolisme de ses maris, les déménagements qui se succèdent, les factures qui s’accumulent, les études que reprend cette mère-magnifique, la signification de l’amour et sa passion pour la photographie, qui va lui permettre d’observer ce qui l’entoure avec un réel objectif. Il saisit la vie, l’attrape dans ses moindres détails. Les enfants, Mason et Samantha, demeureront soudés, solidaires et forts, toutes ces années, aux côtés d’une mère qui se bat seule, qui inculque principes, valeurs, morale. Courage, respect et dignité. Une Patricia Arquette formidable, farouchement déterminée, indestructible, infaillible. Nous assistons aussi à la naissance d’un père, superbe Ethan Hawke, plus solide qu’il n’y paraît, plus parent qu’il ne l’aurait subodoré. Le film est tendu, poignant. Quitter Mason à six ans, et le retrouver quelques images plus loin, sans rupture, à 12 ans, 13, puis 15, et 18 ans, est étourdissant. Le défi était audacieux, le résultat est bluffant. Le problème, c’est que l’on n’a pas envie de quitter cette famille, lorsque l’écran devient noir et que le générique apparaît. Elle a emporté un peu de nous dans son épopée, et elle nous laisse démunis. On a grandi ensemble. Comme si c’était à nous à présent de voler de nos propres ailes. Ces parents nous ont donné toutes les clés, celles qu’ils pensaient être les bonnes, les leurs, et ils n’avaient pas tout à fait tort. Sauf que là, comme ça, sans préavis, quitter le nid, cette nouvelle sœur qui mûrit plus vite que son ombre, forte et fière, et ce frère rêveur et sensible, est brutal.

Commenter cet article